Les Algériens préfèrent avoir plus de deux enfants

Les Algériens préfèrent avoir plus de deux enfants

par Djamel Belaïfa, Le Quotidien d’Oran, 1er mars 2012

La fécondité dans les pays du Maghreb, après avoir baissé rapidement et de façon quasi simultanée dans les années 80, évolue aujourd’hui de façon contrastée. Selon une récente étude des universitaires et chercheurs Zahia Ouadah-Bedidi, Jacques Vallin et Ibtihel Bouchoucha, publiée dans le bulletin mensuel d’information de l’Institut national d’études démographiques «Populations et sociétés », alors qu’on s’attendait à une diminution en deçà de deux enfants par femme, comme dans beaucoup de pays d’Asie et d’Amérique latine, dans aucun pays du Maghreb la fécondité n’est tombée en dessous de ce seuil. L’étude révèle qu’en Tunisie, la fécondité a cessé de baisser et semble rivée à 2 ,1 enfants par femme depuis 1999. En Algérie, après avoir atteint 2,2 dans la première moitié des années 2000, elle ne cesse d’augmenter depuis, atteignant presque 2,9 en 2010. Dans le même temps, au Maroc et en Libye, où le seuil de remplacement n’était pas encore atteint, elle a continué à baisser rapidement jusqu’à 2,2 et 2,5 respectivement.

Les auteurs de l’étude indiquent que, non seulement aucun de ces pays n’est encore tombé sous le seuil de remplacement, mais l’Algérie opère depuis dix ans une vive remontée. « Comme hier pour la baisse de la fécondité, l’évolution de l’âge au mariage joue aujourd’hui le premier rôle dans sa stabilisation à 2 enfants par femme en Tunisie et dans la remontée à près de 3 en Algérie. Mais il se peut aussi qu’en Algérie le modèle à deux enfants ne soit plus attractif », lit-on dans cette étude. Outre l’âge du mariage, cette étude nous enseigne sur l’influence de l’urbanisation et des progrès de l’instruction sur la fécondité. Aussi, peut-on lire : « Comme hier la baisse, la récente remontée en Algérie a donc aussi été initiée par les villes, les campagnes commençant à peine à suivre, à tel point qu’en 2008 la fécondité était légèrement plus élevée en milieu urbain qu’en milieu rural. Cela va de pair avec le fait qu’en Algérie, le rapport ville-campagne s’est aussi inversé pour l’âge moyen au mariage (désormais plus élevé dans les campagnes que dans les villes), tandis que le recours à la contraception est devenu presque aussi massif en milieu rural qu’en milieu urbain ».

Les auteurs de l’étude soulignent en outre que l’évolution de la fécondité en fonction du niveau d’instruction des mères est encore plus frappante. En Algérie, comme dans les trois autres pays du Maghreb, c’est le changement de comportement fécond des femmes les moins instruites qui a entraîné la moyenne nationale vers la baisse… « La chute spectaculaire de la fécondité des illettrées, aujourd’hui minoritaires, ne fait que parachever la transformation d’une société où, finalement, la famille à deux enfants s’impose comme un modèle universel adopté par toutes les couches de la population. A l’opposé, la toute récente remontée de la fécondité algérienne apparaît clairement avoir été surtout le fait des femmes les plus instruites qui, passées de 1,4 enfant par femme en 2001 à 2,8 en 2007, ont été les premières à remettre en cause ce modèle », poursuit l’étude.

Enfin, tout en soulignant que les événements politiques peuvent aussi induire de nouveaux comportements, les trois universitaires indiquent que la fin du terrorisme en Algérie, hier, a pu créer le besoin de réaffirmer l’importance du lien familial avec la formation de couples et la venue d’enfants précoces. Demain, les libertés nouvelles nées du Printemps arabe, mais aussi le renouveau de certains mouvements islamistes induiront peut-être à leur tour de nouvelles inflexions.