Procès Khalifa: Une pause et ça reprend

PROCES KHALIFA

Une pause et ça reprend

par T. Mansour, Le Quotidien d’Oran, 17 février 2007

La présidente du tribunal criminel de Blida a annoncé mercredi soir une pause dans les audiences du procès Khalifa pour avant-hier jeudi.

Ce sont trente et une audiences qu’a tenues la cour de Blida dans ce procès fleuve qui fait frémir d’impatience l’opinion publique. Durant ces auditions, personne n’en revenait d’entendre des sommes astronomiques. Les noms de personnalités politiques, sportives, culturelles, syndicales sont mêlés à ce scandales qui n’a pas encore livré tous ses secrets. Quand ou a vu défiler à la barre des ministres, à qui la présidente demandait la carte d’identité, ou des personnalités de tout bord et qui répondaient à des questions souvent gênantes quant à leur implication dans cette affaire, on ne peut que sa poser moult questionnements sur le devenir de l’Algérie. Même si la question de jusqu’où ira ce procès est posée par de nombreux observateurs, il faut reconnaître que celui-ci a cassé certains tabous et certains interdits. La présidente a interrogé plus de 75 accusés, certains de crimes d’association de malfaiteurs, vol qualifié, escroquerie, abus de confiance, faux en écritures comptables, corruption, trafic d’influence, faillite frauduleuse et faux en écritures officielles et son utilisation, d’autres de non-dénonciation de crime et d’utilisation de produits de vol. Plusieurs P-DG d’entreprises, entre actuels et anciens, sont poursuivis pour trafic d’influence et corruption.

D’innombrables témoins sont aussi passés à la barre, dont des ministres, le gouverneur de la Banque d’Algérie, le secrétaire général de l’UGTA, des personnalités du monde du sport… A chaque fois, la présidente et le procureur général cherchaient à connaître l’ordonnateur des dépôts auprès de Khalifa Bank, mais tous les P-DG, les DG et autres ont déclarés qu’ils étaient les seuls responsables, soit qu’ils aient effectué des prospections pour leurs DAT (Dépôt à terme) et ont choisi le mieux-disant en taux d’intérêts, soit qu’ils aient été contactés par des représentants de Khalifa Bank qui les ont incités à effectuer des DAT, en leur proposant bien entendu des taux d’intérêts variant entre 10 et 17%, en plus de quelques privilèges personnels qui ont valu aux bénéficiaires d’être à la barre des accusés.

Très vite, dès le début de 1998, on voyait partout surgir des agences Khalifa Bank. Puis Khalifa Abdelmoumène annonce, chaque jour ou presque, la création d’une nouvelle branche d’activité du groupe Khalifa. Le «truc» était simple: attirer le plus d’argent possible dans les banques de Khalifa en usant de tous les artifices.

Trente-neuf noms de responsables sont portés sur une liste transmise au centre de thalassothérapie, avec lequel une convention a été signée. Et les cartes sont remises ou envoyés à ces responsables pour les «remercier» d’avoir choisi Khalifa Bank. Bien sûr, ces responsables ne manqueront pas d’en parler à leurs amis, des responsables comme eux. Des prêts personnels, des voitures, des cartes de voyage gratuites, des Master Card et beaucoup d’autres privilèges sont accordés aux gros clients de Khalifa Bank. Certains entreprises bénéficient même de prêts plus importants que leurs dépôts, mais elles sont peu nombreuses. Autre trouvaille: verser les intérêts au moment du dépôt, histoire de dire: «n’ayez crainte, nous sommes réglos !».

A une ou deux exceptions près, les OPGI, les caisses sociales, les EPLF, des entreprises économiques, des entrepreneurs et des hommes d’affaires privés, tous ont vu dans cette nouvelle démarche un moyen de gagner beaucoup d’argent en très peu de temps. En outre, la lenteur, les blocages et la bureaucratie instituée en mode de gestion par les banques publiques ont contribué dans une grande mesure à pousser les responsables dans les bras grands ouverts de Khalifa Abdelmoumène et consorts. Toutefois, certains directeurs se sont montrés prudents et ont refusé de faire des dépôts: ils sont heureux maintenant. Les autres, dont certains sont cités en qualité de témoins et d’autres accusés de corruption et de trafic d’influence, ont déposé des sommes plus qu’importantes, qu’ils ont presque ou totalement perdues.

Dans la salle d’audience de la cour de Blida, chacun essayait de se justifier devant une présidente connaissant son sujet. Il y a même des directeurs qui, pour se défendre, affirment que recevoir personnellement des avantages (voitures, cartes de gratuité de voyage et de soins, prêts sociaux, cartes interbancaires internationales) est une pratique courante de management et ne se sentaient nullement coupables en en usant. Parfois, Mme Brahimi laissait transparaître une colère difficilement contenue à l’encontre de certains, témoins et accusés, qui essayaient de se dérober à ses questions ou qui utilisaient des faux-fuyants pour se disculper. De toutes les manières, les prochaines auditions ne nous apporteront pas beaucoup de nouveautés, sauf peut-être si l’un des accusés ou des témoins font des révélations qui n’ont été pas été données devant le juge d’instruction. Il reste encore près de 20 accusés – ils sont 124 – et plusieurs témoins sur les 159 annoncés, avant que le procureur général et les avocats de la partie civile et de la défense n’entament les réquisitoires et les plaidoiries. Nous connaîtrons peut-être le montant exact qui est bien plus élevé que les 20.000 milliards de centimes de déficit annoncés il y a quelques jours par M. Badsi Moncef, le liquidateur de Khalifa Bank.

En effet, à entendre les sommes déposées et ce qui a été récupéré, le déficit s’annonce bien plus grand, surtout quand on se rappelle les largesses, les cadeaux somptueux, les voitures de luxe, les appartements ou les prêts accordés par Khalifa Abdelmoumène.