Déperdition scolaire: 32 % de la population âgée de 6 à 24 ans est concernée

Déperdition scolaire

32 % de la population âgée de 6 à 24 ans est concernée

par Amina Azoune, Le Jeune Indépendant, 21 janvier 2006

«400 000 à 500 000 enfants et jeunes Algériens sont touchés, chaque année, par la déperdition scolaire. Cette dernière concerne près de 32 % de la population âgée entre 6 et 24 ans. Ces données, résultats d’une enquête réalisée par le Centre national d’études et d’analyses pour la planification (CENEAP) en 2005, ont été avancées lors de la journée d’étude sur la déperdition scolaire organisée par l’association algérienne d’alphabétisation Iqraa.

Selon un chercheur au CENEAP, M. Benmerad, sur 100 élèves, huit seulement obtiennent leur baccalauréat, dont cinq poursuivent leurs études universitaires. Cette étude, a expliqué le chercheur, visait à évaluer le profil socio-démographique des exclus du système éducatif.

M. Benmerad a indiqué que la population masculine reste la plus touchée par le phénomène, notamment dans les cycles d’enseignement moyen et secondaire. Concernant les causes de la déperdition, M. Benmerad considère que la mentalité des jeunes, notamment les garçons qui «ne voient plus dans l’école un moyen de réussite sociale, est un des facteurs favorisant ce fléau.

Selon l’enquête, 30 % des élèves âgés entre 11 et 14 ans quittent l’école à cause des programmes scolaires alors que 65 % d’entre eux le font à cause de conflits avec leurs professeurs. En dépit du fait que la déperdition est un phénomène qui touche, à des degrés différents, toutes les wilayas du pays, «les régions rurales sont les plus concernées (66%)».

L’étude a révélé que près de 75 % des jeunes concernés souhaitent rejoindre des centres de formation professionnelle pour améliorer leur situation socio économique». M. Tahar Hocine, directeur des études au CENEAP, relève que le taux d’analphabétisme, en constant recul en Algérie, est actuellement de 21%, contre 85 % au lendemain de l’indépendance.

Un dispositif pour la création d’une école de la deuxième chance en Algérie a été présenté par M. Essaïd Taïeb, professeur à l’Ecole nationale d’administration (ENA). Cette école fonctionnera sur la base de l’exploitation de l’infrastructure des établissements scolaires et des centres de formation, pour y dispenser des cours du soir.

Par la même occasion, il a souligné l’importance qu’il y a à créer ce genre d’école, à même de récupérer les nombreux élèves sujets à la déperdition scolaire. Dans le même ordre d’idée, le directeur de l’école de la seconde chance de la ville de Marseille (France), M. Lionel Urdy, présent à cette rencontre, a estimé que si on leur donnait une deuxième chance, ces jeunes seraient capables de réussir.

Dans la ville de Marseille, où résident quelque 800 000 habitants, 5 000 élèves quittent l’école sans diplôme, chaque année, a tenu à préciser le conférencier. Ainsi, 1 000 à 1 500 jeunes âgés entre18 et 25 ans sont pris chaque année en charge par cette école.

Selon M. Urdy, la plupart de ces jeunes, issus de milieux défavorisés, réussissent à trouver un emploi à la fin de leur cursus, et ce, grâce au savoir-faire qu’ils acquièrent à l’école. Chaque stagiaire est pris en charge individuellement par les médiateurs et les formateurs de l’école qui se chargent de les initier à un projet professionnel leur permettant d’accéder à l’une des disciplines de l’école, dès leur arrivée.

Selon M. Udly, depuis la création de cette école, plus de 60 % des stagiaires réussissent à trouver un emploi au terme de leur formation. A. A.