Les adolescents algériens vus par l’Unicef

Les adolescents algériens vus par l’Unicef

«Frustrés et inquiets de leur avenir»

El Watan, 27 février 2011

Les jeunes Algériens sont frustrés, pas assez respectés et écoutés, et sont inquiets quant à leur avenir. Ce constat plus qu’alarmant est de Manuel Fontaine, représentant de l’Unicef en Algérie.

A l’occasion de la publication de son rapport «La situation des enfants dans le monde 2011», intitulé «L’adolescence : l’âge de tous les possibles», l’Unicef offre un éclairage quant à la situation algérienne. Dans son intervention, M. Fontaine explique que cette frange de la population a participé à la mobilisation, aux manifestations et aux émeutes afin de faire entendre leur voix. «Ces jeunes ont eu besoin d’exprimer leur frustration, leur sentiment qu’ils ne sont pas assez respectés et écoutés, et aussi leur inquiétude pour l’avenir à cause du chômage élevé et du manque de perspectives», ajoute le représentant de l’Unicef. Lors d’une récente étude effectuée par l’organisme sur «La participation des jeunes», les adolescents ont clairement exprimé le fossé qui sépare leurs aspirations de ce que la société a à leur offrir.

Et ils se sont notamment plaints de l’école qui ne répond pas à leurs attentes, du manque d’opportunités de participation à la vie citoyenne et politique, du manque de canaux structurés pour l’information ou d’accès aux loisirs et à des infrastructures où ils pourraient se retrouver entre jeunes. «Ces jeunes veulent faire valoir leur énergie, leurs opinions, ils ne veulent pas qu’on leur impose une société, ils veulent la construire eux-mêmes!», d’affirmer M. Fontaine. Quid de leur droit à l’expression et à la participation ? «Dans le cercle familial, les ados disent être consultés pour certaines choses comme leur avenir, mais ils se sentent exclus de la prise de décision – même s’ils respectent le fait que ce soit leurs parents qui aient le dernier mot», répond le représentant de l’Unicef. Dans le cercle plus large de la société, ils ne se sentent pas entendus et pas pris en compte. Et ce, même s’ils commencent très largement à se saisir des nouvelles technologies. «Cela leur permet de s’informer, de se construire des arguments pour donner plus de poids à leurs opinions et de participer davantage, de se faire entendre !», ajoute-t-il.

Des études…mais pour quoi faire ?

L’un des autres maux dont souffre la jeunesse algérienne est assurément la déscolarisation. «Encore trop d’enfants, le tiers environ, ne continuent pas dans le secondaire», déplore l’Unicef. M. Fontaine poursuit : «Pour les garçons, c’est souvent parce qu’ils vont faire des petits boulots comme travailler sur les marchés ; pour les filles, c’est en général parce que les établissements secondaires sont plus loin du village que l’école primaire, du coup elles restent aider à la maison.»
Cet arrêt de la scolarisation se répercute tout au long de la vie : près de 10% des 15-24 ans sont analphabètes, et ceux qui font des petits boulots n’ont aucune garantie et aucune protection sociale. Et encore. Car dans un pays où plus de 20% des diplômés de l’université sont chômeurs, la fac est loin d’être une garantie d’emploi et cela crée une grande inquiétude chez les étudiants. D’ailleurs, dans le rapport il est considéré que l’Algérie fait partie des pays où un réel décalage existe entre la qualité des formations diplômantes et les exigences du marché du travail. «Ce qui soulève des questions quant à la qualité de l’éducation de base offerte», peut-on lire dans le document. Ainsi, plus de 20% des entreprises consultées considèrent que l’éducation inadéquate des travailleurs est un obstacle de taille à l’augmentation des investissements et de la croissance économique.

Commerce informel et solidarité

De même, le pays, qui fait face au chômage endémique que l’on sait, n’arrive pas à endiguer l’emploi indécent. «En l’absence d’emplois productifs à plein temps, de nombreux adolescents et jeunes adultes sont aux prises avec le sous-emploi, acceptant de petits boulots saisonniers ici et là ou s’orientant vers l’économie informelle», est-il mentionné dans le rapport. Ce qui pousse la jeunesse à se lancer dans le petit commerce de rue, «synonyme d’une subsistance précaire au jour le jour et pouvant se dérouler en marge d’activités plus dangereuses ou illégales, depuis le crime organisé jusqu’à la prostitution», de s’alarmer l’Unicef. D’ailleurs, en ce qui concerne la justice pour mineurs, sur les quelque 10 000 jeunes soumis à la justice, 90% rentrent chez eux, les juges évitent autant que possible de les mettre en détention. «Mais le problème, c’est qu’il n’y a pas de suivi pour autant derrière, la justice n’a pas de réponse à proposer», déplore M. Fontaine. Mais l’espoir subsiste. Et l’Unicef de s’enthousiasmer de la mobilisation, de la solidarité et de l’entraide dont peuvent faire preuve les jeunes lors de catastrophes naturelles, tremblements de terre ou inondations.
Ghania Lassal