Un demi-million de chômeurs chaque année

UN DEMI-MILLION DE CHÔMEURS CHAQUE ANNÉE

La demande est loin d’être satisfaite

L’Expression, 15 Août 2009

Paradoxe: l’Etat veut créer de nouveaux emplois et le patronat menace de fermer les entreprises.

L’Agence nationale d’investissements (Andi) continue d’enregistrer les déclarations d’investissements même si elle ne donne jamais de détails sur le nombre de projets concrétisés. Au deuxième trimestre de 2009, 6426 nouvelles déclarations contre 4325 à la même période de l’année précédente ont été enregistrées.
Curieusement, de grands projets arrachés par l’Algérie ces dernières semaines n’ont fait l’objet d’aucune publicité de l’Andi ni du ministère de l’Industrie et de la Promotion des investissements. C’est le cas pour le projet de construction de véhicules destinés à l’armée et auquel la Snvi est pourtant associée en tant que détenteur de parts dans le complexe de Tiaret.
Toutefois, l’intérêt des projets déclarés à l’Andi réside indéniablement dans la création des emplois. Selon cette même institution, il est attendu que les projets, s’ils arrivent à être réalisés, seraient porteurs de 48.481 emplois. C’est moins que ce que devaient générer les projets déclarés au deuxième trimestre de l’année dernière avec 51.877 postes.
Actuellement, le secteur public industriel emploie moins de 180.000 personnes. L’ensemble du secteur économique (privé et public) emploie 600.000 personnes. L’apport de celui-ci dans la structure de l’emploi est donc faible. Le constat est d’autant plus alarmant lorsqu’on sait que la demande additionnelle d’emplois varie entre 450.000 et 500.000 emplois par an. Ainsi, il faut trouver un emploi non seulement aux nouveaux arrivants sur le marché, mais aussi aux chômeurs qui sont dans cette situation de longue date. Le taux de chômage tourne actuellement autour de 11% de la population active. Il a certes diminué en comparaison au début des années 1990, lorsqu’il dépassait 25%, mais c’est encore loin des aspirations des millions de jeunes en quête d’emploi stable. Les données sur l’emploi fournies par l’ONS incluent ceux générés par le secteur informel. Un paradoxe lorsqu’on sait que l’Etat vise, entre autres, au moins officiellement, à combattre ce fléau.
Sur le plan financier, les 6425 projets devraient générer un investissement de 250,8 milliards de dinars. C’est presque moitié moins avec le montant enregistré au premier trimestre de 2008, soit 462,9 milliards de dinars. Toutes les déclarations reçues par l’Andi ne concernent pas que des nouvelles créations qui sont quand même de 5111. Le reste est constitué d’extensions (1312) et de réhabilitations au nombre de trois.
Les transports viennent en tête de secteurs convoités avec 4 385 projets car ne nécessitant aucune formation ni diplôme, encore moins de local, contrairement aux autres activités. Le Btph vient en deuxième position avec 1171 déclarations. Les services viennent en troisième position (575), suivis par les industries (232), et la santé (23). Le tourisme et l’agriculture ont attiré respectivement 21 et 19 investisseurs. En plus de la concentration par secteur, il est aussi frappant de constater que certaines wilayas accaparent le plus grand nombre de projets. Alger vient en tête des wilayas convoitées (846 projets) suivie de Tizi Ouzou, Boumerdès et Béjaïa. Oran vient en quatrième position, suivie de Chlef, Blida et Bouira.
L’Andi tente régulièrement d’améliorer ses services destinés aux investisseurs comme l’ouverture progressive de guichets uniques. Elle participe aussi à des manifestations économiques pour informer ses futurs clients des nouveautés adoptées par la législation comme celles liées à la fiscalité. L’intérêt des investisseurs de s’adresser à l’Andi est justement d’obtenir des abattements sur l’achat du matériel. Si l’Andi ne communique pas les chiffres sur les projets entrés en activité, elle est davantage dans l’incapacité de fournir des informations sur le taux de la mortalité des entreprises. Il est admis qu’il est au moins de 30% pendant les trois premières années d’activité pour celles créées dans le cadre de l’Ansej, par exemple.
En 2009, l’ONS a exclu 90 entreprises du champ de son enquête car absentes sur le marché. L’attention doit alors être portée non seulement sur les entreprises créées mais sur celles qui disparaissent.
Le phénomène risque de s’amplifier selon le patronat qui s’est adonné à une levée de boucliers ces derniers jours pour protester contre les nouvelles mesures contenues dans la loi de finances complémentaire de 2009, ce qui ne fera qu’augmenter le nombre de chômeurs.

Ahmed MESBAH