Menace de sanctions à l’égard des professeurs de lycée

Menace de sanctions à l’égard des professeurs de lycée

Benbouzid remet ça !

El Watan, 1 mars 2005

Une fois encore, les Algériens ont droit à une autre partie de bras de fer entre les enseignants du secondaire, menés par un de leurs syndicats, le CNAPEST, et ce qu’on appelle pompeusement la tutelle, c’est-à-dire le ministère de l’Education nationale.

L’administration use de la menace à l’égard des professeurs des lycées d’Algérie et brandit l’arme des sanctions administratives de rétorsion contre tous ceux qui seraient tentés de suivre un mouvement légitime qui a entrepris, depuis plusieurs années, des actions pour la reconnaissance de ces organisations syndicales. Les termes du communiqué diffusé hier par l’administration sont aussi durs que les matraques des policiers lancés contre les enseignants en novembre 2003 en guise de réponse à un mouvement de protestation déclenché quelques jours à peine après la rentrée. Une répression qui en avait choqué plus d’un d’autant qu’elle faisait suite à une longue période de neuf semaines au cours de laquelle le ministère de tutelle avait opté pour le pourrissement. Le gouvernement de l’époque n’avait reculé devant aucun moyen coercitif allant jusqu’à actionner la justice contre les grévistes, la « tutelle » s’étant, quant à elle, chargée de radier les protestataires et de vite les remplacer par de jeunes diplômés sans expérience pédagogique. Les cours avaient repris et on avait espéré qu’un terrain d’entente serait trouvé. Il n’en fut rien puisque la protestation a redémarré de la même manière avec la rentrée de septembre 2004. Hier, avec la décision de la tutelle de saisir la justice en référé pour demander l’annulation de la journée de protestation d’aujourd’hui, c’est pratiquement un « remake » de ce qui a été vécu par les enseignants, les lycéens et les parents d’élèves, il y a plus d’une année, qui vient s’ajouter au chaudron de l’enseignement secondaire. Il est fort à craindre que la situation ne se dégrade aussi rapidement qu’en 2003, surtout que cette fois-ci Boubekeur Benbouzid fait preuve d’autant de disponibilité à dialoguer, à écouter les enseignants qu’il ne l’a fait en 2003. Et contre tout entendement, c’est une véritable guerre que vient de déclarer le ministère aux enseignants du secondaire, un secteur manifestement en proie à un profond marasme sur lequel les pouvoirs publics refusent de se pencher. A tel point que dire aujourd’hui que les lycées ont depuis plusieurs années une activité perturbée est un euphémisme qui ne suffit pas à rendre compte de l’état réel de sinistre dans lequel se trouve l’enseignement secondaire, non pas par la faute des grévistes, mais par l’incapacité de la « tutelle » à apporter des réponses claires et cohérentes, aussi bien aux préoccupations des profs qu’à celles des lycéens et des parents d’élèves dans la recherche de la qualité et de résultats aux examens. En effet, doit-on rappeler que pour toute réponse, Boubekeur Benbouzid n’a rien trouvé de mieux que d’annoncer l’ouverture à la prochaine rentrée de quelques « lycées d’excellence » à travers les principales villes du pays, laissant entendre a contrario que la majorité devrait se contenter de la médiocrité ambiante au regard des faibles résultats avec moins de 25% comme moyenne nationale de réussite au baccalauréat sur les cinq ou six dernières années. De la poudre aux yeux, diront beaucoup, surtout quand on sait que les quelques établissements privilégiés qui existent déjà ont « fonctionné » sur la base du clientélisme et du népotisme au profit des « privilégiés du système » et de leur progéniture et non dans la recherche de la qualité, de l’émergence de compétences qui constitueront l’élite de demain dans tous les domaines. Tous ces palliatifs que l’on présente ici et là ont plus l’aspect d’un « cautère sur une jambe de bois » tant que les véritables problèmes de fond, dont certains ont été soulevés par la fameuse commission de réforme du système éducatif, n’auront pas été accompagnés d’un véritable plan de sauvetage de l’enseignement secondaire.

Reda Bekkat