Aïn Defla: Les misères de Djelida

Aïn Defla: Les misères de Djelida

par M. N., Le Quotidien d’Oran, 17 août 2009

La commune de Djelida, créée en 1956, est devenue chef-lieu de daïra en 1984. Bien avant Khemis-Miliana, elle est la 2ème en superficie, 221 km², après Tarik Ibn Ziad, qui s’étend sur 364 km².

Cependant, Djelida est bien plus peuplée puisqu’elle compte, selon les dernières statistiques, quelque 37 000 hab alors que Tarik avoisine de nos jours les 20 000 hab. Ce que ces 2 communes ont de commun c’est que la vie de leurs habitants est étroitement liée à l’agriculture et au petit élevage. Ce qui les caractérise aussi c’est que toutes les deux n’ont pas souvent été concernées par les nombreux et différents plans de développement socio-économiques, et les promesses de «meilleures conditions de vie» qu’on leur a fait miroiter ont rarement été tenues et, souvent, pas du tout.

Pour Djelida, en sortant du centre-ville où les cafés surtout et les gargotes ne se comptent plus, les habitants de douars entiers sont livrés à la débrouille. A titre d’exemple, qui est loin d’être l’unique, il y a, à 7 km à la sortie Est de la ville, sur la route qui mène vers Bordj Emir Khaled au bout de 3 km de piste poudreuse et bourbeuse en cas de pluie, un ensemble de petits douars les «Graguers», les nombreuses familles dont les principales sont les «Talha» et «Taiboui», toutes les habitations sont en «toub», des chaumières avec des toits en «Diss» que jouxtent des appentis où s’abritent des ânes, ces animaux indispensables à la survie de l’homme.

En guise de puits, pour s’approvisionner en eau, les habitants nous ont montré 2 crevasses qu’ils ont creusées dans la roche pour capter ce qui avait l’air d’être une source. L’une couverte et la trappe béante laissant entrer toutes sortes d’insectes et l’autre à ciel ouvert. «Mêmes nos animaux refusent de la boire». Selon un autre témoignage, «on se livre à des filtrages avec des foulards et quand on en consomme on a des ballonnements. Ceux qui n’ont pas les moyens sont obligés d’en consommer. Pour la majorité, ils vont chercher de l’eau potable au niveau d’une école située à 4 km de là, à dos d’ânes pour les «nantis» au sommet d’une colline. «Ce n’est pas une tâche aisée puisque pour remplir les bidons il faut y aller bien avant l’aube et faire la chaîne pendant des heures», nous dit un autre habitant. Pour d’autres, ils se cotisent et affrètent une camionnette pour aller chercher de l’eau potable, une eau de grande qualité, dit-on, à une source située au lieu-dit Ouaguenay, à 15 km de là. Le bidon, selon la contenance, leur revient entre 40 et 50 DA.

«El Graguer» avec les «Talha» et autres «Taibouni» ne sont pas les seuls douars confrontés à ce quotidien des plus difficiles à se procurer le précieux liquide. Il y a aussi «El Kouadria» en contrebas le long de la route goudronnée et les «Sfafha», Ouled Djeloul» et Mkhalfia» la zone nord de la ville de Djelida. Plus au sud à quelque 20 km de ville, au douar des Ouled Abbou, le manque d’eau potable est encore plus étendu et plus crucial, selon d’autres témoignages.

Au début de la semaine écoulée, des citoyens du centre-ville même, exaspérés par une coupure d’eau qui a duré des jours, à cause d’une avarie de la pompe d’un forage, se sont rassemblés devant le siège de la daïra pour protester contre la pénurie du liquide vital surtout en cette période où le thermomètre a franchi plus d’une fois la barre des 45 degrés.

L’eau n’est pas le seul problème auquel sont confrontés les habitants de cette commune. Il y a aussi le taux très faible du raccordement au réseau d’assainissement. Des citoyens indiquent, information confirmée par ailleurs et constatée de visu, la présence d’un collecteur qui traverse les «Sfafha» quartier nord de la ville, réalisé depuis des années, collecteur auquel presque aucune habitation n’est raccordée faute de moyens financiers pour couvrir les frais, le collecteur étant assez éloigné des habitations. En attendant, le collecteur est là, bouché par endroits, répandant des eaux usées sur le bord d’une route. Certains regards sans couvertures laissent échapper des odeurs des plus nauséabondes à la ronde. Alors, dans la quasi-totalité des habitations a été construite une fosse sceptique, ce qui n’est pas sans dangers.

Au manque flagrant d’eau potable, au très faible taux de raccordement au réseau d’assainissement, les habitant sont confrontés au faible taux de raccordement au réseau d’électricité, surtout chez les «Sfafha» des «Ouled Djelloul» et «Mkhalfia». Selon un citoyen demeurant là, une demande collective, comportant 38 noms d’habitants désireux de s’abonner, a été adressée aux services concernés depuis de longs mois… Sans suite.

Certes, c’est l’APC, interlocuteur direct des citoyens, qui est désignée du doigt et souvent mise à l’indexe. Aussi, nous nous sommes rapprochés des élus pour avoir plus d’information sur cette situation, pour ne pas dire ces situations.

Les élus n’ont pas nié que les populations sont confrontées à des problèmes sévères pour s’approvisionner en eau. Cependant, reconnaît-on, que «celui qui ne possède pas la chose ne peut la donner aux autres», comme le dit le vieil adage, car la résolution de ces grandes difficultés ne peut se faire que sur les plans sectoriels, l’Hydraulique et la Sonelgaz et les PCD annuels ne peuvent faire face à ces problèmes malgré toute la bonne volonté du monde.

Pour ce qui est des ressources en eau potable, la commune de Djelida ne dispose que de 3 forages situés à quelque 3 km chez les «Ouled Benziane» dont un est fermé, le 4eme est en voie d’être livré. Le réseau de distribution, lui, date du milieu des années 50, vétuste et défectueux. Livrer de l’eau par camion-citerne est quasiment une mission impossible vu l’éloignement des douars et l’éparpillement des habitations, dont certaines se trouvent en terrain accidenté d’autant plus que la commune ne dispose que de 3 camions-citernes.

Toujours selon les élus que nous avons consultés, que ce soit pour l’AEP, l’assainissement ou l’électricité, des études ont été faites depuis 2004, études qui n’ont pas connu de réalisation.

Parmi les douars les plus touchés par les mauvaises conditions d’existence, c’est certainement celui de Ouled Abou situé au sud de la commune à 20 km du centre-ville et déjà la route qui y mène est souvent impraticable. Même pas une salle de soins à Ouled Ali, le local existe pourtant mais où la direction de la Santé n’a pas encore affecté de personnel médical ou paramédical et la liste des problèmes que vivent ces douars Ouled Abou, Ouled Ali, Ouaguenay est longue. A titre d’exemple là aussi, on note que la commune ne dispose que de 2 cars de transport scolaire, des cars de 37 places mais qui effectuent des rotations les samedis dès l’aube… avec à bord quelque 100 écoliers, «la baraka» nous dit un élu.

Sur le plan de la scolarisation, le cycle moyen occupe, en guise d’annexes, 2 écoles primaires. Un CEM fonctionne en double vacations (2 en 1). Il y a bien un CEM qui est fin prêt pour la rentrée 2009 et un autre dont les travaux sont à l’arrêt, alors, quand on sait que le CEM Maghraoui tourne avec 40 divisions pédagogiques, il y a lieu de s’interroger quelles conditions de scolarisation sont offertes aux élèves. Quand on sait aussi que les 200 fillettes des douars vont en internat à Aïn Defla faute de transport scolaire au quotidien…

Dans le domaine de la prévention infantile on indique qu’au niveau de la Karia de Djelida (ex-village socialiste Agricole) ou vivent quelque 3.000 habitants, et ou existe pourtant un dispensaire, les habitants sont tenus de se déplacer au centre-ville pour faire vacciner leur enfants.

On indique aussi qu’il y a bien eu l’ébauche d’une maternité à Djelida en 2005, et les locaux ont même été équipés à l’époque, mais cette maternité n’a jamais vu le jour.

A propos d’éclairage public de la ville de Djelida, pourtant chef-lieu de daïra, on note que seules quelques rues du centre sont éclairées, le reste est livré à l’obscurité.

Ne dit-on pas que «le progrès ne vaut que quand il est partagé par tous ?».