Pauvreté : Plus de 5 millions de couverts servis par les restos Rahma

Pauvreté : Plus de 5 millions de couverts servis par les restos Rahma

El Watan, 22 septembre 2009

Combien sont-ils les Algériens qui n’arrivent plus à subvenir à leurs besoins les plus élémentaires ? Si aucune statistique n’est disponible sur l’étendue de la misère dans notre pays, les chiffres publiés par le département de Ould Abbès ou celui de l’Education donnent froid dans le dos. Des millions d’Algériens luttent quotidiennement contre la pauvreté.

Ce sont plus d’un million de familles algériennes qui ont exprimé un besoin d’aide durant le mois sacré du Ramadhan, et ce, dans le cadre de l’opération de solidarité lancée par le ministère de la Solidarité nationale, de la Famille et la de Communauté nationale à l’étranger. Abdallah Bouchenak, secrétaire général du ministère, a ainsi indiqué que plus d’un million de familles, dont 156 000 d’entre elles répertoriées comme étant « démunies », se sont manifestées afin de bénéficier du fameux couffin du Ramadhan, de repas servis ou à emporter. Et le bilan de cette opération est des plus éloquents quant à la situation socioéconomique des Algériens, à la détérioration de leur pouvoir d’achat et à la paupérisation du peuple. Ainsi, à la date du 16 septembre dernier, qui équivaut au 26e jour du Ramadhan, les quelque 700 restaurants de la Rahma ouverts de par le territoire national ont servi 2 397 034 repas et distribué quelque 2 940 783 autres à emporter. Près de 5 millions de couverts. Et ce, sans compter les 1 482 399 couffins du Ramadhan, contenant notamment de la semoule, des pâtes, de l’huile et du sucre, qui ont été servis durant les premiers jours de ce mois par les services des œuvres sociales.

Ce qui, mathématiquement parlant, dépasse de loin les 1,2 million de familles démunies dénombrées par le ministère et annoncées comme seules bénéficiaires de ces aides. De plus, « ce sont 10 496 personnes qui ont été mobilisées et 1850 lieux de stockage qui ont été affectés à cette opération », tient à ajouter le secrétaire général de la Solidarité. Et la facture de cette aide alimentaire et annuelle est évaluée à plus de 3 milliards de dinars, « les collectivités locales et les bienfaiteurs y ayant contribué », précise-t-il toutefois. Et servir la soupe aux plus « démunis », puisqu’il ne s’agit pas de pauvres, avait affirmé le ministre, Djamel Ould Abbès, n’est pas le seul acte de « charité » auquel s’adonne l’Etat. Rentrée scolaire oblige, une enveloppe d’un montant de 30 milliards de dinars, dans un premier temps, a été allouée à la « la reconduction et la consolidation des actions sociales en faveur des élèves des familles à revenu modeste », avait déclaré le président de la République lors de l’audience de ministre de l’Education nationale, le 10 septembre dernier.

Ainsi, une prime de scolarité « revalorisée » à 3000 DA sera versée à 3 800 000 élèves nécessiteux. De même, les manuels scolaires seront distribués gratuitement à près de 4 millions d’élèves démunis. En sus de ces dispositions prises par le ministère de l’Education, le ministère de la Solidarité nationale, apparemment sur tous les fronts, a lui aussi annoncé, quelques jours avant la rentrée, la mise en place de mesures d’aide aux démunis. Quelque 600 000 trousseaux scolaires, cartables, cahiers et stylos, ont ainsi été prévus, pour une facture de plus de 600 millions de dinars. Quant aux tabliers roses et bleus, ils ont, toujours par solidarité, été commandés à quelque 200 micro-entreprises pour un montant de 135 millions de dinars. Et ces chiffres ne sont que « les premières estimations du ministre, car ce nombre pourrait être revu à la hausse en fonction de la demande ».

Fort est à parier que cette demande ira crescendo dans les semaines à venir, tant les ménages sont saignés à blanc par les dépenses ramadanesques, la rentrée scolaire et sociale et les achats de l’Aïd. Dans un pays où, comme l’avait affirmé le ministre des Affaires religieuses et des Wakfs, M. Ghlamallah, « les pauvres n’existent pas et ne sont qu’une invention des médias », paradoxalement, l’on débourse et dégage des enveloppes des plus importantes pour venir en aide à ces démunis, qui ne sont pas des pauvres, mais qui n’arrivent pas à se nourrir et nécessitent la charité de l’Etat.

Par G. L.