Affaire Khalifa Bank – Soltani : «Je n’ai jamais été avisé des dépôts effectués par les caisses»

Affaire Khalifa Bank – Soltani : «Je n’ai jamais été avisé des dépôts effectués par les caisses»

par Tahar Mansour, Le Quotidien d’Oran, 2 juin 2015

Pour le début de ce vingt-quatrième jour du procès en appel de Khalifa Bank, le juge Antar Menouar a appelé à la barre l’ancien ministre du Travail, M. Abou Djerra Soltani, en qualité de témoin, qui a répondu aux questions qui lui ont été posées. Il confirma qu’il n’a jamais été informé des dépôts, en milliards de dinars, effectués par les caisses qui étaient sous tutelle du ministère du Travail, ni par les conseils d’administration, ni par l’IGF, et encore moins par les responsables concernés. Pour rappel, les caisses ont placé, et perdu, plus de 9 000 milliards de centimes à Khalifa Bank. Pourtant, lui rappelle le président du tribunal, M. Antar Menouar, il y a une loi qui oblige les caisses à demander l’accord de l’administration centrale (ministère) avant de procéder à un quelconque placement. Le témoin commence par demander au tribunal de corriger la date de son mandat ministériel qui était de 1999 à 2001 et non 2002 comme il a été annoncé. Revenant à la question qui lui a été posée, il déclare que tout ce qu’il sait de cette affaire, c’est qu’une réunion a été tenue par le bureau du conseil d’administration sans la présence des membres du conseil.

Quand le juge lui demande si le président du conseil d’administration, M. Abdelmadjid Sidi-Said l’a informé verbalement de ce dépôt, le témoin répond au juge qu’il n’a jamais été informé, ni verbalement ni par écrit et que : «si pareille information était parvenue à mon département elle aurait été reçue par le SG qui l’aurait transmise au ministre. «D’ailleurs, reprend-il, même si j’avais reçu cette demande j’aurai donné un avis défavorable car les caisses ont un caractère social et non commercial, je n’ai jamais été d’accord sur ce principe». Il annonce aussi qu’il a procédé au changement de la composante du conseil d’administration pour le rendre plus équilibré car il était constitué en majorité de représentants de travailleurs, du patronat et de peu de représentants du gouvernement. Il rappela aussi qu’une enquête ordonnée en 2003 par son successeur avait permis la découverte de trous financiers au sein des Caisses. Continuant son témoignage, M. Abou Djerra Soltani estime que la compagnie aérienne Khalifa Airways a réglé beaucoup de problèmes inhérents au transport aérien des Algériens, aussi bien à travers le territoire national qu’à l’étranger : «moi-même je voyageais à bord des avions de Khalifa Airways et cela me facilitait beaucoup mes déplacements», avoue-t-il. A la question de savoir s’il avait été invité à la réception organisée par Khalifa Abdelmoumène à l’hôtel pour le lancement de Khalifa Airways, il déclare que «Oui, j’ai été invité et je me suis rendu à cette réception. Un patron algérien a obtenu l’agrément pour lancer une compagnie aérienne et il m’a invité, est-ce un crime ?», «Non», lui répond le juge. Ce fut ensuite Mme Chentouf Nadhira, directrice générale des caisses de sécurité sociale auprès du ministère du Travail, qui apporta des précisions en déclarant au tribunal qu’une enquête a été menée par l’inspection générale concernant ces dépôts, mais elle n’a donné lieu à aucune confirmation. «Sidi Saïd a pourtant confirmé que le conseil d’administration avait avisé la tutelle», intervint le président. Le témoin lui répond que le conseil d’administration est responsable des décisions prises mais il doit aviser la tutelle qui est tenue de répondre dans les 30 jours qui suivent : «aucune loi n’interdit aux caisses de faire des placements mais il y a des mesures prudentielles qui doivent être prises», précise-t-elle. Deux autres témoins, MM Achi Taieb et Benaouda Mohamed, deux membres du conseil d’administration de la CNAS, entendus par le juge, ont confirmé qu’ils n’ont jamais été convoqués aux réunions jusqu’à ce que M. Tayeb Louh, après sa prise de fonction en qualité de ministre du Travail, installe les nouveaux membres du conseil d’administration. Directeur général de la CASNOS de 1996 à 2006, M. Benacer Abdelmadjid avait été condamné lors du procès de 2007 et il confirme, lors de son audition en qualité de témoin, que la caisse qu’il dirigeait avait fait un dépôt auprès de Khalifa Bank de l’ordre de 10 milliards de dinars. «C’est après avoir reçu une résolution du conseil d’administration au mois d’avril 2001, donnant le pouvoir aux caisses de faire des placements pour faire fructifier leur argent ; et c’est en application de cette résolution que j’ai eu une discussion avec le président du conseil d’administration (M. Sidi Saïd) qui m’a donné son accord pour le placement de cette somme». Il informe le président qu’il n’avait pas cherché à faire part de ce placement à la tutelle car il pensait qu’étant la dernière caisse à avoir effectué ces placements, la tutelle devait avoir été avisée.

Après avoir terminé avec les auditions des témoins présents, le juge Antar Menouar entama la lecture des dépositions des témoins absents faites devant le juge d’instruction. Il commence par celle de Sidi Saïd Abdelmadjid, qui avait déclaré à l’époque qu’en sa qualité de président du conseil d’administration et suite à une résolution du conseil d’administration qui s’était réuni de manière légale, il a fait un placement au niveau de Khalifa Bank. Il déclare également que la tutelle a été avisée en date du 16 février 2002. Il nie enfin avoir bénéficié d’un quelconque avantage de la part de Khalifa Bank.