Consommation: Le pouvoir d’achat des Algériens laminé

Consommation: Le pouvoir d’achat des Algériens laminé

par Yazid Alilat, Le Quotidien d’Oran, 23 août 2017

Le pouvoir d’achat des Algériens s’érode de plus en plus avec une hausse permanente du coût de la vie. L’inflation est, quant à elle, en hausse constante depuis au moins trois années, avec des niveaux intolérables de hausse des prix de certains produits alimentaires stratégiques.

A fin juillet dernier, le taux d’inflation s’est établi à 6,1% contre 6,4% à fin décembre 2016 et des «pics» de 8% en début d’année. Le gouvernement, dans ses prévisions contenues dans la loi de finances 2017, tablait sur une inflation de 4% seulement. Des experts estiment que l’inflation devrait atteindre les 8% en 2017, sous le double effet de la hausse de la TVA de deux points de base et la baisse du dinar sur le marché des changes. Suffisant pour que le pouvoir d’achat des Algériens entame une baisse tendancielle inexorable depuis au moins 2014.

Cette situation se justifie, selon Hassen Menouar, président de l’association El Amen de protection des consommateurs, par l’abandon des politiques de protection adoptées jusque-là par le gouvernement. Dans un entretien à Le Quotidien d’Oran, il a souligné que «le pouvoir d’achat des Algériens a dégringolé et pose aujourd’hui un problème de consommation». Car «si on ne consomme pas, l’économie tourne maln et donc pas de production et pas d’offre pour la demande» de produits exprimée par les consommateurs. Hassen Menouar relève en outre que le SNMG (salaire national minimum garanti) «n’a pas bougé depuis des années, alors que le modèle de consommation des Algériens a changé avec de nouveaux produits issus des NTIC, des nouvelles habitudes de consommation. «La vie est devenue franchement plus chère pour les Algériens», martèle-t-il avant de souligner que «tout est en hausse de 30% à 40%. En même temps, la famille algérienne s’est atomisée, induisant de nouveaux arrivants sur le marché national de la consommation, de nouveaux consommateurs». Une situation qui fait, selon lui, que «les familles algériennes souffrent par rapport à leur pouvoir d’achat, laminé par les hausses» successives des prix des produits alimentaires, des articles scolaires et de l’habillement. Lors de la présentation du projet de loi de finances 2017 devant la Commission des finances de l’APN, l’ex-ministre des Finances, Hadji Baba Ami, avait alors affirmé que l’Etat veillait à préserver le pouvoir d’achat du citoyen». «Les tarifs des produits de première nécessité resteront inchangés», a-t-il dit, avant de minimiser l’impact de l’augmentation de la TVA sur le pouvoir d’achat du citoyen, en déclarant que «celle-ci ne saura dépasser deux points». Moins d’une année après l’adoption de la loi de finances 2017, l’inflation est montée jusqu’à 8% entre janvier et février et de 6% en moyenne des sept dernier mois.

Par ailleurs, le président de l’association El Amel de protection des consommateurs a indiqué, sur la réunion de ce jeudi préparatoire à la prochaine Tripartite, qu’elle n’est pas «représentative des Algériens, des 40 millions d’Algériens, mais seulement des 7 millions de travailleurs». Pour lui, la Tripartite «ne représente donc pas les consommateurs algériens qui font tourner l’économie nationale». De plus, «pour nous, c’est un non-événement, elle n’apportera rien de concret dans l’amélioration du pouvoir d’achat des Algériens». «Nous, en tant qu’association de protection du consommateur, en tant que membre de la société civile, nous avons notre mot à dire», a-t-il ajouté, avant de relever que «par rapport à cette Tripartite, nous pensons qu’il faut encourager la production nationale pour une meilleure consommation». De plus «on se demande pourquoi le gouvernement, par exemple s’est orienté vers le montage de voitures alors que l’industrie mécanique nationale reste quand même performante et crée de la valeur ajoutée? Nous pensons que l’Etat doit se rapproprier certains domaines industriels et agricoles qui ont été livrés jusque-là à des lobbies». Quant à la hausse des prix du mouton de l’Aïd, il a estimé que sa cote en Algérie «est deux fois plus chère qu’au Maroc ou en Tunisie, car on a livré ce secteur à des spéculateurs».

Enfin, sur la hausse vertigineuse des produits agricoles à moins de deux semaines de l’Aïd El-Adha, il a dénoncé ce qu’il estime être «une situation anormale». «Nous sommes en pleine saison pour beaucoup de produits, dont la tomate, mais faute de réglementation, le marché est totalement dérégulé». La rentrée sociale sera difficile pour les ménages algériens qui devront également se serrer la ceinture avec les dépenses liées à la rentrée scolaire, estime encore l’association El Amel de protection des consommateurs.