Omar Abed : «Benflis nous a promis réparation mais les victimes de Khalifa sont échaudés»

Omar Abed : «Benflis nous a promis réparation mais les victimes de Khalifa sont échaudés»

par IDIR AHATIM, Le Quotidien d’Oran, 1er avril 2014

Omar ABED est le Président du Collectif des Clients Spoliés de la banque El Khalifa ; il fait le point sur le dossier Khalifa Bank alors que l’affaire de la fraude frauduleuse est souvent citée en ce moment dans le bilan des années Bouteflika.

Cela fait plus de 10 ans qu’a été déclarée la faillite frauduleuse de la banque El Khalifa. Qu’est-ce qui a été fait au profit des victimes ?

Rien de vraiment nouveau depuis des années. La SGDB, Société de Garantie des Dépôts Bancaires, a été formellement créée en 2003, en catastrophe, et a couvert les pertes des clients à hauteur de 600 000,00 DA. Notez que le principe de sa création date de 1991, dans la foulée des réformes liées à la loi sur la Monnaie et le Crédit. Si la SGDB avait vu le jour en temps voulu, il est normal de penser que le plafond des remboursements aurait été revu régulièrement à la hausse en liaison avec la forte inflation enregistrée entre 1991 et 2003. Et la SGDB aurait eu la surface financière nécessaire du fait des contributions de la place financière algérienne durant plus d’une décennie.Devant l’autisme des gouvernants, nous avions organisé une marche des victimes sur la voie publique, à Alger. Le liquidateur et ses mandants ont daigné nous octroyer 5% du «reste à rembourser».

Pour la suite du règlement du préjudice subi par les épargnants de Khalifa Bank qui sont vos interlocuteurs ?

Nous avons saisi toutes les parties concernées, gouvernement, président de la République, Banque d’Algérie, etc. ; Il nous est apparu, une fois de plus, que nos gouvernants ne sont pas intelligents et qu’ils constituent «un Etat congelé». La banquise du Pôle Nord est entrain de fondre ; pas le pouvoir !

Parmi les candidats à la présidence de la République, quels sont ceux qui se sont prononcés sur la question ?

Le Président sortant nous a fait mille et une promesses, ainsi que Abdelmalek Sellal, l’actuel directeur de sa campagne électorale. «Ma nakoul-âarq-ennass» (Je ne mange pas la sueur des gens !) nous disait-il, pour se faire réélire, en 2004. Six mois après, en France, questionné par un journaliste local, il déclarait : «Que celui qui a un sou à la banque El Khalifa ait recours à la justice !». Une trahison de plus de la part de quelqu’un qui avait joué un rôle important dans la réussite d’un escroc mandaté.Ali Benflis, quant à lui, nous a reçus plusieurs fois en délégation. Il affirme qu’une fois élu Président, il déclenchera une enquête pour situer les responsabilités. A la suite de quoi, les victimes seraient remboursées au dernier centime.

Comment expliquez-vous l’attitude des autorités envers les victimes de Khalifa Bank ?

Nous nous ne l’expliquons pas. Un seul mot définit cette attitude, le cynisme. Mohamed Djellab, désigné, administrativement et non par la justice, administrateur de la banque El Khalifa, a été promu au poste de ministre délégué au Budget. Il n’avait officié que pendant trois mois, le temps de justifier la mise en liquidation sans fondement légal de la banque incriminée. Mourad Medelci, ministre des Finances à l’époque des faits, a déclaré lors du 1er procès de Blida «qu’il n’était pas assez intelligent» pour traiter le rapport que la Banque d’Algérie lui avait transmis sur les fraudes de Khalifa portant sur la législation des changes. Pour ses états de service, il a été promu ministre des Affaires Etrangères puis Président du Conseil Constitutionnel. Il faudrait, à la fin, que quelqu’un dans l’Etat algérien accepte d’assumer sa responsabilité dans le préjudice subit par des centaines de familles algériennes.

Qu’attendez-vous de la présence de Moumen Khalifa au prochain procès ?

Si Moumen Kalifa, cet escroc adoubé par l’Etat, n’est pas victime d’un infarctus d’ici l’ouverture du procès, il est fort probable qu’un deal lui sera proposé : le silence sur certaines complicités contre une promesse d’élargissement discret après quelques années. Rappelez-vous l’affaire Cap Sigli ; où sont les protagonistes de cette affaire ? Et où se trouve Abdelouahab Keramane, le président laxiste de la Banque d’Algérie ? Quoi qu’on dise, si les victimes ont placé leurs économies à la banque El Khalifa, c’est parce que les taux d’intérêt étaient avantageux, et ce n’est pas un crime de rechercher cet avantage !, mais c’est aussi parce que Moumen Khalifa avait été honoré à la télévision algérienne, en qualité de Manager de l’année, par M. Bouteflika. Le temps passe, mais l’indignation reste.