121 000 familles démunies, selon Ould Abbas

121 000 FAMILLES DÉMUNIES SELON LES NOUVEAUX CHIFFRES DE OULD-ABBAS

Tromperie

Le Soir d’Algérie, 18 décembre 2007

Et voilà de nouveaux chiffres. Djamel Ould Abbas, ministre de la Solidarité nationale vient d’enrichir la banque des données statistiques concernant l’état de la pauvreté en Algérie. Intervenant hier sur les ondes de la Radio Chaîne I, à l’émission «Tahaoulet», le ministre a déclaré que le dernier chiffre officiel portant sur le nombre de familles démunies en Algérie est de 121 000, soit 4,9%, en 2007.
Rosa. Mansouri- Alger – (Le Soir)- Seulement 121 000 familles, souligne t-il, vivent en deçà du seuil de pauvreté. Un seuil qui, évidemment n’est pas celui admis dans les milieux économiques qui est d’un dollar par jour, car le ministre algérien a toujours expliqué qu’il n’ y a pas d’Algériens qui crèvent de faim. Ces nouvelles données jettent ainsi le doute sur l’évolution du niveau de vie des familles algériennes. Il y a une année, en contrecarrant un rapport établi par les services de sécurité qui ont annoncé le recensement de dix millions de pauvres, le représentant de l’Etat a avancé 72 302 personnes démunies. Aujourd’hui, non seulement le chiffre semble être beaucoup plus élevé que celui de l’année précédente mais Ould Abbas ne parle plus de nombre de personnes mais de nombre de familles démunies. En se vantant de ce chiffre de 4,9%, qu’il compare aux 12,8% de la population pauvre en 2000, le ministre se permet même de le comparer aux chiffres relatifs à la pauvreté en France, estimés à sept millions de personnes, voire 12% de la population. Comme il est de tradition chez les responsables algériens de répliquer à chaque rapport, le même ministre a estimé, en octobre 2005 que 85 969 citoyens vivent au-dessous du seuil de pauvreté. Il avait tenu à démentir les chiffres avancés par la Banque mondiale selon lesquels il en existerait au moins sept millions. Devant cette confusion répétitive dans les chiffres avancés par les organismes nationaux et internationaux, le gouvernement algérien ne s’est pas encore montré capable de réaliser une enquête crédible et argumentée de l’état de la pauvreté en Algérie. Cette polémique est relancée au moment même où des sociologues et politologues mettent en avant l’impact de la pauvreté sur le terrorisme. L’hypothèse du recrutement des jeunes kamikazes dans les milieux défavorisés ne cesse d’alimenter le débat politique et social, sans que celui-ci ne soit abordé d’une manière directe, afin de s’attaquer sérieusement à ces problèmes. Minimiser l’ampleur de la pauvreté est en soi une fuite en avant du gouvernement. Le pouvoir d’achat des Algériens est incontestablement en nette régression. La hausse des prix des produits alimentaires de large consommation, du carburant, du gaz et de l’électricité font qu’aujourd’hui, les citoyens se sont appauvris. Crever de faim n’est pas forcément le manque de nourriture, c’est aussi cette incapacité à pouvoir payer les factures d’électricité et de gaz, de s’assurer un équilibre alimentaire nutritif et aussi nourrir son esprit.
R. M.