L’Algérie compte ses pauvres

COUFFIN DU RAMADHAN

L’Algérie compte ses pauvres

L’Epression, 23 Août 2009

La pauvreté est au coeur des foyers algériens

40.000 enseignants contractuels le revendiquent au même titre que les 1.200.000 familles qui vont en bénéficier.

La liste va s’allonger dans trois semaines à l’occasion de la rentrée scolaire. L’année dernière, 3 millions d’élèves nécessiteux ont été recensés. Ils ont bénéficié d’une aide de l’Etat dont le montant a été fixé à 3000 dinars. Seront-ils plus nombreux en 2009? Si l’on se réfère au taux de croissance de la population, leur nombre sera au moins égal à celui de la saison passée. La population algérienne, qui a plus que doublé depuis le début des années 60, a vu son taux de croissance moyen passer de 3,2 à 1,70% en 2002 tandis que le taux de fécondité est d’environ de deux enfants par couple en 2008.
La courbe reste donc malgré tout ascendante. Comme l’est celle de la paupérisation. 700.000 personnes sont inscrites dans le cadre de la politique d’attribution du filet social alors que 150.000 familles disposent de la carte de nécessiteux délivrée par le ministère de la Solidarité nationale. Si l‘on ajoute à cette chaîne le million de retraités qui touchent moins de 10.000 dinars par mois, les 300.000 allocataires, malheureusement très souvent oubliés, ainsi que les centaines de familles qui échappent à ces douloureuses statistiques, soit parce qu’elles refusent de tendre la main par dignité ou tout simplement par pudeur quand ce n’est pas les deux causes à la fois, on se rend vite compte que la pauvreté est au coeur des foyers algériens. Le cri de détresse que vient de lancer le Conseil national des enseignants contractuels est révélateur à plus d’un titre. Le Cnec représente pas moins de 40.000 travailleurs du secteur de l’éducation nationale. Il s’est réuni le 19 août 2009, soit trois jours avant le début du mois sacré du Ramadhan, pour attirer l’attention des pouvoirs publics sur la situation d’un bon nombre d’entre eux dont les salaires sont impayés depuis 3 années. «Nous faisons partie de cette catégorie de démunis et de nécessiteux étant donné que nous n’avons pas perçu nos salaires depuis une année pour certains d’entre nous et de deux à trois ans pour d’autres. Nous réclamons nous aussi à bénéficier du couffin du Ramadhan», a lancé aux participants à cette rencontre, la porte- parole du Conseil national des enseignants contractuels, Meriem Maârouf. Il est utile pour comprendre cet appel au secours, qui ressemble beaucoup plus à de la fatalité, que 55 enseignants vacataires avaient décidé d’une grève de la faim mémorable au mois de juillet 2008. Elle aura duré 40 jours sans que leurs doléances n’aient été prises en considération selon toute vraisemblance.
Ce qui est regrettable dans cette affaire c’est que ce contingent de 40.000 éducateurs vienne grossir le rang de cette frange de la population la moins servie par les aléas de la vie. Et ils le disent haut et fort à qui veut bien l’entendre. «Nous demandons à ce que les enseignants contractuels soient assistés, notamment ceux qui n’ont pas perçu leurs salaires depuis deux et trois ans», a réclamé la responsable du Cnec. C’est à se demander comment des formateurs chargés de l’éducation de jeunes enfants placés dans de telles conditions de précarité et de fragilité psychologique peuvent mener à bon port une des missions les plus délicates mais ô combien exaltante. Là, il ya visiblement maldonne. La paupérisation rampante d’une frange aussi importante de la population ne doit pas s’arrêter à des constats mécaniques d’un phénomène autant cruel que dévastateur.
Sa désocialisation qui la met en situation de marginalisation chronique doit être prise en compte dans le cadre d’une véritable politique d’insertion, voire de réinsertion. Ces interventions qui consistent à introduire une dose de charité chaque année, ne peuvent agir de manière efficiente sur l’érosion du pouvoir d’achat, des jeunes en rupture avec le système scolaire ou bien encore sur la délicate question de l’emploi et de celle du chômage.
Même si ces opérations semblent a priori généreuses et peut-être même indispensables dans l’urgence, il est à souhaiter que le prochain Ramadhan voie le moins possible de démunis et de laissés-pour-compte.
Un couffin de l’équivalent de 5000 dinars ne représente guère que 260 dinars par jour pendant un mois, quand un kilo de viande vaut 800 DA celui du poulet 300 DA…Faites vos comptes! Cela ne doit pas mener bien loin!

Mohamed TOUATI