L’Algérie des riches et des pauvres

Une enquête de l’ONS met en relief l’accroissement des inégalités en Algérie

L’Algérie des riches et des pauvres

par Salem Ferdi, Le Quotidien d’Oran, 10 novembre 2013

Dis-moi combien et comment tu dépenses et je te dirais où tu es «classé» socialement. La «consommation de classe» illustrée par une enquête de l’ONS.

L’enquête de l’Office national des statistiques sur les dépenses des ménages dont les résultats semblent être réservés à l’agence APS commence à entrer dans les détails… où se nichent les différences entre catégories sociales. Si dans une précédente livraison via l’APS, on avait l’évolution des dépenses des ménages calculée sur la base d’un échantillon informe de «12.150 ménages ordinaires» qui ne dévoilent rien des différences sociologiques, les nouveaux éléments confortent le constat empirique d’une différenciation de «classes» de plus en plus prononcée. Le «rattrapage» de la décennie 2000 s’est fait de manière inégalitaire. Les classes plus aisées en ont davantage profité que les plus pauvres. Les différences dans la consommation des ménages l’attestent. Les plus pauvres sont dans une stratégie de survie et consacrent leurs revenus à l’essentiel. On sait désormais que 20% des ménages les plus aisés, soit selon la classification de l’ONS 7,4 millions de personnes sur une population de 36,717 millions d’habitants, s’accaparent 40% des dépenses globales des Algériens. «La population la plus aisée a une dépense 7,4 fois supérieure à celle de la population la plus défavorisée», a indiqué le directeur technique chargé des statistiques sociales et des revenus à l’ONS, Youcef Bazizi.

3,6 MILLIONS DE NANTIS

A l’opposé, ce sont plus de 25 millions qui se partagent les 60%. Mais ces 25 millions ne sont pas homogènes. L’enquête de l’ONS s’appuie sur une stratification en 10 niveaux de la population, en fonction des dépenses. Chaque strate représente 1/10e de la population, soit 3,671 millions d’habitants. Les dépenses de la catégorie la plus défavorisée, D1, ne représentent que 157,1 milliards DA sur une dépense globale de la population de 4.489,5 milliards DA, soit 3,5% du total. La catégorie la plus riche (D10) a consommé 26% des dépenses globales soit 1.167,2 milliards de dinars. Les deux catégories les plus aisées (D10 et D9) représentent 40% de la dépense globale des ménages algériens. L’écart entre les dépenses des plus pauvres (D1) et celui des plus riches (D9 et D10) est abyssal. Les catégories les plus défavorisées (D1 à D5), soit 18,355 millions de personnes, ont amélioré leurs dépenses entre 2000-2011 de 1,7%.

LA MOITIE DE LA POPULATION NE DEPENSE QUE 28% DU GLOBAL

Mais ces classes défavorisées qui représentent 50% de la population n’ont dépensé que 28% des dépenses globales, soit 1.288,3 milliards DA. Ainsi, la partie la plus nombreuse de la population n’arrive pas à un tiers de la dépense globale qui est de 4.489,5 milliards DA. Pour la moitié, la plus aisée de la population (D6 à D10), on enregistre un recul de 2,3 points entre 2000-2011, mais ces catégories ont réalisé près des ¾ des dépenses globales, soit 3.201,2 milliards de dinars. Les dépenses alimentaires restent les plus importantes et leur part augmente à mesure que l’on descend dans l’échelle sociale. Les plus pauvres (D1) consacrent 54,1% de leurs dépenses à l’alimentation, ce qui montre qu’ils sont dans l’essentiel pour ne pas dire dans la survie. Au plan global, les dépenses alimentaires ont représenté 41,8% (1.875,3 mds DA) des dépenses annuelles pour l’ensemble de la population en 2011. Le logement et les charges sont le deuxième poste. Les plus bas revenus dépensent 20,3% du budget annuel pour le loyer et les charges alors que les plus riches (D10) lui consacrent 18,5%. Les plus bas revenus ne consacrent que 6% des revenus aux transports et communications contre 24% pour les plus riches.