L’Algérie compte un taux de 26,5 % d’analphabètes

L’Algérie compte un taux de 26,5 % d’analphabètes

Une nouvelle stratégie de lutte contre le phénomène dès l’année prochaine

par Khalida Anad, Le Jeune Indépendant, 31 janvier 2005

L e taux d’analphabétisme en Algérie est de 26,5 %, ce qui représente un effectif global de plus de 7 millions, a indiqué, hier, le ministre de l’Education nationale, M. Boubekeur Benbouzid. Le ministre s’est référé à une enquête effectuée en 2002 auprès de 20 000 ménages.

Ce taux était de 31,6 % en 1998 et représentait une population de près de 7,5 millions. Pour pallier les conséquences de ce phénomène, une stratégie nationale d’alphabétisation a été mise en place. Les concepteurs de la stratégie estiment les coûts de fonctionnement pour l’exécution d’un programme d’alphabétisation au profit de 900 000 apprenants à 2,250 milliards de dinars annuellement, à raison de 2 500 DA par apprenant et par an.

L’Algérie fait partie des pays les plus touchés par l’analphabétisme dans le monde arabe en 2005. M. Benbouzid a reconnu que les dispositifs prévus pour l’alphabétisation ne sont pas efficaces et sont insuffisants. Il est admis par les spécialistes que «l’analphabétisme est bel et bien un phénomène structurel installé dans la durée tant que la scolarisation universelle n’est pas atteinte et que les déperditions scolaires précoces ne sont pas jugulées».

Ils établissent un constat amer de la scolarisation des enfants en Algérie. Ils estiment que les dépenses que la scolarisation des enfants induit battent en brèche la gratuité de l’enseignement et que les mesures de soutien à la scolarisation sont le plus souvent défaillantes.

Ils dénoncent en outre l’absence de contrôle concernant l’obligation de scolarité par le secteur de l’éducation, les services de police et de gendarmerie et par les collectivités locales. Dans ce sens, le ministre a déclaré qu’un texte de loi est en préparation pour transmettre des prérogatives à toutes ces parties afin qu’elles puissent obliger les parents à scolariser leurs enfants.

Les employeurs seront tenus d’alphabétiser leurs travailleurs Les grands axes de la stratégie ont été débattus, hier, par des représentants d’associations activant dans le domaine, des représentants du ministère de l’Education et ceux du ministère de la Solidarité nationale.

L’objectif visé par cette stratégie, qui devra entrer en application dès l’année prochaine, est de réduire de 50 % le nombre actuel d’analphabètes d’ici à 2015. Dans cette nouvelle démarche, il sera tenu compte de la disparité géographique et des écarts entre les sexes.

Dans le futur programme d’action et de lutte conte l’analphabétisme, il est prévu une batterie de textes juridiques pour le soutien du dispositif d’exécution. Ce sont les personnes, dont l’âge est compris entre 10 et 44 ans de la population analphabète, qui seront prioritaires en matière de prise en charge.

Un intérêt particulier sera également accordé à la femme et aux populations des zones rurales. En plus de ces critères de classement, la population devant être alphabétisée sera répartie en deux catégories. La première catégorie dite «structurée», sera organisée au sein d’une collectivité professionnelle.

Dans ce contexte, tous les organismes employeurs seront tenus par l’obligation d’alphabétiser leurs travailleurs illettrés. Les employeurs auront, pour ce faire, à choisir entre différentes formules proposées. La deuxième catégorie est dite autonome.

Elle comprend des femmes au foyer, des travailleurs indépendants et des sans-emploi. Pour l’encadrement de ces personnes, la préférence sera accordée au mouvement associatif qui interviendra dans un cadre déterminé. Le cycle d’alphabétisation sera d’une durée globale de 18 mois, répartis sur deux années scolaires.

Le contenu de l’enseignement sera ventilé sur trois niveaux à raison de 9 heures d’enseignement hebdomadaire pour le niveau I, et 12 heures pour les deux autres niveaux. Cela représente un volume horaire global de 756 heures pour le cursus d’alphabétisation.

Le programme contient l’apprentissage des mécanismes de la lecture et de la communication orale et écrite, l’initiation au calcul élémentaire et d’autres éventails de connaissances générales telles que l’histoire, la géographie et l’informatique.

Au terme de leur formation, les apprenants auront droit à un certificat d’enseignement de base établi par le ministère de l’Education nationale. Les détenteurs de ce certificat auront le droit de continuer leur formation en postalphabétisation.

L’alphabétisation par les chiffres Durant l’année scolaire 2003-2004, le nombre d’inscrits dans le cadre du programme d’alphabétisation était de 138 974 dont 78,80 % de femmes. Près de 14 % du nombre total des inscrits sont âgés entre 10 et 19 ans, plus de 80 % sont âgés entre 20 et 59 ans.

Ces personnes ont été encadrées par 5 515 enseignants. Rappelons que les analphabètes représentent le tiers de la population, selon une étude réalisée en 1998 par l’Office national des statistiques (ONS). Les femmes sont les plus touchées, dans la mesure où elles représentent deux fois le nombre des hommes.

Par tranches d’âge, les personnes âgées de 20 à 59 ans représentent près de 66 % de la population analphabète. Cependant, les zones rurales sont les plus touchées par le phénomène. Elles représentent un taux d’analphabétisme de 55,22 %.

Les wilayas les plus concernées sont Djelfa (50,04 %), Relizane (42,29 %), Aïn Defla (43,08 %), Tamanrasset (43,72 %) et Illizi (40,29 %). Indiquons que le ministre de l’Emploi et de la Solidarité nationale était présent lors de la rencontre d’hier.

Il a réaffirmé l’engagement de son département dans la lutte contre l’analphabétisme. D’ailleurs, une rencontre qui regroupera des experts internationaux et arabes sera organisée en Algérie dans deux ou trois mois, a affirmé M. Benbouzid.

K. A.