Un représentant du Trésor qui n’a rien vu !

Un représentant du Trésor qui n’a rien vu !

El Watan, 14 janvier 2007

Les déclarations du témoin Hamoum, secrétaire du Trésor public de la wilaya de Tipaza, n’ont rien apporté de nouveau. Le responsable n’a pas pu expliquer l’absence des chèques remis par le notaire à son service. « Je peux remonter la traçabilité des opérations, mais pas des fonds », dit-il.

La présidente lui demande si des traces de l’acte de constitution de la SPA El Khalifa Bank existent. « Je ne m’en rappelle pas », répond-il. La juge revient à la charge. « Je vous dis que le quart du capital social, soit 125 millions de dinars sur les 500 millions de dinars, n’a pas été déposé totalement. Il y a eu uniquement trois chèques d’une totalité de 80 millions de dinars. » Le témoin précise ne pas pouvoir le savoir. L’avocat d’El Khalifa Bank en liquidation l’interroge si ces chèques ont été versés à Khalifa, c’est-à-dire qu’il s’agit de chèques de sortie, puisque le Trésor ne les a pas encaissés. Le témoin n’apporte pas de réponse. Il ne se rappelle pas. Il pousse la présidente à ordonner la convocation de l’actuel trésorier de Tipaza et toutes les archives de ce service de 1998 à 2000, « puisque vous êtes incapable de nous expliquer ce qui s’est passé ». Me Rahal demande, du box des accusés, la parole. Il passe à la barre. Le chèque de 25 millions de dinars existe, selon lui. Il concerne la création de la SPA. « Comment es-tu arrivé à ce montant », lui rétorque la présidente. « J’ai consulté le code du commerce, la loi sur la monnaie et le crédit et les textes relatifs à l’enregistrement des actes pour arriver au montant de 25 millions de dinars sur un capital de 500 millions de dinars, puis les 36 millions de dinars, et le reste sur les 5 ans », explique-t-il. La présidente lui rappelle que, pour une banque, c’est la commission bancaire qui définit le montant et non pas un notaire et lui demande s’il a versé le chèque de 12,5 millions de dinars. « Ce montant a été libéré et Moumen a raison d’agir ainsi. » La présidente s’énerve et lui fait savoir que Moumen n’a libéré que les 12,5 millions de dinars sur les 500 millions de dinars de son capital. Elle appelle Guellimi Ammar, l’actionnaire d’El Khalifa Bank, qui reconnaît n’avoir pas assisté à une assemblée générale constitutive ni signé de procès-verbal. A la question de savoir où il a signé le statut de constitution, il dit ne pas se rappeler, mais que normalement elle ne peut avoir lieu que dans le bureau de Me Rahal ou au siège d’El Khalifa Bank. Il déclare également ne pas avoir en mémoire le fait d’avoir signé le changement de statut de la SPA en septembre 1998. Cependant, il affirme être persuadé avoir vu un chèque de banque de la BDL, d’un montant de 12,5 millions de dinars, qui représente l’obligation légale, remis dans le dossier de constitution de la SPA. « Ne vous est-il pas venu à l’esprit que Moumen vous a utilisé pour votre intégrité, votre âge et vos connaissances juridiques ? », lui lance la juge. « Lorsque j’ai intégré le groupe, je pensais contribuer à une initiative louable, mais lorsque j’ai vu la gestion de la banque j’ai compris qu’il y avait quelque chose qui n’allait pas. » Il dit ne pas avoir attiré l’attention des dirigeants sur la nécessité de l’accord de la commission bancaire en cas de changement de statut, mais précise que c’est la Banque d’Algérie qui les a autorisés, puisqu’une demande dans ce sens a été introduite. « J’ai été avec Abdelmoumen et son frère Lakhdar à la Banque d’Algérie. Nous avons été reçus par M. Oulmane et il nous a rassurés », affirme-t-il. La magistrate lui demande s’il a bien eu entre les mains l’autorisation ou s’agit-il juste d’une autorisation verbale. « Je ne sais pas », répond-il. Il reconnaît qu’il n’y a jamais eu d’assemblée générale des actionnaires durant tout l’exercice de la banque jusqu’à 2002

Salima Tlemçani