Abdelmalek Sellal trace ses lignes rouges

«NOUS N’ALLONS TOUT DE MÊME PAS FAIRE COULER SONATRACH !»

Abdelmalek Sellal trace ses lignes rouges

Le Soir d’Algérie, 13 avril 2013

D’Oran, où il était en visite officielle jeudi dernier, Abdelmalek Sellal trace quelques lignes rouges. L’Etat a pris des mesures d’urgence pour faire face à la contestation dans les wilayas du Sud, mais il y a des limites : «Nous n’allons tout de même pas faire couler la Sonatrach !» tranchera le Premier ministre.

«Je connais bien la ville d’Oran. J’y ai exercé comme wali mais aussi comme chef de daïra d’Arzew. Et je vous assure que, parfois, j’avais une peur bleue rien qu’en pensant qu’une mauvaise manipulation de l’ammoniac par exemple dans le complexe pourrait nous valoir un drame.» Sellal s’exprimait ainsi devant les représentants de la société civile au siège de la wilaya. Et la transition est vite faite. «Dans certains secteurs, on ne peut pas mettre n’importe qui à n’importe quel poste. Nous sommes tous des Algériens et nous ne pouvons pas faire la discrimination entre tel et untel.» Il s’explique : «S’agissant du problème du chômage, nous avons pris des décisions. Mais la Sonatrach reste une entreprise économique. Il ne faut pas la faire couler.» Sellal faisait allusion à l’instruction qu’il avait adressée aux walis des dix wilayas du Sud et aux entreprises publiques nationales en vue de privilégier les habitants de cette région dans l’accès aux postes d’emploi. «Nos frères de la Sonatrach et du secteur de l’énergie ont fait des efforts dans ce sens. Mais soyons sérieux, l’on ne peut en revanche leur demander de faire couler la Sonatrach. Ça nous est déjà arrivé avec d’autres entreprises publiques par le passé avec les conséquences que l’on sait.» Insistant longuement sur la nécessité impérative de «restaurer la confiance entre nous, Algériens» c’est-à-dire entre l’Etat et le citoyen, le Premier ministre tenait à rappeler que «pour combattre le chômage, nous avons mobilisé au maximum les organismes de l’emploi des jeunes comme l’Ansej et l’Anem. Mais nous faisons face à un énorme obstacle qui s’appelle la bureaucratie. C’est pour cela que nous avons décidé de déclarer la guerre contre ce monstre». Aussi, et comme pour signifier que les mesures spectaculaires d’urgence ne peuvent pas durer éternellement, Sellal suggérera de revenir à une logique de gestion rationnelle de l’économie. «La seule solution pour combattre le chômage, c’est la création de l’entreprise. C’est l’entreprise qui crée la richesse et l’emploi. Il faut réhabiliter l’acte d’investir dans notre pays.» En exemple, le chef de l’exécutif citera la nouvelle aciérie d’Oran réalisée par une entreprise turque. «Les Turques ont réalisé ce complexe stratégique en 19 mois ! Je dis bien en 19 mois seulement. Si c’était nous, nous y aurions mis 19 ans !» ironisera le Premier ministre. «Mais pourquoi les Turques peuvent le faire et pas nous ?» Le successeur d’Ouyahia, dont la visite à El Bahia coïncidait avec de violentes émeutes à Ouargla, n’a pas caché son amertume.

«Il y a de la mauvaise foi dans certains soulèvements»

Abdelmalek Sellal évoquait l’un de ses sujets favoris, le logement. Certes, il y a quelques retards. Mais il y a en Algérie une nouvelle dynamique. Nous n’avons pas moins de 198 000 logements qui sont achevés et prêts à être distribués au niveau national. Cette semaine aussi, nous avons pris la décision d’augmenter de 50 000 à 150 000 logements annuels ce qui est un effort considérable que peu de pays dans le monde n’ont pu réaliser.» Il prend l’exemple de la ville de Paris «qui, en 5 ans, n’a pu réaliser 5 000 logements». Cela, avant d’enchaîner avec l’actualité brûlante : «A Ouargla, 900 logements allaient être distribués aujourd’hui (jeudi, Ndlr). Mais regardez la mauvaise foi de certains : un groupe de jeunes sort pour brûler et casser. Est-ce cela la solution ? Ce n’est pas comme cela que les problèmes se règlent.» Pour éviter les suspicions courantes en Algérie dès qu’il s’agit d’opération de distribution de logements, Sellal annoncera que le gouvernement a pris la décision que, «désormais, les walis sont instruits pour appliquer la procédure des pré-affectations pour tout logement qui atteint 80% du taux de réalisation. De la sorte, le citoyen pourra savoir où se situe son logement et suivre lui-même les travaux, etc.». Quoi qu’il en soit, la wilaya d’Oran ne risque pas, elle, de connaître pareille situation. Selon le Premier ministre, El Bahia, qui est en passe de devenir la première métropole du pays, devant même la capitale, «n’aura plus de crise de logements à partir du début 2014», en raison de l’ampleur du programme en cours de réalisation.
K. A.