Privatisation : un processus lent et peu transparent en Algérie

Conclusions du débat sur les transferts de propriété organisé par le forum des chefs d’entreprise

Privatisation : un processus lent et peu transparent en Algérie

Par : Meziane Rabhi, Liberté, 14 octobre 2006

es prix des terrains à céder dans le cadre des opérations de vente sont jugés exorbitants.

Le processus de privatisation tel qu’il est conduit actuellement n’a aucune chance d’aboutir. C’est du moins ce qui ressort de la rencontre débat sur “La privatisation : Bilan et perspectives” organisée mercredi dans la soirée par le Forum de chefs d’entreprise. Un constat qui contraste avec l’optimisme du ministre de la Participation et de la Promotion des investissements, sur l’évolution du dossier affiché il y a quelques jours jours, lors de la rencontre avec les directeurs des organes de presse. “La démarche de réforme est confrontée aujourd’hui à ce risque grave de rupture de cohérence globale en raison des retards importants qui caractérisent, d’une part, la réforme du secteur bancaire et, d’autre part, le processus de privatisation des entreprises publiques”, souligne le président du Forum des chefs d’entreprise M. Omar Ramdane. Le premier responsable du FCE constate que le processus est lent et le bilan, après plusieurs années de mise œuvre, est faible.
De la manifestation d’intérêt à l’ouverture des plis en passant par l’appel d’offres, la procédure peut mettre des mois. “Très rarement vous êtes invités à l’ouverture des plis. Le plus souvent vous n’êtes pas invités”, affirme le président-directeur général de Cevital, M. Issad Rebrab qui a participé à plusieurs soumissions. “Même si vous êtes invités, vous êtes le mieux-disant, et que vous remplissez toutes les conditions, des mois après parfois une année on vous répond que ce n’est pas fructueux”, raconte le patron de Cevital. Pourquoi ? Les responsables chargés des opérations de privatisation avancent le fait que le prix proposé n’a pas atteint le montant, évalué par les experts désignés par l’administration. Sur quelles bases l’expertise a été réalisée ? Elle serait faite en tenant compte du prix du terrain, cédé au mètre carré, pratiqué dans la région et qui parfois peut atteindre 15 000 dinars. “On ne vend pas un terrain de 15 hectares au prix de mille mètres carrés”, observe M. Rebrab en ajoutant : “On ne cède pas un terrain industriel comme on vend un terrain pour l’habitat.” “Les évaluations sont faites à des prix exorbitants”, confirme le responsable de Gipec, groupe public intervenant dans le secteur du papier et de la cellulose. “Nous avons enregistré plusieurs contestations sur les prix de cession de terrain, au prix de 15 000 parfois 20 000 dinars le mètre carré pour des sites industriels”, relève M. Merzouk qui explique que les investisseurs “s’engagent à préserver l’emploi et à investir, mais pas pour acheter des terrains ni pour la promotion immobilière”. Mais au-delà de ces aspects opérationnels et des blocages résultant de pratiques rentières de certains responsables, y a-t-il réellement volonté politique de privatiser ? “Si tel est le cas, pourquoi alors ce parcours du combattant ?”s’interroge le patron de Cevital. “Pourquoi ne pas mettre en place un seul organisme, avec un cahier des charges et limiter l’opération à 3 ou 4 années pour parachever le processus, comme l’ont fait les Allemands ?” suggère-t-il. “Aujourd’hui, je doute qu’on veuille privatiser pour plusieurs raisons”, regrette le patron de Cevital, estimant qu’il n’y a pas de transparence au niveau des privatisations. Pour certains fleurons de l’économie algérienne, le privé national est exclu de leur privatisation en citant l’exemple d’une entreprise, sans la nommer. Le patron de Cevital avertit que pour “cette activité, si l’entreprise est vendue à des groupes étrangers, ces derniers viendront produire des produits qui ne répondent pas à l’environnement de leur pays. Alors que les produits à haute valeur ajoutée seront produits chez eux. Ce qui les intéresse, c’est uniquement le marché”, en s’interrogeant sur le mode de développement de notre pays. “Pour les opérateurs économiques rien n’est clair”, souligne M. Rebrab qui parle de blocages à tous les niveaux. Pour l’ancien ministre des Finances M. Abdelkrim Harchaoui, le témoignage du patron de Cevital “est un exemple de processus de privatisation qui n’a aucune chance d’aboutir”. M. Harchaoui aurait souhaité que le débat se déroule en présence de ministres en fonction, et que ceux impliqués dans le processus décisionnel soient présents.
De ce point de vue, le processus de privatisation subit ce que subissent les réformes économiques en général. “L’Algérie est un pays aux réformes inachevées”, souligne-t-il. Selon lui “la volonté politique est affichée, le problème réside dans la mise en œuvre”, en citant l’exemple “du Souk El-fellah du quartier Ruisseau, brûlé et barricadé le 5 octobre 88, et là encore comme témoin d’un processus de privatisation qui n’a pas de nom”. Le président-directeur général du groupe Gipec parle de l’urgence d’accélérer le processus de privatisation, en proposant même de vendre les entreprises au dinar symbolique au risque de voir l’outil de production disparaître : “Nous gérons une véritable crise. Nous n’avons pas de moyens. Nous sommes bloqués au niveau des banques. Nous employés qui ne sommes pas payés et entre temps l’outil est en déperdition, en perte de vitesse.”

Les propositions du FCE
Pour permettre une implication plus grande des opérateurs nationaux dans le processus de privatisation et pour accélérer la réalisation des opérations de privatisation, le Forum des chefs d’entreprise a formulé un certain nombre de propositions, remises “à qui de droit”. Il s’agit, entre autres, d’accorder à l’acquéreur national la possibilité de s’acquitter, pour le paiement immédiat, d’une part n’excédant pas les 5% du montant de la valeur de l’entité mise en vente. Pour le paiement différé, le FCE suggère un échelonnement sur 15 à 20 ans assorti d’une période de grâce de 5 ans et d’un taux d’intérêt adapté, qui ne doit pas excéder 4,5%. Il propose une liste de 200 à 300 entreprises à privatiser prioritairement, dans les plus brefs délais, parmi lesquelles celles les plus déstructurées et qui ne trouvent pas preneur seraient au besoin cédées au dinar symbolique à titre de mesure de sauvegarde.

Meziane rabhi