Rentrée scolaire et chute du pouvoir d’achat : Les familles en payent le prix

Rentrée scolaire et chute du pouvoir d’achat : Les familles en payent le prix

El Watan, 25 août 2015

A deux semaines de la rentrée scolaire, la folie des dépenses et la quête de la bonne affaire ont déjà commencé. Magasins de vêtements ou d’articles scolaires sont déjà bondés.

Avec des enfants qui refusent de croire que les vacances tirent déjà à leur fin et des parents qui grimacent dès qu’on leur annonce les prix, Alger s’anime. Une situation qui se généralise peu à peu à travers les 48 wilayas du pays.

Des produits pour tous les goûts

«SVP, Monsieur, ce cartable plaît à ma fille, mais mon fils ne partage pas mon goût. Je l’ai ramené pour qu’il choisisse lui-même», lance un père à l’entrée d’un magasin Techno, à Alger- Centre.

Le petit garçon, à peine six ans, avance d’un pas sûr vers le rayon des sacs à dos pour lycéens, en choisit un qui dépasse largement sa taille.

Le responsable du rayon met plus d’une demi-heure pour le convaincre qu’il est encore petit pour ce genre de cartable. A l’autre bout du magasin, une petite fille prépare sa première rentrée à l’école.

Devant son papa émerveillé, elle dresse une liste de désirs. Des couleurs flashy, un cartable Barbie ou Dora viennent en tête de ses conditions pour entrer à l’école. «C’est ma fille unique, je ne peux que céder à ses caprices», déclare le papa.

Ce n’est pas le cas pour Zahra, Mélissa et Riad, trois enfants obligés de n’acheter que le nécessaire et le moins cher. Le père, qui a tendance à céder à leurs caprices, a préféré les laisser sortir avec leur maman, plus rigoureuse en termes de finances et d’économie.

Il faut dire, la qualité des articles scolaires exposés, cette année, n’encourage pas seulement les enfants à aller à l’école, mais aussi les grands. Une panoplie de choix qui fait craquer les plus économes des parents.

«Dans ce genre de situation, l’unique solution est de se fixer un budget et de ne pas dire oui trop rapidement.

Nous sommes leurs parents, c’est à nous de leur acheter les outils nécessaires et de ne pas succomber à la tentation de leur faire tout le temps plaisir», indique une maman.

Bien que très riche en qualité et en variété, la large panoplie d’articles scolaires exposés dans les magasins est loin d’être abordable en matière de prix. Toujours dans les magasins Techno, les prix sont assez différents de ceux des années passées.

Inflation

Mis à part les produits locaux, une augmentation des prix est constatée dans la majorité des rayons. D’après les vendeurs, la chute de la valeur du dinar et l’augmentation du taux de change de la devise sont responsables de cette hausse. «Nous devons jongler avec nos salaires pour pouvoir acheter toutes les fournitures et habiller nos enfants», se plaint une maman de trois jeunes écoliers.

Les prix des cahiers vont de 50 DA (96 pages) et atteignent les 150 DA pour celui de 288 pages. Le prix des classeurs peut atteindre les 300 DA. Celui des trousses oscille entre 100 et 400 DA.

Pour les crayons de couleurs, selon la qualité et le nombre d’unités dans la boîte, il faut sortir de 50 jusqu’à 400 DA.

Quant aux tabliers, ils sont cédés à des prix qui vont de 850 à 1500 DA. Toutefois, les produits qui battent les records en termes de prix sont les cartables et les sacs à dos.

Pour un sac à dos ordinaire de qualité moyenne, les parents sont obligés de débourser pas moins de 2500 DA. Pour un produit de meilleure qualité, les prix peuvent arriver jusqu’à 6000 DA.

Une somme qui va au-delà de la capacité de nombre de familles, déjà excédées par les dépenses du mois de Ramadhan, de l’Aïd El Fitr et des vacances.

Le pire, pour les ménages, dont le pouvoir d’achat est bien plus qu’érodé, est l’arrivée de l’Aïd El Adha deux semaines après la rentrée. Un coup dur difficile à surmonter pour les familles qui n’ont qu’une seule ressource et plusieurs enfants scolarisés.

Faire des économies ailleurs

Pour faire quelques économies, plusieurs familles n’hésitent pas à sortir de la capitale et à aller chercher la bonne affaire ailleurs. C’est le cas de Fatima et de ses deux sœurs qui, à chaque occasion, se rendent à Blida. Pour elles, les produits y sont plus variés et le rapport qualité/prix largement à la portée des petites bourses.

En effet, la ville des Roses est depuis toujours la destination préférée des familles désirant se procurer des produits à des prix abordables. Les marchés de Bab Errahba, de la rue Abdallah ou de la rue d’Alger grouillent de monde en ces journées précédant la rentrée scolaire.

Cependant, bien qu’ entre le marteau et l’enclume, plusieurs parents sont prêts à casser leur tirelire, pourvu que leurs enfants réussissent. La plupart d’entre eux ne cachent pas leur inquiétude quant à cette rentrée qui commence sur fond de polémique. La nouvelle politique de réforme du secteur entreprise par la ministre de l’Education nationale, ne plaît pas à tout le monde.
Asma Bersali