Deux millions d’Algériens atteints de folie

Une étude psychiatrique tire la sonnette d’alarme sur les pathologies mentales

Deux millions d’Algériens atteints de folie

Par : Salim KOUDIL, Liberté, 10 novembre 2007

Le professeur suisse, auteur de l’étude, a appelé à une véritable prise en charge de cette catégorie de malades.

Le nombre d’Algériens nécessitant des soins psychiatriques est près de 2 millions de personnes. Ce chiffre surprenant pour plus d’un a été donné par l’épidémiologiste psychiatrique suisse Nicolas Sartorius, lors du congrès international de psychiatrie qui s’est déroulé à Alger jeudi passé. Se référant aux résultats d’une étude médicale suisse sur les maladies mentales dans le monde, il a précisé que “la fourchette va entre 3 et 7% de la population, soit un million et demi d’Algériens qui doivent bénéficier d’un traitement psychiatrique”.
Le spécialiste helvétique ajoutera que les chiffres qu’il vient de donner sont encore moins alarmants que ceux donnés par une étude américaine. Selon lui, celle-ci avait estimé entre 10 et 12% la population souffrant de maladies mentales en Algérie.

Ce qui équivaut à dire que c’est entre 3,3 et presque 4 millions de personnes qui en seraient atteintes. Le spécialiste a encore expliqué que ces taux sont quelque part biaisés car beaucoup de malades ne sont pas déclarés par leur famille en raison des tabous ou simplement par ignorance pensant qu’ils sont condamnés. Des chiffres effarants qui donnent une image des plus inquiétantes du pays déjà mal en point et qui donnent encore plus de tonus aux… nombreux spectacles de Fellag sur l’état psychique des Algériens. Certains n’hésiteraient pas à expliquer beaucoup de “phénomènes” que vit le pays depuis plusieurs années par cet état psychique des citoyens.

Concrètement c’est surtout l’urgence d’une réelle et efficace politique de prise en charge psychiatrique des personnes atteintes. Aussi l’aspect social doit être abordé avec la chape de plomb qui entoure les malades mentaux chez plusieurs familles algériennes. Ne sachant pas quoi faire, ces familles se retrouvent donc “obligées” à les abandonner croyant qu’il n’y avait pas de remèdes. Une situation qui a d’ailleurs brisé beaucoup de familles sans parler des cas des pauvres malades vivant dans la “jungle du dehors” et dont l’espérance de vie dans ces conditions ne dépasse pas quelques années si ce n’est quelques mois. Aussi ces personnes et bien d’autres ne sont même pas comptabilisées dans les études susmentionnées et, du coup, la réalité du terrain semble dépasser de loin les résultats des chercheurs.

Sensibiliser la population à cela est du coup une priorité à ne pas négliger et qui devrait donner des résultats probants en un temps éclair. La prise en charge des malades doit être l’une des priorités des responsables de la santé qui semblent se désintéresser totalement de ce secteur.

Pour en être établi, il suffit de voir la situation des hôpitaux psychiatriques que ce soit à Alger ou encore mieux dans les autres wilayas du pays pour confirmer que la psychiatrie est le parent pauvre du secteur. Un autre aspect “psychiatrique” touchant le pays et qui donne aussi une idée sur des dysfonctionnements psychiques évidents est le suicide.

Ce dernier est en train de prendre des proportions énormes en Algérie devant le désintérêt des autorités. Des études parlent même d’un suicide toutes les 12 heures, ce qui révèle la gravité de la situation. Il ne faut pas oublier l’autre phénomène qui touche notre jeunesse, celui des harragas. Quoi qu’on dise, c’est une autre forme de suicide que beaucoup n’hésitent pas à réaliser mettant de côté toutes les entraves.

Ceci dit, tenter d’établir une relation entre la situation actuelle de l’Algérie et la mauvaise santé mentale de ses habitants est un pas que beaucoup effectueront sans hésitation.
Reste tout de même à savoir si ce constat va demeurer (comme tant d’autres “maux” du pays) noir sur blanc, et qu’encore une fois, il ne dépassera pas les coulisses d’un colloque.

Salim KOUDIL