Affaire Khalifa: Quid de la responsabilité politique ?

Quid de la responsabilité politique ?

Le jeune Indépendant, 13 février 2007

LE PROCÈS KHALIFA amuse la galerie depuis déjà plus d’un mois. L’une de ses révélations nous apprend que notre redoutable administration, taxée de «plus grand terroriste» du pays, n’est, quand il s’agit de traiter de la grosse corruption, qu’une lavette qui pratique bien l’à-peu-près et excelle dans les queues de poisson. Sinon, comment expliquer que rien n’ait été entrepris pour stopper les dégâts après le rapport accablant Khalifa Bank, transmis par la Banque d’Algérie au ministre des Finances en novembre 2001. Il faut savoir qu’aux termes de la loi sur la monnaie et le crédit, seul le ministre des Finances est habilité à déposer plainte dans de tels cas.
Cependant, bien que le lièvre ait été levé, il n’y eut pas de plainte. Khalifa Bank gardait la latitude de traire ses vaches à lait en toute quiétude. Le gouvernement n’avait peut-être pas jugé utile de stopper la saignée. Et «qui ne dit mot consent», dit l’adage.

Khalifa pouvait donc pendant encore longtemps dépecer ses victimes sans obstacle. Jusqu’en janvier 2003, la CNAC continuait ses dépôts le plus normalement du monde ! Comme si la mesure disciplinaire prise en 2002 par la Banque d’Algérie (suspension des opérations commerciales de Khalifa de et vers l’étranger) n’était pas une alerte suffisante à l’éveil des crédules. Si jamais la crédulité, denrée réputée rare de nos jours, pouvait prétendre à exister dans le monde de la finance !

De novembre 2001 à janvier 2003, trois ministres s’étaient succédés au département des Finances. Le chef du gouvernement, lui, ne changea pas. Mais ni les ministres ni le chef du gouvernement ne se montrèrent préoccupés outre mesure par le «miracle» Khalifa qui, déjà, amoncelait les doutes d’ici et d’ailleurs. Car si nos institutions ont, pour une raison qui échappe à la logique, laissé faire et adopté l’inexplicable attitude de notre gouvernement, c’est-à-dire l’inaction, l’Assemblée et la police française, elles, ne jugèrent pas bon de jouer à la carpe. Elles n’ont pas fait comme si de rien n’était, face à l’intrusion du «golden boy» dans la vie française. Il est vrai que le tapage autour des largesses distribuées sans limites, mimant le geste des princes raconté dans les Mille et une Nuits, avait de quoi justifier une curiosité et une méfiance qui ne savent s’effacer au bon moment que chez nous. D’aucuns pensent que si les institutions concernées n’ont pas été avisées immédiatement après la découverte du pot aux roses, c’est pour éviter justement que des mesures soient prises, et donner le temps à la récupération de l’argent déposé. Dans cet ordre d’idées sont cités en exemple les cas de la BEA et du FLN dont les fonds ont été respectivement récupérés à temps par MM. Mohamed Terbeche et Ali Benflis.
«Takhti dari», disait Djeha ! Mais que dire du cas de l’ancien DG des OPGI d’Oran et de Constantine qui gratifia Khalifa de dépôts totalisant 370 milliards pour être primé en 2004, et nommé DG de… l’AADL ? Au-delà de la responsabilité pénale, à qui incombe finalement la responsabilité politique d’une escroquerie qui est loin d’avoir été réalisée clandestinement dans le monde de l’informel. A défaut de situer les responsabilités, c’est fatalement le régime dans son ensemble qui en portera la responsabilité devant l’histoire !

M. Z.
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