L’UGTA s’oppose à la privatisation d’Air Algérie

L’UGTA S’OPPOSE A LA PRIVATISATION D’AIR ALGÉRIE

Panique à bord

Le Soir d’Algérie, 13 décembre 2004

La situation est au bord de l’explosion au sein de la compagnie de transport aérien Air Algérie. La démarche qualifiée de « jusqu’au- boutisme affichée par l’employeur à vouloir aller de l’avant dans son processus de filialisation de la compagnie » pourrait être à l’origine d’un bras de fer sans précédent opposant les représentants des travailleurs à la direction générale.
En effet, dans une note d’information adressée le 11 décembre dernier aux travailleurs de la compagnie et dont le Soir d’Algérie a obtenu une copie, le syndicat d’entreprise d’Air Algérie a indiqué qu’il convoquera prochainement une « assemblée générale pour que nous arrêtions, ensemble, les actions à entreprendre dans le strict respect de la foi régissant les conflits collectifs ». En effet, le problème de fond réside dans la volonté des pouvoirs publics, reliés par l’employeur, à vouloir privatiser la compagnie en lançant le processus de filialisation. Une stratégie qui permettra, à court terme, à la direction générale de la compagnie de se délester des structures telles que le catering, la maintenance, la billetterie, etc., dont certaines seront proposées directement à la privatisation. Ainsi, si cette option venait à être officialisée, il est prévu, à court terme, la disparition de mille emplois, « alors qu’au moyen terme, la situation sera plus critique ». La montée au créneau du syndicat d’entreprise UGTA fait suite au compte rendu des représentants des travailleurs à la dernière réunion du conseil d’administration, qui s’est tenue il y a quelques jours sous la présidence du premier responsable de la compagnie. Selon notre source, « l’employeur a ouvertement affiché sa volonté d’aller de l’avant dans son processus de filialisation, s’inscrivant, dit-il, dans le plan de développement de l’entreprise ». Or, pour les représentants des travailleurs, « ce processus, à défaut d’aboutir sur un partenariat de qualité pour l’entreprise, s’est mué au fil du temps à un principe consacrant la filialisation comme une fin en soi, ignorant la place de choix qu’il fallait réserver au pavillon national et les vertus de la concertation et de la communication seules garantes du succès escompté ». Mieux, pour l’UGTA, « l’ambiance opaque qu’a revêtue le déroulement de ce processus a mené droit à un choix médiocre avec comme toile de fond la précarité de l’emploi et par conséquent le spectre de la compression ». Face à cette situation, les représentants des travailleurs membres du conseil d’administration ont rejeté « dans le fond le choix opéré par l’employeur tant sur les entreprises retenues que sur le résultat chaotique que ceci présage ». Ils se sont indignés par ailleurs « du jusqu’au- boutisme affiché par l’employeur, attitude qui ne peut être compréhensible dans le cadre exclusif d’Air Algérie ». En somme, la position exprimée aujourd’hui par l’un des plus importants syndicats de l’entreprise, en l’occurrence l’UGTA, se résume, selon la note d’information, en un « refus de tout plan élaboré sans contribution réfléchie et concrète ainsi que toute démarche visant à l’entraîner dans une situation de fait accompli ». Cela dit, tous les observateurs s’accordent à dire, aujourd’hui que la compagnie est véritablement rentrée dans une véritable zone de turbulences. En effet, un ancien cadre de la compagnie, tout en notant que l’état réel des finances de la compagnie publique « n’est pas connu », s’interroge sur la « nécessité » d’un apport en argent frais, faisant ainsi allusion à l’opération d’emprunt obligataire lancé récemment après avoir été prolongée d’une semaine. Pour ce cadre, « les problèmes réels de la compagnie résideraient plutôt dans le management et l’organisation ». En effet, des cadres, parmi eux des pilotes et techniciens de la maintenance qui ont été écartés de l’entreprise, partagent cet avis. L’un d’eux déplore, sous le sceau de l’anonymat, « l’absence de stratégie et les nombreuses interférences des pouvoirs publics dans la gestion de la compagnie » et évoque les « contacts avec la compagnie Alitalia et l’entreprise française Sogerma pour un éventuel partenariat dans le domaine du catering et de la maintenance » qui « échappent à l’encadrement ». En clair, dans les milieux avertis, on n’hésite pas à dire que l’avenir d’Air Algérie « ne se décide pas forcément au sein même de la compagnie et en toute transparence… » En tout cas, l’annonce de la privatisation d’une entreprise, considérée, il n’y a pas si longtemps, par les dirigeants algériens comme un « symbole de la souveraineté nationale et de l’image de marque du pays », a eu l’effet d’une douche froide pour ses 9 000 employés.
Abder Bettache