De nombreuses familles gagent leurs bijoux pour faire face à la flambée des prix

DE NOMBREUSES FAMILLES GAGENT LEURS BIJOUX POUR FAIRE FACE À LA FLAMBÉE DES PRIX

Pour quelques dinars de plus…

Le Soir d’Algérie, 15 août 2009

La Banque de développement local (BDL) de Oued-Kniss, spécialisée dans le prêt sur gage, connaît ces derniers jours une grande affluence de gens venant hypothéquer leurs bijoux contre des sommes dérisoires, afin de pouvoir faire face à un Ramadan qui s’annonce d’ores et déjà difficile voire pénalisant.
Mehdi Mehenni – Alger (Le Soir) – C’est devenu presque une coutume. Devant la flambée des prix et la baisse du pouvoir d’achat, chaque année à l’approche du mois de Ramadhan, les Algériens sont de plus en plus nombreux à recourir au prêt sur gage. La cherté de la vie, la pauvreté et la misère poussent dans la plupart des cas les petites bourses à hypothéquer leur bijoux pour survivre en ces temps peu cléments. C’est ce qui est d’ailleurs constaté au niveau de l’agence BDL de Oued Kniss, où selon un agent de service qui a préféré garder l’anonymat, le nombre d’hypothécaires a pratiquement doublé en l’espace de quelques jours. Cette banque spécialisée dans le prêt sur gage, qui accueillait habituellement environ 80 personnes par jour, reçoit en ces temps difficiles entre 160 et 200 personnes. «Ce n’est pas nouveau. C’est le même scénario qui se produit chaque année. Le mois de Ramadan fait peur aux petites bourses», nous expliqua-t-il. En effet, des femmes accompagnées de leurs enfants, des jeunes gens, ainsi que de vielles femmes, tous l’air déboussolé, arrivent en masse dès les premières heures de la journée. Une femme, au moment de sortir de la banque, nous dira, après quelque réticence : «J’ai été obligée d’hypothéquer les deux dernières bagues que j’ai hérité de ma mère. Il faut bien manger. La viande est à 950 DA/kg !» Une autre dame, accompagnée de sa petite fille, semblant hésitante, nous dira, avant de franchir la porte de la banque : «Je n’aurais jamais pu imaginer qu’un jour je serrais obligée d’hypothéquer ces quelques bijoux, qui sont le seul souvenir que j’ai de ma mère». Toutefois, mis à part la somme dérisoire contre laquelle les gens gagent leurs bijoux, à savoir 500 DA le gramme, il est à signaler que peu sont ceux qui les récupèrent après les avoir hypothéqués. Car le taux d’intérêt appliqué est de 8 %. Ce qui donne 800 DA d’intérêt pour 10 000 DA. De l’autre côté, à quelques encablures de la banque, plus précisément au niveau du jardin public de Oued Kniss, c’est le grand marché informel de l’or cassé. Malgré le grand nombre de gens venus vendre leurs bijoux, le prix du gramme n’a pas bougé d’un iota. Au contraire, les prix ont grimpé jusqu’à 1 750 à 1 800 DA. Cet espace public qui s’est transformé par la force des choses et surtout l’insouciance des autorités compétentes en un lieu de rendez-vous pour «Delalates» est depuis quelques jours fréquenté par toutes les catégories de la société. «Je ne suis ni une Delala, ni j’ai l’habitude de vendre mes bijoux. Mais que voulais-vous que je fasse ? Avec la baisse du pouvoir d’achat, l’approche du mois de Ramadan et le salaire minable que touche mon mari, je suis contrainte de vendre ces quelques grammes d’or pour subvenir aux besoins de ma petite famille», nous dira une femme l’air totalement abattue. Selon cette dernière, presque plus personne ne vient acheter de l’or. C’est tout le monde qui vend. «Cela fait trois jours que je suis là, du matin au soir, et je n’est vendu aucun gramme. En ces temps de crise, c’est tout le monde qui a besoin d’argent», ajouta-t-elle. Ainsi, il est vraiment désolant de constater que dans un pays riche comme l’Algérie, des familles recourent au bradage de leurs bijoux pour faire face à la cherté de la vie. Lorsqu’on sait qu’à défaut de bijoux il y en a qui sont prêts à céder même leurs meubles, il y a de quoi prendre une barque et s’enfuir à jamais.
M. M.