La protection de l’uranium algérien en débat

Considérée comme une ressource hautement stratégique

La protection de l’uranium algérien en débat

Par : Badreddine KHRIS, Liberté, 12 août 2009

L’ouverture des gisements aux étrangers ne constitue pas pour le moment une priorité.

La rareté des ressources énergétiques suscite moult inquiétudes au sein de nombreux pays au monde. Aujourd’hui, avec l’accroissement considérable et continu du prix du pétrole, les pays nantis expriment clairement leur intérêt pour l’énergie de substitution produite à partir des centrales nucléaires à travers les ressources minières uranifères. L’uranium qui sert à produire de l’électricité dans les centrales nucléaires se place ainsi, de par l’importance de la demande mondiale (en électricité), parmi les ressources énergétiques les plus convoitées. L’uranium est devenu de ce fait un produit hautement stratégique à la fois pour les nations exploitantes que les propriétaires de gisements.
L’Algérie a pour ambition de devenir un pays stratégique pour l’industrie nucléaire civile. Pour cela, elle cherche à connaître les capacités de ses gisements d’uranium et préparer leur exploitation en prévision du lancement d’un programme de construction de centrales nucléaires pour la production d’électricité. Le pays se dotera d’une centrale nucléaire tous les cinq ans après sa première dont l’acquisition est prévue en 2020. C’est ainsi que huit gisements d’uranium sont actuellement ouverts à la prospection et/ou à l’exploitation. L’Agence nationale du patrimoine minier (ANPM) poursuit sa politique d’appel d’offres pour la délivrance de titres miniers (prospection et exploration) sur le domaine algérien en lançant, l’une de ses plus importantes opérations portant sur 20 sites d’or et d’uranium situés à Tamanrasset et à Illizi.
Cependant, il faut reconnaître qu’il ne serait pas judicieux pour l’Algérie d’ouvrir tous ses gisements en uranium aux étrangers. Pour le moment, notre pays gagnerait à sauvegarder ses ressources uranifères, sur lesquelles lorgnent toutes les puissances du monde durant cette période de crise. L’uranium est un produit stratégique qui implique que les États cherchent à en contrôler l’accès. C’est un bien qui, du fait que c’est une ressource épuisable et de la localisation spatiale des réserves, génère des rentes. Ce qui implique que le prix payé sur le marché diffère souvent du coût d’accès à cette énergie. Il est reconnu par tout le monde que ce minerai (uranium) est un produit stratégique et que la quantité exploitée doit rester secrète. Or, si l’on autorise les entreprises étrangères à venir exploiter nos champs, le secret sur les réserves et les capacités de production deviendra celui de Polichinelle. Certes, le ministre de l’Énergie a déjà révélé les réserves d’uranium de l’Algérie estimées, selon lui, à près de 30 000 tonnes.
De quoi alimenter deux centrales nucléaires de 1 000 mégawatts durant une soixantaine d’années. Mais on n’en est pas encore là. Pourquoi l’on s’entête et on s’empresse à exploiter dès maintenant les gisements de l’uranium alors que le projet de centrale nucléaire n’est prévu qu’à partir de 2020 ? Ces réserves devraient être laissées en héritage aux générations futures. Au moins elles trouveront de quoi faire face aux prochaines difficultés qu’elles rencontreront à l’avenir. Car, personne n’est en mesure de s’exprimer sur la durée de vie des ressources en hydrocarbures. Le pétrole et le gaz sont actuellement exploités avec des équipements utilisés à plein régime. Et à ce rythme, rien ne présage d’une longévité de ces ressources. Au moins, nos enfants pourront faire valoir cette alternative, cette autre future richesse qu’est l’uranium. La demande mondiale en énergie est en forte hausse et le prix de l’uranium est passé de 15 à 80 dollars le kilo en l’espace de quatre ans. Elle le sera encore davantage dans les années à venir. L’offre en uranium est largement inférieure à la demande en ce moment. Mieux, la Chine veut faire passer son parc de 40 millions de kilowatts d’électricité à plus de 75 millions en 2020. Ce pays va chercher par conséquent à sécuriser ses approvisionnements futurs en uranium. Il a annoncé vouloir se constituer des stocks stratégiques d’uranium et vouloir prendre des participations dans des minières stratégiques. Notons qu’à la date d’aujourd’hui, aucun pays africain n’est entièrement maître de ses matières premières.
Chaque fois qu’ils manifestent un certain patriotisme et expriment le vœu de devenir, maîtres de leurs ressources, des moyens ont été mis en œuvre par les puissances économiques et par les sociétés de ces États pour les mettre au pas, parfois en usant de la force. Les cas sont très nombreux. La rébellion, pour ne citer que cet exemple, sévit toujours au Mali, dans le Sud algérien, au Niger, au Tchad, au Soudan. Par pur hasard, ce sont ces régions où les pays occidentaux savent depuis longtemps qu’il y a beaucoup de pétrole et de richesses minières… Les accords portant sur l’exploitation de l’uranium dans le tiers- monde ont un constat identique. D’abord, ces pays africains ne bénéficient d’aucun retour financier suffisant.
Ces pays propriétaires n’ont pas de contrôle sur le développement de l’exploitation notamment le rythme (d’exploitation) des mines. Et généralement, il n’existe pas de lien avec le reste de l’économie du pays détenteurs de cette ressource. Autre constat est non des moindres est l’absence de contrôle sur les effets sanitaires et écologiques de l’extraction et du traitement du minerai. Toutefois, la décision prise par l’ANPM obligeant le prochain exploitant étranger à accorder à Sonatrach une participation minimum de 15% dans le capital de la société de droit algérien qui sera créé dans le cas de l’exploitation du gisement, est à encourager.

Badreddine KHRIS