La flambée des prix continue

La flambée des prix continue

par Sofiane M. & A. Zerzouri, Le Quotidien d’Oran, 27 septembre 2009

La flambée des prix des fruits et légumes ayant entaché cette année le mois sacré de ramadhan persiste ces derniers jours, à la surprise générale, au niveau de pratiquement toutes les régions du pays.

Les citoyens, qui s’attendaient à un retour à la normale de la mercuriale après l’Aïd El-Fitr, assistent bien au contraire à un renchérissement atterrant des prix des fruits et légumes. Au lieu de baisser, la mercuriale a pris l’ascenseur, annonçant ainsi des jours bien difficiles aux petites bourses qui se sont déjà saigné les quatre veines avec la rentrée des classes, le ramadhan et les dépenses de l’Aïd El-Fitr. Dans le peloton en folie des prix, la pomme de terre, légume préféré des Algériens, affiche un prix qui n’a pas été atteint même durant le mois sacré. A 70, voire à 80 dinars le kilo, le pauvre smicard est désormais dans la purée. Aux halles centrales d’Oran, la pomme de terre, de qualité moyenne, est proposée à 50 dinars le kilo. Les carottes, les navets et les oignons sont proposés sur les étals à entre 50 et 70 dinars.

La tomate de «bonne» qualité est négociée à 80 dinars le kilo. Cependant, c’est le prix de la laitue qui affiche des seuils intolérables : un kilo de laitue à… 150 dinars, l’exploit reste de taille. Seul le nouvel arrivé sur les étals, le chou-fleur, ose aujourd’hui braver la laitue avec son prix de 140 dinars le kilo et un avenir prometteur dans un peloton en folie.

Même constat pour les prix des fruits qui ne décolèrent pas. Les raisins sont désormais proposés à 150 dinars. Ceux de l’importation, de couleur rougeâtre, sont proposés à 200 dinars.

Les pommes restent indétrônables avec des prix intouchables, le kilo étant cédé à partir de 180 dinars. De quoi dissuader les consommateurs les plus téméraires. Le kilo de bananes a pris en quelques jours une vingtaine de dinars de plus pour atteindre les 130 dinars.

Toutefois, la grande surprise vient des dattes, dont le prix a atteint les… 350 dinars le kilo, soit une hausse de 110 dinars en une semaine. Les dattes étaient proposées en effet durant les derniers jours du mois sacré à seulement 240 dinars le kilo. Et même les viandes, qu’elles soient rouges ou blanches, restent toujours inaccessibles. Le poulet est proposé à partir de 320 dinars le kilo. Les prix des viandes rouges sont revenus à de meilleurs sentiments mais restent inaccessibles. L’agneau tout venant est proposé entre 760 et 800 dinars le kilo, au lieu de 950 au début du mois sacré.

Devant cette douloureuse envolée des prix, les ménagères, saignées à mort par les dernières dépenses, ont été contraintes de se rabattre sur les légumes secs (lentilles, haricots secs et pois chiche) et les pâtes, en attendant des jours meilleurs.

«J’ai vendu de grandes quantités de légumes secs ces derniers jours et en particulier les lentilles et les haricots secs», confie cet épicier de haï Sabah. Les gens serrent la ceinture pour limiter les dégâts, d’autant plus que deux mois seulement nous séparent de la très redoutée fête de l’Aïd El-Adha, où les petites bourses risquent encore une fois d’être sacrifiées sur l’autel de la spéculation.

A l’est du pays, l’envolée des prix des légumes et fruits enregistrée ces deux derniers jours à travers les marchés, notamment de Constantine, a surpris les ménages, eux qui s’attendaient à une tendance à la baisse avec la fin du ramadhan. Contre toute logique donc, les légumes et fruits tenaient la dragée haute devant les bourses essoufflées des pères de famille, mis à genoux par les grosses dépenses engagées durant ce mois de septembre, affichant hier des hausses de prix considérables, bien supérieurs à ceux pratiqués et dénoncés durant le mois sacré du ramadhan.

La pomme de terre, cédée à 60 dinars le kilogramme, se replace au-devant de la scène et renoue avec la cherté des prix, dignes de la période de crise connue récemment, qui a fait l’actualité nationale pendant de longues semaines. Idem pour la tomate, les carottes, la salade verte, ou encore ce kilo de citron cédé à 400 dinars, un prix hors de portée qui pousse désormais la clientèle à acheter ce fruit à la pièce.

Alors que les prix des viandes rouges et blanches gardent la ligne, sans changement dans les prix habituels, avec 720 dinars le kilo d’agneau et 330 dinars le kilo pour le poulet.

«Inimaginable», estimera un citoyen décontenancé devant les étals des marchands de fruits et légumes au niveau du marché Bettou au centre-ville. Cette brusque flambée des prix au niveau des marchés a provoqué le courroux des consommateurs, convaincus plus que jamais qu’ils sont livrés pieds et poings liés entre les mains des spéculateurs.

Et les explications avancées par les commerçants et leurs représentants de l’UGCCA à propos de ces prix qui ont brusquement pris des ailes, mettant eux cette flambée des prix sur le compte « de la dégradation des conditions climatiques » et estimant « que les agriculteurs auprès desquels s’approvisionnent les marchés de gros n’ont pas pu se mettre à la récolte en raison des dernières intempéries», n’arrivent pas à convaincre grand monde. Rassurant malgré tout, l’un des représentants du bureau de wilaya de l’UGCCA prévoit une baisse des prix dès le retour du beau temps. Un beau temps qui ne risque pas d’être au rendez-vous demain, au vu du changement climatique saisonnier.