Ahmed Ouyahia et Abdelmadjid Sidi-Saïd à propos du désaccord sur la fonction publique

Ahmed Ouyahia et Abdelmadjid Sidi-Saïd à propos du désaccord sur la fonction publique

« C’est au Parlement de trancher»

Propos recueillis par Faouzia Ababsa, La Tribune, 16 octobre 2004

LA TRIBUNE : Vous aviez dit que l’avant-projet de loi allait connaître le cheminement légal, c’est-à-dire passer au Parlement. Mais en même temps, vous déclarez que le gouvernement va poursuivre les discussions avec l’UGTA. Peut-on donc s’attendre à une proposition d’amendement de l’article 18 ?

Ahmed Ouyahia : L’UGTA n’est pas contre l’existence des contractuels. Elle a un problème rédactionnel. La semaine prochaine, je vais instruire la Direction générale de la Fonction publique pour qu’elle transmette l’avant-projet de statut au secrétariat général du gouvernement pour qu’il le mette en circulation, afin que les services juridiques des différents ministères l’examinent avant qu’il n’aboutisse en conseil de gouvernement. Alors, de là à ce qu’il traverse toutes ces étapes pour arriver au gouvernement, il se passera au moins un mois. Il passera ensuite par le Conseil des ministres pour aller enfin au Parlement. Si c’est une question de rédaction, nous avons largement le temps de le revoir avant qu’il n’aboutisse au Parlement.

Quel est le nombre de fonctionnaires qui pourraient prétendre à la retraite d’ici deux à trois ans ?

Actuellement, la Fonction publique compte plus de 1,5 million d’agents. Elle se caractérise par une très forte proportion de jeunes. Si vous me parlez de départ à la retraite à l’âge légal, je peux vous dire qu’il y a entre 10 000 et 20 000 agents qui partent à la retraite. Nous sommes très très loin de ce qu’on voit dans d’autres pays qui ont d’autres courbes démographiques. C’est ce qui fait que ce 1,5 million, qui s’accroît chaque année par un certain nombre de fonctionnaires titulaires, est définitivement à l’abri de toute compression d’effectifs.Nous nous sommes mis d’accord sur 227 articles. Jusqu’à preuve du contraire, le gouvernement a la responsabilité d’élaborer les avant-projets de loi. L’Assemblée populaire nationale et, de manière générale, le Parlement ont la responsabilité de légiférer.

En abordant la stratégie industrielle, le gouvernement a clarifié sa position en affirmant que la privatisation était incontournable, à l’exception des secteurs stratégiques. Peut-on savoir ce que vous appelez entreprises stratégiques ?

Vous avez déjà la Sonatrach, la Sonlegaz. Et, comme nous sommes des partenaires, nous avons dit à nos amis de l’UGTA, faites-nous une liste négative. Nous leur avons demandé de nous dire quelles sont les entreprises que vous considérez comme stratégiques pour le pays.

Vous êtes déçu par le désaccord intervenu sur l’article 18 ?

Abdelmadjid Sidi-Saïd : Il ne faut pas parler de déception, mais d’une nouveauté dans les relations entre le gouvernement et l’UGTA. Jusqu’à maintenant, chaque fois qu’on sortait des bipartites ou tripartites, avec des communiqués, vous disiez qu’il y avait eu des complicités. Aujourd’hui, sur les 227 articles, il y en a 15 qui n’ont pas trouvé d’accord, dont 14 sont relatifs à la rédaction. Il y a eu certes désaccord sur l’article 18. C’est un désaccord de formulation. Maintenant si vous voulez que l’on parle honnêtement, il faut se poser la question de savoir si vous pensez qu’à l’avenir, il n’y aura pas de contractualisation au niveau de la Fonction publique ? Il s’agit de savoir comment l’appliquer sans qu’elle soit pour autant un couperet. C’est la raison pour laquelle nous avons dit que nous allions revoir l’article sur le plan rédactionnel. Car l’article 18 est un véritable couperet.

A l’ère de la mondialisation et du «dégraissement» dans la Fonction publique partout dans le monde, ne pensez-vous pas qu’avec la contractualisation, on s’acheminerait vers la suppression pure et simple du mouvement syndical dans ce secteur?

Je ne pense pas que l’on puisse parler de la suppression du syndicat dans la Fonction publique en raison de la contractualisation. Toutefois, il ne faut pas oublier qu’au niveau mondial, le recul du mouvement syndical est tellement immense que nous sommes loin de ce problème. Mais il peut avoir des répercussions chez nous. C’est à nous, syndicat, de faire en sorte que cela ne se produise pas. Il faudra nous battre quotidiennement. Le plus important aujourd’hui, c’est qu’en tant que partenaires, nous avons démontré publiquement une divergence, un désaccord. Cependant, ce qui m’intéresse, c’est que nous avons arraché du gouvernement que les 320 000 contractuels ne seront pas licenciés. Leur compression n’est plus d’actualité. C’est un acquis social. Et quitte à me faire hara-kiri, ne me demandez pas de me bagarrer pour permaniser une femme de ménage. Car sur les 320 000, il y a 43 000 agents d’entretien qui ne travaillent pas plus de deux heures par jour. Par contre, nous avons revendiqué la réouverture des Centres de formation administratifs pour que ces contractuels en bénéficient. Cela leur permet d’être titularisés plus tard. Bien sûr nous n’avons pas encore abordé cette question de manière directe, mais le gouvernement n’a pas fermé les portes sur ce sujet. Quant à l’article 18, il est fort possible que l’on ne trouve pas d’accord d’ici à une semaine ou dix jours. A ce moment-là, le gouvernement ira à l’APN avec l’article 18, et nous irons à l’APN avec l’article 18 version UGTA.

F. A.