Le médicament risque de connaître une grave crise en Algérie

LE MÉDICAMENT RISQUE DE CONNAÎTRE UNE GRAVE CRISE EN ALGÉRIE

Menace sur les malades

L’Expression, 30 Septembre 2009

La sonnette d’alarme est tirée

En effet, depuis l’adoption de la loi de finances complémentaire 2009 et toutes les dispositions liées à l’importation, le secteur pharmaceutique se trouve menacé.

Le Syndicat national des pharmaciens d’officine (Snapo) tire la sonnette d’alarme concernant le secteur du médicament en Algérie. Selon son président, Messaoud Belambri, une grave pénurie menace des centaines de milliers de malades dans le pays.
En effet, depuis l’adoption de la loi de finances complémentaire 2009 et toutes les dispositions liées à l’importation, le secteur pharmaceutique se trouve menacé, selon lui. Et tous les opérateurs qu’ils soient publics ou privés s’accordent à dire que «le secteur est en crise».
Et pour cause, avec les nouvelles dispositions, toutes les importations, y compris celles des produits pharmaceutiques, doivent se faire au moyen exclusif du crédit documentaire. Or, la nouvelle forme de facturation induit une prolongation pénalisante des délais d’importation des produits. C’est ce qui cause un sérieux problème pour les producteurs de médicaments, les fournisseurs, les distributeurs, les pharmaciens, mais aussi et surtout les malades.
C’est ce qu’a expliqué hier, M.Belambri, contacté par nos soins. «Les producteurs et les importateurs l’ont déjà dit. Avec cette loi de finances chaque substance sera concernée donc c’est le producteur qui sera le plus touché», a-t-il indiqué. Expliquant davantage les conséquences de la LFC 2009 sur le secteur, il ajoute: «Si l’on prend un produit pharmaceutique X que l’on veut fabriquer, nous aurons besoin des substances 1, 2, 3, 4 et 5. Des substances qui seront importées chacune de son côté et avec le crédit documentaire qui rallonge les délais d’importation, le délai de fabrication de ce médicament sera donc trop long.»
Pour être encore plus explicite, il ajoute: «Les producteurs et importateurs prévoient une aggravation de la pénurie. Or, si ces derniers ne peuvent plus avoir dans les temps impartis la matière première nécessaire à la fabrication du médicament, cela va se répercuter automatiquement sur la production et la disponibilité du médicament avec comme effet premier l’accroissement de la pénurie pénalisant les malades.» Ce qui serait une véritable catastrophe pour le secteur sanitaire déjà malmené par plusieurs pénuries dont la dernière en date ne semble pas trouver d’issue.
Depuis plusieurs mois, les pharmaciens ont fait état d’une grave rupture de stock qui touche le secteur. Prenant le taureau par les cornes, le Snapo a élaboré une liste exhaustive des médicaments touchés par cette rupture.
Cette liste, contenant la nomenclature d’une quarantaine de médicaments, a été envoyée au ministère de la Santé et de la Réforme hospitalière. Après «vérification» auprès des fournisseurs, le ministère a rendu son verdict en niant l’existence d’une quelconque rupture de stock sur le marché national. «Nous avons envoyé un état de la situation de 3 à 4 pages au ministère de la Santé qui nous a répondu après vérification qu’il n’y avait pas de rupture», a indiqué M.Belambri. «Pour faire une enquête, il ne suffit pas d’aller chez les fournisseurs, il faut aussi aller chez les pharmaciens regarder comment on travaille avec les fournisseurs, lorsqu’on passe nos commandes», dit, indigné, notre interlocuteur qui affirme cependant que «la rupture est bien là, et lorsque ils sont disponibles, certains produits sont délivrés au compte-gouttes, et cela suscite des tensions». Depuis, le ministère de la Santé et le Syndicat des pharmaciens se renvoient la balle quant à la responsabilité de cette pénurie.

Yasmine ZOUAGHI