Huit millions d’élèves rejoignent les classes aujourd’hui

Huit millions d’élèves rejoignent les classes aujourd’hui

Des écoles supplémentaires manquent au rendez-vous

El Watan, 6 septembre 2015

Plus 8 millions d’élèves rejoindront les bancs de l’école aujourd’hui. Plusieurs défis attendent le secteur de l’éducation. L’un des plus importants est celui de la surcharge des classes due en partie à la non-réception de certains projets d’établissements lancés.

Le directeur de l’enseignement primaire et moyen au ministère de l’Education nationale, Fatih Mourad Mohamed, a indiqué à l’APS que 532 projets d’établissements scolaires (écoles, CEM, lycées), devant être réceptionnés à l’échelle nationale avant la rentrée scolaire, n’ont pas encore été finalisés.

263 écoles primaires, 112 CEM et 157 lycées, ainsi que 1248 classes supplémentaires prévues dans le cycle primaire et 37 classes en préfabriqué devaient être réceptionnés dans le cadre de la rentrée scolaire.

Fatih Mourad Mohamed a indiqué que les sociétés de réalisation n’ont pas réussi à achever ces projets dans les délais, dont la plupart sont situés dans les nouvelles cités.

Cette situation pourrait «engendrer une surcharge des classes, notamment au niveau des établissements éducatifs relevant de la direction de l’éducation d’Alger Ouest», a indiqué le même responsable. Il sera fait recours dans certains établissements au système de la double vacation comme l’a annoncé la ministre, Mme Benghebrit.

Une enveloppe budgétaire supplémentaire a été décidée en Conseil des ministres en mai dernier pour la rénovation des établissements scolaires vétustes. Le secteur de l’Education nationale a prévu la réception de nouvelles structures, dont 562 écoles primaires, 231 CEM, 276 lycées, en plus des 156 cantines scolaires, 23 internats et 108 demi-pensionnats. Le ministère table sur la baisse du taux d’occupation des classes, notamment dans le cycle primaire, de 32 à 29 élèves par classe et de 32 à 30 respectivement dans les cycles moyen et secondaire.

Une année «apaisée» ?

La ministre de l’Education nationale dit vouloir consacrer les concepts d’équité et de qualité. «De l’éducation pour tous à une chance de réussite pour tous», tel est l’objectif que le ministère de l’Education nationale entend atteindre en assurant à tous nos enfants «les mêmes chances de réussite par la consécration des concepts d’équité et de qualité», a tenu à affirmé la ministre Mme Benghebrit dans un entretien à l’APS à la veille de la rentrée scolaire 2015-2016. La nouvelle «méthodologie» sera concrétisée par l’adoption d’une année de 32 semaines et ainsi éviter la déperdition scolaire.

La rentrée de cette année intervient après un été marqué par la polémique, à fleurets mouchetés, sur l’introduction de la derdja dans les écoles. La tension est retombée après la déclaration du Premier ministre, M. Sellal, qui a rappelé le caractère constitutionnel de la langue arabe.

Les détracteurs de la ministre, qui voulaient monter au créneau, se sont finalement rétractés. Même constat chez les syndicalistes du secteur. A l’exception du syndicat des corps communs, qui menace d’entrer en grève, les autres syndicats n’ont pas programmé de mouvement de protestation dans l’immédiat.

La ministre de l’Education nationale a pris le soin de réunir, fin août, dix syndicats. Plusieurs mesures en faveur des travailleurs du secteur ont été annoncées (formation des nouveaux recrutés, prime des directeurs et économes des établissements scolaires, etc.). Un engagement a été pris par Mme Benghebrit pour tenir, à compter du 15 octobre prochain, des rencontres bilatérales avec chaque syndicat, ce qui devrait permettre d’aboutir à la signature d’un pacte devant assurer une année scolaire «apaisée».

La signature d’un tel document n’est guère assurée puisqu’une partie des représentants des travailleurs soupçonnent la tutelle de vouloir leur enlever ce moyen de pression privilégié qu’est la grève.


Tamazight dans 20 wilayas

Cette rentrée sera marquée par la vulgarisation de l’enseignement de la langue amazighe, qui passera de 11 à 20 wilayas, a déclaré Mme Benghebrit.

«L’élargissement de l’éducation préscolaire est à même de consacrer le concept d’équité sur lequel mise le ministère, en ce sens que l’élève qui bénéficie de cette éducation a plus de chance de réussir au primaire», a précisé la ministre.

Élargissement du préscolaire

«L’élargissement de l’éducation préscolaire est à même de résoudre le problème des inscriptions dérogatoires, l’enfant à l’âge de 5 ans étant enclin à apprendre en jouant et son inscription en première année du primaire ne constitue pas une solution pédagogique», a fait savoir la ministre. Dans ce contexte, Mme Benghebrit a souligné que «l’élargissement de l’éducation préscolaire est une mission qui incombe à tous les secteurs, en tête desquels les ministères de l’Intérieur, de la Solidarité et des Affaires religieuses ainsi que les grandes entreprises économiques».

Enfants aux besoins spécifiques : ouverture de nouvelles classes

Par ailleurs, en vue de garantir la scolarisation des enfants aux besoins spécifiques, le ministère de l’Education envisage d’augmenter, en collaboration avec le ministère de la Solidarité nationale, le nombre de classes spéciales pour les enfants aux besoins spécifiques, en particulier les autistes et les malentendants. Mme Benghebrit a souligné que 142 établissements scolaires dans 22 wilayas du pays avaient ouvert des classes au profit de cette catégorie et que le nombre d’enfants scolarisés atteints d’autisme était de 1236. Le ministère vise, à travers l’ouverture de ces classes spéciales au sein des établissements scolaires, «l’intégration de cette catégorie avec les enfants normaux pour favoriser leur réussite».

Pas de réforme du Bac dans l’immédiat

Sur un autre volet, la ministre a déclaré dans un entretien à l’APS qu’aucun changement ne sera opéré dans le système du baccalauréat sans l’aval du gouvernement.

Le ministère de l’Education s’attelait à réunir les propositions issues de cette conférence en vue de les soumettre au gouvernement avant la fin septembre. Les participants à la conférence avaient préconisé une réduction du volume horaire des épreuves du baccalauréat et l’organisation de deux sessions du bac, la première devant sanctionner la deuxième année secondaire et la seconde au terme de la troisième année secondaire. Pour Mme Benghebrit, l’introduction d’une première session en deuxième année secondaire requiert une autre proposition consistant en la fiche d’évaluation continue pour garantir l’assiduité des élèves.
Nadir Iddir

Une année de 32 semaines

Le ministère de l’Education nationale entend passer à un palier supérieur en assurant l’égalité des chances pour la réussite de tous les élèves à travers la consécration des concepts d’équité et de qualité et par la mobilisation de tous les moyens matériels, humains et pédagogiques.

En consécration du concept d’équité, une nouvelle méthodologie a été adoptée cette année pour endiguer l’échec et la déperdition scolaires, il s’agit, selon la ministre, de la numérisation du secteur et de la rationalisation de la gestion du volume horaire scolaire, en assurant 32 semaines d’activités effectives.

Nadir Iddir


Le CLA dénonce la «politique d’austérité»

Le Conseil des lycées d’Algérie (CLA) dénonce les conditions dans lesquelles se déroule la rentrée scolaire.

Il a signalé, dans une déclaration rendue publique hier, la non-réception de plusieurs infrastructures scolaires, la fermeture de certains établissements (lycée Boulkine, lycée Mira à Alger), la suppression ou la réduction dans certains établissements de la filière technique.

«Cette situation est synonyme de classes surchargées, d’augmentation du phénomène de la violence, tout comme elle implique une restriction des postes budgétaires», regrette ce syndicat. Le CLA alerte le gouvernement sur «sa politique d’austérité qui diminue notre pouvoir d’achat par l’augmentation des prix de produits de première nécessité, conséquence de l’abrogation de l’article 87 bis, générant une grande déception parmi les travailleurs et portant atteinte aux acquis des travailleurs concernant la retraite par la révision du code du travail qui vise à l’allongement du nombre d’années de cotisation et la suppression de la retraite anticipée».

Le CLA considère «que les travailleurs ne sont pas responsables de la situation critique des finances du pays que déplore le gouvernement, qu’ils n’ont pas à payer pour des décennies de gestion catastrophique et appelle à une mobilisation générale pour sauvegarder les acquis». Le CLA considère que la stabilité recherchée dans le secteur de l’éducation ne pourra être atteinte tant que les revendications primordiales des travailleurs et enseignants du secteur ne sont pas prises en considération ni satisfaites : promulgation d’un nouveau statut particulier, retraite après 25 ans de service effectif à 100%, intégration de tous les contractuels et une gestion des œuvres sociales transparente et réellement au service des travailleurs.
Nadir Iddir