Recalés de l’opération relogement: La situation n’est point rassurante à Diar-El-Kef

RECALÉS DE L’OPÉRATION RELOGEMENT

La situation n’est point rassurante à Diar-El-Kef

Le Soir d’Algérie, 26 juillet 2010

Le problème des recalés de l’opération relogement de Diar-El-Kef, dans la commune d’Oued-Koriche, ne trouve apparemment toujours pas de solution et risque de perdurer encore.
Mehdi Mehenni – Alger (Le Soir) -Dimanche 25 juillet. Il est 10h. Pas moins de 10 véhicules de police anti-émeutes sont stationnés en contrebas de l’énorme bidonville éradiqué d’Oued-Koriche, plus exactement au niveau de l’intersection de Trioley. Les agents de maintien de l’ordre public sont sur le qui-vive, le moindre mouvement ou regroupement est suspect. C’est dans ce même endroit que de violentes émeutes et des affrontements entre les recalés de l’opération relogement et la police ont éclaté, il y a quelques jours. Un peu plus bas, des barrières et un fourgon de police anti-émeutes avaient été mis en place pour bloquer l’accès au siège de la daïra de Bab- El-Oued, où des dizaines de familles étaient déjà regroupées depuis 8h du matin. Jeudi dernier, le wali délégué leur avait promis, affirment des nonbénéficiaires interrogés sur les lieux, que leur problème serait réglé au plus tard dimanche (hier). Elles sont donc venues rappeler au premier responsable de la daïra ses engagements. A mesure que le temps passait (il était 11h), la pression montait chez ces familles à qui les policiers avaient clairement signifié qu’elles ne seraient pas reçues par le wali délégué. Les automobilistes ralentissaient pour questionner les concernés ou tout simplement regarder la scène. Ce qui a provoqué un énorme embouteillage que ni les agents de l’ordre, ni les coups de klaxon des véhicules n’ont pu débloquer. En effet, des dizaines de vieilles dames et de femmes accompagnées de leurs enfants étaient assises à même le sol, au moment où leurs frères, beaux-frères et maris vaquaient dans les ruelles traversant la daïra de Bab-El-Oued. Quelques instants après, le nombre de personnes qui occupaient les lieux doublera pratiquement. Plus de curieux que de concernés ! Ce qui a suscité chez les policiers se trouvant sur les lieux une vive inquiétude. Ça risque de déborder d’un moment à l’autre, lancera un policer à son collègue qui hésitait entre faire appel à des renforts ou attendre encore quelque temps. Finalement, les protestataires ont fini par quitter les lieux en début d’aprèsmidi, les uns menaçant de reprendre les émeutes en début de soirée, d’autres appelant plutôt au calme et à plus de sagesse.

En attendant l’espace vert, un camp d’entraînement…
Sur le site éradiqué, l’atmosphère et le décor ne sont point rassurants. Les services de la Wilaya d’Alger ont fait les choses à moitié. Les restes des baraques rasées et les gravats n’ont pas été évacués. Du parpaing, des roches et des briques cassées sont éparpillés çà et là, formant de véritables «points de tir», si jamais une autre émeute venait à se déclencher. «En abandonnant tous ces débris sur les lieux, la Wilaya a laissé aux émeutiers de quoi riposter et tenir à distance les agents de l’ordre public, des jours durant. Cette fois-ci, si les affrontements reprennent, il faudra s’attendre à des dégâts énormes», dira un citoyen rencontré sur les lieux. Mais en attendant, cette énorme décharge qu’est devenu l’ex-bidonville d’Oued-Koriche semble faire le bonheur des enfants du quartier, qui ont aussitôt inventé de petits jeux. Celui qu’ils apprécient apparemment le plus, c’est d’essayer d’atteindre à l’aide d’une pierre une porte dont le cadre demeure toujours debout. C’est-à-dire marquer un but dans le cadre d’une porte que les services de la Wilaya d’Alger ont oublié d’éradiquer. «Vous voyez, au lieu de raser le site comme il se doit, de dégager les gravats et d’entamer tout de suite des travaux pour réaménager les lieux en espaces verts, ils ont préféré le laisser tel quel pour le voir ensuite se transformer en un camp d’entraînement où les enfants s’essayent à cibler des objets à l’aide de pierres. Je crois que la mission des policiers antiémeutes ne sera pas facile si jamais les affrontements reprennent», a-t-il ajouté. D’autres gosses, plus attirés par le business que par les jeux, ramassaient sur les lieux tout ce qui pouvait être récupérable (barres de fer, madriers, zinc…), pour les revendre à des marchands ambulants qui attendaient à la sortie du quartier. Pour rappel, les habitants du site illicite d’Oued-Koriche avaient été transportés dimanche dernier avec leurs bagages au parking du stade du 5- Juillet où ils avaient passé la nuit. Dans le même temps, leur baraquement avait été entièrement rasé pour éviter tout retour des familles. Le lendemain, les responsables chargés du suivi de l’opération ont distribué les clés des logements à une partie des familles, l’autre partie ayant été exclue. Selon les explications de la Wilaya d’Alger, les familles n’ayant pas bénéficié de logement soit elles qui ne figurent pas dans le dernier recensement de 2007, soit elles possèdent déjà des biens immobiliers. Ce qui, légalement, n’ouvre pas droit à un logement social. Suite à quoi, les familles non bénéficiaires ont regagné leur ancien quartier, où elles demeurent jusqu’à l’heure actuelle. Durant la journée, les recalés de l’opération relogement se regroupent dans un terrain vague à l’entrée du bidonville éradiqué. Le soir, ils sont accueillis dans l’école primaire du quartier pour y passer la nuit.
M. M.