Lycées: Grève de sept jours dès aujourd’hui

LYCEES
Grève de sept jours dès aujourd’hui

Le soir d’Algérie, 18 octobre 2003

Après une grève de quatre jours qui a été largement suivie à travers le
pays, le Conseil national autonome des professeurs de l’enseignement
secondaire et technique (CNAPEST), qui s’est réuni en conseil national ce
week-end, a pris une série de décisions dont un arrêt de grève de sept jours
à partir d’aujourd’hui. C’est donc plus de cinquante mille professeurs qui
boycotteront les cours à travers le territoire national.
Mohamed Djadi – Alger (Le Soir) – Il a fallu deux jours au conclave du
conseil national du CNAPEST et un débat des plus houleux pour qu’une
décision finale tombe : un arrêt de travail de sept jours (du 18 au 25
octobre 2003). Cet arrêt pourrait se prolonger si la tutelle n’annulait pas
les dernières décisions prises à l’encontre de la corporation, précise le
communiqué de ce syndicat national autonome. Ces décisions sont lièes à la
réintégration des 250 professeurs suspendus et à l’annulation des mises en
demeure adressées aux grévistes ainsi que les poursuites judiciaires à l’
encontre d’une centaine de professeurs. Le conseil national, par le biais d’
un de ses membres indique que parmi les décisions qui avaient été prises
hier, figure l’ajout d’un point au communiqué final relatif à la
réintégration immédiate des onze proviseurs suspendus par la tutelle. Pour
rappel, les huit proviseurs suspendus de la wilaya d’El-Tarf et les trois
autres d’Annaba auraient été suspendus pour avoir refusé de dénoncer les
professeurs «perturbateurs». Le conseil national invite les professeurs à se
serrer les rangs et, surtout, à ne signer aucun document émanant de la
tutelle, notamment les mises en demeure. Le CNAPEST qui est entré en guerre
avec les pouvoirs publics a déjà eu le soutien de plusieurs associations et
partis politiques. «Nous ne céderons jamais au chantage et nous appelons les
parents d’élèves à nous comprendre car l’intérêt de leur progéniture est lié
à l’amélioration de la situation socioprofessionnelle du professeurs». «Nous
ne pouvons travailler dans des conditions pareilles. Avec un salaire d’une
fois et demie le SNMG et un environnement loin d’être parfait, l’enseignant
ne peut améliorer le niveau de l’élève. Il est temps pour que les pouvoirs
publics acceptent de descendre à la base pour discuter des problèmes réels
de l’éducateur » souligne une enseignante. En somme, face à la répression
des pouvoirs publics, les professeurs comptent aller le plus loin dans leurs
revendications. Avec tant de suspensions de professeurs et d’interpellations
musclées à travers plusieurs wilayas du pays, les parents doivent exiger des
pouvoirs une solution car, aujourd’hui, même l’enfant est solidaire avec son
enseignant. «Peut-on aller vers une année blanche à cause d’un pouvoir qui
fait la sourde oreille ?» s’exclama un parent d’élève. Aujourd’hui, les
choses risquent le pourrissement, puisque après les scènes de Bordj-Bou-
Arréridj, Alger, Annaba et Batna, c’est au tour des professeurs de
Constantine de vivre ce qu’ont vécu leurs camarades suspendues, interpellés
ou présentés devant la justice. Dans la ville de Cirta, 100 professeurs
suspendus et 45 autres devant la justice ont été enregistrés. En effet,
après les mises en demeure, les suspensions abusives et autres
interpellations musclées, les pouvoirs publics, face à l’ampleur de plus en
plus significative du mouvement de grève du CNAPEST, est semble-t-il plus
enclin à pousser la situation au pourrissement en compromettant sérieusement
l’année scolaire 2003- 2004. Car nul n’est en fait à même d’expliquer l’
attitude de la tutelle face à un mouvement de grève qui aurait atteint,
selon le chargé de communication de ce syndicat, un taux de 95 % à travers
le territoire national. Les anomalies procédurières que relèvera l’avocat
des enseignants de Constantine obligeront le juge instructeur à renvoyer les
auditions à aujourd’hui. Suite à cela, le conseil provisoire du CNAPEST dans
la wilaya de Constantine a rendu public un communiqué dans lequel il dénonce
de fond en comble les pratiques du département de Benbouzid et appelle à la
poursuite de la grève jusqu’à la levée de toutes les mesures prises contre
les enseignants grévistes. Enfin, à Alger, c’est le même combat, puisque les
professeurs des trois grands lycées de Ben-Aknoun auraient décidé de ne pas
rejoindre l’établissement avant la réintégration de deux de leurs collègues
enseignants au lycée Amara-Rachid, selon un enseignant gréviste qui nous a
rendu visite au siège de notre rédaction.
M. D.