Hausse vertigineuse du prix de l’aliment du bétail

Hausse vertigineuse du prix de l’aliment du bétail

Les éleveurs s’affolent

par Hadj Mostefaoui, Le Quotidien d’Oran, 27 Août 2007

Les espoirs d’une saison automnale presque printanière, nourris par des milliers d’éleveurs de la région d’El-Bayadh après les fortes précipitations qui se sont abattues sur la région de l’extrême-Sud et des Hauts-Plateaux de la wilaya, se sont vite dissipés et ont fondu comme neige au soleil, après les subites apparitions de vents violents secs et chauds, accompagnés de sable.

Ces éleveurs, encore sous le choc, sont sur le qui-vive et au moindre tourbillon de sable, l’angoisse les gagne. Il faut dire qu’ils sont encore traumatisés, certains d’entre eux ont tout perdu et ont été ruinés. Pas moins de 50.000 têtes entre ovins, caprins et camelins ont été décimés par cette précédente tempête de sable du mois de juillet écoulé.

Rencontrés ce jeudi dernier dans l’enceinte du marché aux bestiaux aussi bien à Bouktob qu’à El-Abiod Sidi Cheikh et El-Bayadh, grands pôles commerciaux et Bourse du mouton, des éleveurs ne cachent pas leur inquiétude, face au spectre de la sécheresse qui se profile à l’horizon et dont les signes précurseurs commencent à apparaître. Les vents de sable ont desséché les parcours et enseveli sur leur passage la maigre végétation. Leur salut et celui de leur capital cheptel réside dans la transhumance vers les régions céréalières du Nord-Ouest du pays. En ces lieux, ils auront au moins la chance, pour les plus nantis d’entre eux, de louer des parcelles agricoles dès l’entame de la saison moissons-battages qui prend fin vers le début du mois de septembre. Dans ces conditions-là, ils devront payer rubis sur l’ongle et mettre le prix. Le surenchérissement dans la location des terres de pacage est une dure épreuve pour eux. 2.000,00 DA l’hectare pour quelques brindilles et pour un seul mois. Pour ceux qui restent sur les hautes plaines steppiques, ils doivent se contenter d’une rare végétation, rabougrie ou se rabattre sur l’aliment du bétail. Un produit dont le monopole est détenu dans sa quasi-totalité par une faune de spéculateurs. Ne dit-on pas que le malheur des uns fait le bonheur des autres ! La période de présécheresse est annonciatrice de gains faciles. Les commerçants s’acharnent sans vergogne sur les petits éleveurs qui ont cassé leur tire-lire et qui bradent leurs bêtes sans évaluer les pertes, car il n’y a pas de profit à tirer lorsqu’il s’agit pour eux de sauver leur seul source de richesse. Un mouton dont le poids peut atteindre 15 kilos au garrot est cédé à 8.000,00 DA voire moins par unité si l’achat est groupé.

Un détour dans les 3 différents marchés aux bestiaux de la wilaya peut aisément nous renseigner sur les profits tirés et les bénéfices engrangés par les revendeurs d’aliment destiné au bétail en cette période. Il y a d’un côté les maquignons, qui profitent du bradage du mouton, venus des wilayate de l’extrême Est et Sud-Est du pays, et de l’autre les revendeurs de ce précieux produit destiné à l’engraissement du mouton en période de disette. 2.200,00 DA le sac de 80 kilogrammes de maïs concassé mélangé à d’autres légumes secs à la qualité fort douteuse. Face à cette armada de revendeurs, les petits éleveurs vocifèrent et crient à qui veut les entendre. Le prix de l’aliment du bétail flambe et grimpe à une vitesse folle. Une augmentation, nous dit-on, à laquelle ils ne s’attendaient nullement, soit plus de 500,00 DA de plus que l’année dernière et cette hausse n’est pas près de se stabiliser à un niveau acceptable. Pourquoi tout ce rush sur ce produit ? Une question lancinante dont la réponse réside dans le fait que les parcours sont dégradés et dénudés par un pacage massif ajouté à une avancée du sable sur les riches terres du Sud et des hautes plaines steppiques. Par ailleurs, certains éleveurs se sont vite reconvertis en petits fellahs occasionnels, morcelant les terres agricoles pour défendre les parcours situés dans les terres dites «arch». Des frontières hermétiques obstruant le passage des troupeaux. La mise en défens des parcours, préconisée comme ultime solution pour la préservation du couvert végétal et des différentes espèces floristiques aurait pu réussir, nous dit Si Djillali, petit éleveur installé dans la région de Djebel Megrès, «si les services concernés pratiquaient le système de rotation des terres mises en défens pour une durée d’au moins quatre années. Certes l’alfa renaît de ses cendres dans quelques cuvettes de la daïra de Boualem, mais ne peut suffire à lui seul à assurer la survie d’une ressource animale estimée à plus de 1.200.000 têtes d’ovins dans la wilaya d’El-Bayadh.