Le Trésor public est-il complice dans l’affaire Khalifa ?

Le Trésor public est-il complice dans l’affaire Khalifa ?

El Watan, 5 juin 2015

Le Trésor public n’aurait jamais exigé à El Khalifa Bank, lorsque celle-ci venait de démarrer ses activités à la fin des années 1990, de lui verser 50 milliards de centimes, une somme représentant le capital de cette banque, et ce, en guise de garantie en cas de faillite. Les lois l’exigent pourtant.

Officiellement, l’ex-golden boy n’a versé que 8 milliards de centimes au Trésor de Tipaza. Pourquoi cette wilaya ? Parce qu’El Khalifa Bank avait son siège à Chéraga qui dépendait de Tipasa. Questionné hier par l’un des avocats de Abdelmoumen Khalifa, en l’occurrence Merouane Medjhouda, le liquidateur d’El Khalifa Bank, Moncef Badsi, reconnaît qu’il n’a, à ce jour, rien perçu de la part du Trésor public, et ce, dans le but de payer les créanciers.

«Rien, absolument rien», lance-t-il au juge. Ce «silence» du Trésor public veut dire que cette institution est «complice» ? Ou est-ce Khalifa qui a tout versé par la suite, mais sans que le liquidateur arrive à trouver une traçabilité ? Une chose est sûre, cette institution publique n’est pas accusée dans l’affaire El Khalifa Bank.

Gré à gré

Le même avocat demande au liquidateur pourquoi il n’a pas eu recours aux ventes aux enchères pour mieux renflouer les caisses de la liquidation. La réponse de Badsi est spontanée mais un peu subjective. «Je suis un peu mal à l’aise pour répondre. Mais je peux vous dire que j’ai eu beaucoup de mauvaises expériences avec le privé.

Ce dernier ne cherche que le bradage. C’est pour cette raison que j’ai préféré vendre les biens immobiliers à des entreprises et institutions publiques via le gré à gré», s’est-il défendu. Il a par ailleurs signalé que des actions de pillage d’El Khalifa Bank ont eu lieu juste avant l’arrivée de l’administrateur Mohamed Djellab. Moncef Badsi a été désigné liquidateur d’El Khalifa Bank le 29 mai 2003.

Sur la manière dont il a été nommé dans cette fonction, il a déclaré au juge qu’il était à Skikda lorsqu’il a reçu «un appel téléphonique d’Alger» l’invitant à rejoindre la capitale pour une mission. Maître Lazzar, deuxième avocat de Khalifa, veut savoir qui était derrière cet appel. Là, Badsi évite de dévoiler le nom de la personne. «Je ne peux pas répondre à votre question», a-t-il répliqué. Moncef Badsi est le dernier témoin qui passe à la barre au tribunal criminel de Blida. Les plaidoiries commenceront à partir de demain.

Mohamed Benzerga