2,5 milliards d’euros pour calmer le front social

2,5 milliards d’euros pour calmer le front social

par Ali Babès, Le Quotidien d’Oran, 30 août 2008

La rentrée sociale 2008 est au menu des préoccupations autant des partis politiques que du gouvernement Ouyahia qui entend lui ôter son cachet particulier : celui de la reprise des activités gouvernementales avec, en bandoulière, les grands dossiers sociaux.

Cette année n’est, en fait, pas différente des autres, avec une situation sociale qui frise l’explosion avec une hausse moyenne de 4,5% de l’inflation, des salaires encore bas comparativement aux prix des produits de large consommation, une baisse inquiétante du niveau de vie des Algériens et un chômage galopant. Autant de dossiers brûlants sur la table du chef de l’exécutif qui doit également préparer deux importantes échéances électorales : la révision de la Constitution et, corrélativement, les élections présidentielles de 2009.

C’est dans cette ambiance politico-sociale, annonciatrice de grandes stratégies politiques pour un 3e quinquennat, que le ministre de la Solidarité, de la Famille et de la Communauté nationale à l’étranger, M. Djamel Ould Abbès, a fait une sortie plus ou moins inattendue: celle d’affirmer que  »l’Etat a mis tous les moyens pour une rentrée sociale sereine et performante». Selon le ministre de la Solidarité, les pouvoirs publics ont tout mis en oeuvre pour assurer autant une rentrée sociale  »calme ». En fait, cette année, la rentrée sociale coïncide  »pile » avec le début du mois de Ramadhan, un mois qui a déjà fait grimper, sinon flamber les prix des produits agricoles frais. Pour Djamel Ould Abbès, les Algériens  »seront à l’aise » durant cette rentrée sociale, l’Etat devant débloquer une enveloppe de 2,5 milliards d’euros destinée à soutenir les prix des produits alimentaires de base. Un effort financier inhabituel du gouvernement, d’autant que les récentes mesures fiscales, concernant l’achat d’un véhicule neuf, ont douché plus d’un quant à une sincère volonté de l’exécutif de  »mettre à l’aise » les citoyens à l’orée du mois sacré du jeûne.

La sortie de Djamel Ould Abbès sonne, en réalité, comme le début d’une grande charge pour les prochaines joutes politiques qui s’annoncent dures, ardues et difficiles pour mener à bon port la consultation populaire pour la révision de la Constitution pour permettre un 3e mandat présidentiel. La bataille sera longue pour l’actuel exécutif, comme pour les partis de la coalition gouvernementale. Et, pour calmer le front social, Ould Abbès a confirmé que cette année le couffin du Ramadhan sera encore plus consistant pour les démunis, alors que l’opération indemnisation des victimes du terrorisme suit normalement son cours.

Autant d’éléments pour fouetter, dans le bon sens, le front social, et éviter qu’il n’implose devant la pression d’une inflation galopante, le chômage et la mal vie. Faut-il, dès lors, s’étonner de la position du parti du Mouvement de la société pour la paix (MSP), lorsqu’il fustige les  »fauteurs de troubles » qui voient partout une crise sociale en train de menacer la stabilité du pays. M. Boudjerra Soltani affirme ainsi que  »les tentatives par certains, d’alarmer le front social concernant la prochaine rentrée sociale coïncidant avec le mois de Ramadhan, sont une intrusion politique non annoncée ». Selon lui, ces turpitudes  »politiques » surgissent  »toujours au moment où l’Algérie s’approche d’importants rendez-vous électoraux». Dans une allocution, prononcée jeudi dernier à Relizane, le N.1 du MSP a dénoncé les prévisions (socio-économiques) non objectives selon lui et visant  »à semer l’angoisse au sein de la population pour des fins politiques et électorales.  »Ce sont des méthodes, propres à certains, surgissant traditionnellement dans de telles occasions, notamment la rentrée sociale ou à l’approche du Ramadhan, deux périodes sensibles », a t-il dit. Cet alarmisme, qui vise à  »faire paniquer le front social » selon lui, intervient  »à l’approche des élections présidentielles ». Faut-il penser que la réaction de M. Boudjerra Soltani, concernant le risque d’une rentée sociale difficile, autant pour le gouvernement que pour les partis de la coalition présidentielle, ne vise en fait qu’à répondre, à posteriori, aux critiques de l’opposition qui a fait de la détérioration des conditions de vie des Algériens son cheval de bataille politique pour dénoncer l’amendement de la Constitution pour imposer -légalement- un troisième mandat présidentiel ? Et que les dépenses financières, pour soutenir la hausse des prix des produits de première nécessité, n’est que de la poudre aux yeux, tant que les causes réelles de cette surchauffe de l’économie nationale ne sont pas identifiées et résolues ?