30% des jeunes sans emploi

Le taux de chômage en forte hausse

30% des jeunes sans emploi

El Watan, 13 août 2017

Le chômage des jeunes âgés entre 16 et 24 ans, qui est un échantillon révélateur d’une panne de l’économie nationale, est estimé à pas moins de 29,7%. Un chiffre inquiétant pour une population censée représenter l’un des moteurs du redressement de l’économie du pays.

La politique d’austérité et les restrictions budgétaires commencent à produire des effets sur le marché du travail. L’Office national des statistiques annonce que le taux de chômage a atteint, en avril dernier, 12,3% contre 10,5% en septembre 2016. Pas moins de 1,508 million de personnes en âge de travailler n’ont pas trouvé d’emploi, soit un taux de chômage en hausse de 1,8 point.

C’est là un signe inquiétant pour le reste de l’année 2017, d’autant que les experts estiment que le niveau du chômage en Algérie est bien plus important que les chiffres officiels avancés. Selon ces derniers, le nombre de la population active n’a pratiquement pas changé, passant tout juste de 12 117 millions en septembre 2016 à 12 277 millions en avril 2017, soit une petite hausse de 1,3%, alors que le volume de la population à la recherche d’un emploi a largement augmenté.

Le chômage des jeunes âgés entre 16 et 24 ans, qui est un échantillon révélateur d’une panne de l’économie nationale, est estimé à pas moins de 29,7%. Un chiffre inquiétant pour une population censée représenter un moteur du redressement de l’économie du pays. L’ONS relève que six chômeurs sur 10, soit 62,2%, sont des sans-emploi de longue durée, c’est-à-dire cherchant du travail depuis plus d’une année. Par ailleurs, l’évolution du taux de chômage selon le diplôme fait ressortir que l’augmentation enregistrée a touché les personnes sans qualification ainsi que les diplômés de la formation professionnelle.

Diplômés et sans-qualification, même sort

Ainsi, le taux de chômage auprès des personnes sans qualification est passé de 7,7% en septembre 2016 à 10,1% en avril 2017, alors que celui des diplômés de la formation professionnelle est passé de 13% à 14,8% durant la même période.

Les diplômés universitaires ne sont toutefois pas épargnés, ils trouvent autant que les jeunes sans qualification beaucoup de difficultés sur le marché de l’embauche. Le même office des statistiques révèle que le taux de chômage des diplômés universitaires a connu une baisse en passant de 17,7% en septembre 2016 à 17,6% en avril 2017.

On voit ainsi que le chômage atteint pratiquement équitablement les diplômés et les non diplômés, même si ces derniers représentent 787 000 personnes, soit 52,2% du nombre total de chômeurs. L’écart est ainsi bien mince entre les deux catégories de chômeurs. Sortir de la formation professionnelle ou des universités expose les postulants au travail au même risque de chômage. Les diplômés de la formation professionnelle composent 24,1% de la population sans emploi, tandis que les diplômés universitaires constituent 23,7% de cette même population.

Les femmes représentent 20,6% de la population active

Dans son rapport livré en juin dernier, le Fonds monétaire international avait alerté sur cette tendance à la hausse du taux de chômage, notamment celui des jeunes et des femmes, et avertissait que le risque d’assainissement budgétaire peut ralentir la croissance hors hydrocarbures à presque zéro en 2018, ce qui aggraverait le chômage.

«Le marché du travail se caractérise par un manque de souplesse en raison des réglementations coûteuses en matière d’embauche et de manque de licenciement, des impôts élevés sur les salaires, de l’inadéquation entre les qualifications des demandeurs d’emploi et celles recherchées par les entreprises, des critères stricts d’admissibilité qui limitent l’accès au régime d’assurance-chômage, et des hausses excessives des salaires par rapport aux gains de productivité.

Ces caractéristiques réduisent la demande de main-d’œuvre et limitent la mobilité des travailleurs entre secteurs. Elles excluent également une grande partie de la population du marché du travail, en particulier les femmes et les jeunes et contribuent à l’existence d’un vaste secteur informel», notait le rapport du FMI.

Le même organisme avait préconisé dans ses recommandations de créer des liens plus étroits entre l’éducation et le secteur privé, et d’envisager des mesures favorables à une plus forte participation des femmes au marché du travail. Notons que les femmes ne représentent que 2,2524 millions de la population active, soit 20,6% de l’ensemble des personnes en âge de travailler, qu’elles aient un emploi ou non. L’ONS note aussi que le nombre de la population occupée était estimé en avril dernier à 10 769 millions de personnes contre 10 845 millions en septembre 2016, baissant de 76 000 postes d’emploi.

La baisse enregistrée dans le volume de l’emploi a surtout concernée le secteur du BTP, avec un solde négatif de 91 000 personnes, ainsi que le commerce, les services et l’administration publique avec un solde négatif de 84 000. Le secteur de l’agriculture a par contre enregistré un solde positif de 63 000, de même pour l’industrie avec un solde de 36 000.

Nadjia Bouaricha


Mohamed Achir. Enseignant-chercheur à l’université de Tizi Ouzou

«Il faut mettre en place une véritable politique nationale de l’emploi»

– L’ONS a annoncé un taux de chômage de 12,3% en avril 2017 contre 10,5% en septembre 2016. L’organisme public impute l’aggravation du chômage principalement à l’augmentation du volume de la population en quête d’un emploi. Quelle est votre lecture ?

Il y a lieu de souligner que le taux de croissance du PIB au premier trimestre 2017 a enregistré une légère baisse par rapport à la même période de l’année 2016, en passant de 3,9% à 3,7%. Il faut encore préciser que ce niveau de croissance a été maintenu grâce au rebond du secteur des hydrocarbures qui a enregistré une hausse de 7,1%. Le PIB hors hydrocarbures, quant à lui, a enregistré une baisse de 1,2%, en passant de 4% à 2,8% durant la même période.

Les hydrocarbures sont un secteur capitalistique qui ne nécessite pas une grande quantité du facteur travail et sa croissance n’impacte pas sensiblement le niveau du chômage, surtout que l’industrie pétrochimique n’est pas vraiment développée. Le secteur de l’industrie et celui du BTPH ont connu un ralentissement en passant respectivement de 5,1% à 3,9% et de 4,4% à 3,8%. C’est cette situation qui, à mon avis, peut expliquer fondamentalement la montée du chômage. Ajoutons à cela le gel de la création des emplois dans la Fonction publique, y compris certains dispositifs d’insertion (DAIP, DAIS, DIP).

En effet, selon l’ONS, la population active a atteint 12,277 millions de personnes contre 12,117 millions en septembre 2016, soit une hausse de 160 000 personnes. Cette augmentation n’est pas accompagnée par une croissance de la productivité de l’économie. L’Algérie, faut-il le rappeler, enregistre un taux de productivité très faible. La croissance de la productivité augmente moins que la population active et la conséquence est justement l’aggravation du taux de chômage.

– Pensez-vous que la politique d’austérité budgétaire risque d’amplifier le chômage et les inégalités sociales ?

La croissance économique du pays a été tirée pendant des années par la commande publique et l’encouragement de la demande globale, mais après la dégradation des positions financières externes et internes, le gouvernement a tenté un réajustement financier en ralentissant notamment les dépenses publiques et les importations.

Ce réajustement budgétaire visant la limitation du rôle de l’Etat dans la croissance économique et le découragement de la consommation orientée à l’importation peut être considéré comme une politique d’austérité, ce qui décourage la création des emplois et peut conduire à un cercle vicieux de chômage, inflation et stagnation économique. Dans la situation actuelle, le secteur économique productif ne peut amortir le choc et constituer une alternative susceptible de maintenir un niveau de croissance et de création d’emplois.

La productivité des entreprises, notamment publiques, est à remettre en question et leur assainissement n’a pas produit des gains en productivité. Le secteur privé est fortement dépendant de la commande publique et du système des subventions généralisées. C’est pourquoi l’Etat ne doit pas se retirer et recourir à des mesures d’austérité et de ralentissement de la consommation nécessaires à la relance économique.

– Selon vous, quelles sont les réformes nécessaires à mettre en place pour atténuer le chômage au moment où le gouvernement semble impuissant à lutter contre ce phénomène ?

L’augmentation du chômage des jeunes est un phénomène à ne pas sous-estimer politiquement et socialement. Il relève de la stabilité nationale. Il faut mettre en place une véritable politique nationale de la formation et de l’emploi permettant une meilleure gestion des personnes qui arrivent sur le marché du travail. Il faut surtout une réforme structurelle profonde permettant de créer une compétitivité structurelle de l’économie et qui encourage des secteurs pourvoyeurs d’emplois.

La tertiarisation de l’économie à travers les services des technologies de l’information et de la communication peut créer des opportunités de croissance économique et générer des emplois. Mais globalement agir sur le niveau de la productivité des facteurs et l’environnement des affaires qui demeure hostile. Les PME compétitives et les IDE doivent être encouragés pour faire face à la montée vertigineuse du chômage des jeunes (29%). Les mesures bureaucratiques sont inefficaces face au chômage.
Hocine Lamriben