Chômage et politique de l’emploi: Le rapport réel du gouvernement

Chômage et politique de l’emploi: Le rapport réel du gouvernement

Le Soir d’Algérie, 8 décembre 2014

Le gouvernement a eu à examiner, lors de sa dernière réunion, mardi dernier, un rapport exhaustif sur l’emploi présenté par le ministre du Travail et de la Protection sociale, Mohamed El Ghazi. Ce rapport, dont nous détenons une copie, fait d’abord état de «la stabilisation du taux de chômage à son niveau de septembre 2013, soit 9,8%». Ce qui, en chiffres réels, représente 1 151 000 chômeurs en Algérie au 31 octobre 2014.

Kamel Amarni – Alger (Le Soir)
Le rapport précise que ce taux représente 8,8% chez les hommes et 14,2% chez les femmes. En revanche, note encore le rapport, «la population occupée (en Algérie) est estimée à 10 566 000 personnes, dont 18% de femmes, concentrée pour l’essentiel dans le secteur public non marchand avec 61,9% de l’emploi féminin total».
Le gros des Algériens sont, sans surprise, des salariés. «Le salariat continue de constituer la forme d’emploi dominante avec 65,3%.»
Répartis sur les secteurs, c’est celui du commerce et des services qui arrive en tête «avec 61,9% contre 16,5% pour le BTPH, 12,6% pour l’industrie et 9,5% pour l’agriculture». Ceci, au moment où l’on découvre la primauté du secteur privé, désormais le premier employeur du pays. «Le secteur privé ou mixte absorbe près de 59% de l’emploi total.»
Le secteur privé arrive d’ailleurs en tête, en 2014, en termes d’offres d’emploi avec 73% des offres, 327 739 au total, enregistré par les agences de l’Anem depuis janvier 2014. Cependant que, pas moins de «92% des offres d’emploi enregistrées par l’Anem concernent des emplois temporaires».
Quoi qu’il en soit, «au total, note le rapport de Mohamed El Ghazi, et en incluant les recrutements dans le cadre des contrats de travail aidés, les recrutements directs opérés par les entreprises ainsi que les placements opérés par les organismes privés de placement, ce sont 281 591 demandeurs d’emploi qui ont pu être insérés dans le monde du travail, de janvier à octobre 2014». Un bilan maigre, pour un pays qui a lancé de gigantesques projets, autrement dit !

Qu’en est-il du programme spécial Sud ?
Le rapport de Mohamed El Ghazi abordera, ensuite et avec une «forêt» de détails, l’état des lieux de «l’emploi dans les 10 wilayas du Sud». Ce «après l’application de l’instruction n°1 du 11 mars 2013 relative à la gestion du marché du travail dans le Sud».
Il faut rappeler, en effet, que ladite instruction, controversée, avait été prise par Abdelmalek Sellal en mars 2013, soit en pleine précampagne des présidentielles pour faire face à quelques émeutes dans certaines wilayas du Sud, notamment à Ouargla.
Des mesures exceptionnelles avaient été ainsi prises par le gouvernement pour favoriser les habitants du Grand Sud en matière d’embauche.
En tout, note le rapport, «196 293 demandes d’emploi ont été enregistrées dans l’ensemble de ces wilayas pour les dix premiers mois de 2014». Parmi les mesures prises, et «en matière de soutien à la création d’activité, de janvier à octobre 2014, le nombre de projets financés par les deux dispositifs a atteint 6 349 projets pouvant générer 15 625 postes d’emploi». Ceci d’une part.
D’autre part, «en cumul, depuis la mise en place des dispositifs au 31 octobre, ce sont 42 824 microentreprises pouvant générer 99 701 emplois au démarrage qui ont été financées par les dispositifs Ansej et Cnac».
La révision de la loi sur les marchés publics de 2012, a, par ailleurs, largement bénéficié à ces entrepreneurs du Sud. «En effet, ajoute le rapport, le nombre de marchés (publics) accordés aux microentreprises dans le Sud est passé de 21 marchés en 2012 à 227 en 2013».
La wilaya de Ouargla se taille la part du lion. En tout 22% de placements en 2013 et la tendance se confirme en 2014. Grâce à ces mesures spéciales, «et en incluant les placements effectués au titre des contrats de travail aidés, qui ont, pour leur part, connu une progression remarquable, passant de 978 en 2010 à 2 828 en 2013, ce sont 40 725 demandeurs d’emploi qui ont pu être placés dans le secteur économique». Tandis que, de janvier 2014 à fin octobre, «le nombre de recrutements a atteint 29 591».
Le même rapport fait ressortir le paradoxe de cette mesure d’exception. «Il y a lieu de signaler qu’entre janvier et octobre 2014, 5 871 demandeurs d’emploi ont refusé des affectations à des postes d’emploi dont 3 118 à Adrar, 1 007 à Illizi et 833 à Ouargla.»
Cela, au moment où, lit-on encore dans le même rapport, «depuis la mise en œuvre de l’instruction jusqu’au 31 décembre 2013, 56 dérogations exceptionnelles (seulement) ont été accordées par messieurs les walis pour des recrutements hors wilayas. Ces dérogations ont concerné le recrutement de 2 845 travailleurs».
Pour 2014, elles passent à seulement 41 dérogations pour le recrutement de 525 travailleurs ! Des chiffres pour le moins effrayants ! Pour tout le Grand Sud, une région censée constituer le fleuron de l’économie nationale, sur tous les plans, seulement 525 Algériens venus du nord ont pu y être recrutés !
K. A.