Affaire Khalifa : le président de la République secoue l’appareil judiciaire

Affaire Khalifa : le président de la République secoue l’appareil judiciaire

Belaïz instruit pour hâter la tenue du procès avant juin

par Sihem H., Le Jeune Indépendant, 20 mars 2006

Sur instruction du président de la République, le ministre de la Justice garde des Sceaux a enjoint, hier, le procureur général de la cour de Blida, dont dépend le tribunal de Chéraga, en charge de l’affaire Khalifa, d’achever «le plus tôt possible» l’instruction du dossier afin que les premiers procès puissent se tenir avant le mois de juin, a appris le Jeune Indépendant de source judicaire.

«Le ministre a agi sur instruction directe du président de la République qui lui a signifié son mécontentement quant au retard accusé pour boucler cette affaire», confie notre source. Dans une note qu’il aurait adressée, immédiatement après l’instruction du Président, au procureur général, M. Tayeb Belaïz a exigé un rapport d’étape sur le travail effectué jusqu’à présent.

Le ministre insiste sur la nécessité de transférer le dossier à la chambre d’accusation pour programmer les premiers procès dans l’actuelle session criminelle. Le procureur devra à son tour, précise notre source, tenir dans les prochains jours une réunion de travail avec les deux magistrats qui mènent conjointement l’instruction.

L’instruction qui avait débuté depuis près de deux ans s’est soldée, rappelons-le, par l’audition de plus de 5 000 personnes et la mise sous mandat de dépôt de six autres dont une, l’ex-directeur général de Khalifa Bank, en détention depuis juin 2004, est décédée mercredi passé à la prison d’El-Harrach.

Son corps a été soumis à une autopsie sur ordre du procureur de la République qui, comme attendu, a révélé une «mort normale des suites d’une longue maladie». «C’est justement ce décès qui a, une nouvelle fois, dicté la nécessité de clôturer cette affaire à travers la tenue du procès (…), d’autant plus qu’il est impératif de statuer dans la légalité sur les cas des personnes en détention préventive», précise encore notre source.

Un autre détenu, parmi les cinq mis sous mandat de dépôt depuis 2003 dans la même affaire, confie-t-on, atteint d’asthme chronique, attend que l’Administration l’élargisse en attendant le procès. La période de détention préventive a atteint pour certains de ces prisonniers 36 mois, soit le double de la durée maximale fixée par la loi qui est de 16 mois.

Ces anciens cadres du groupe, qui sont actuellement détenus soit à Serkadji, soit à El-Harrach, avaient à maintes reprises réclamé, par le biais de leurs avocats respectifs, à être jugés ou, à défaut, à bénéficier de la liberté provisoire.

«Le travail des auxiliaires de justice, dont les commissions rogatoires menées par les gendarmes, a été achevé, et la majorité des rapports transmis aux magistrats, permettant ainsi une évolution plus rapide de l’instruction», affirme notre source.

La seule «tache noire» demeure, précise notre interlocuteur, le travail du service de liquidation qui n’est toujours pas achevé et qui, «pis encore, accuse un retard flagrant qui risque d’avoir des conséquences néfastes sur le travail de la justice».

Dans son édition du 15 mars le Jeune Indépendant avait, rappelons-le, publié un article intitulé «Y aura-t-il un jour un procès Khalifa ?» ou avaient justement été abordés les différents reports du ou des procès depuis près de quatre ans, après la déconfiture de l’ex-groupe et deux ans après l’ouverture de l’instruction judiciaire.

Lors de la reprise en main de ce dossier en juin 2004, le ministre de la Justice s’était, rappelons-le, engagé à «creuser ce dossier dans tous ses aspects et aussi à appeler tous les complices, les participants et même ceux qui se sont confinés dans un silence coupable dans cette affaire, afin qu’ils rendent des comptes».

Notre source conclut que, toujours sur instruction du président de la République, «toutes les dispositions adéquates seront prises pour assurer le bon déroulement du procès qu’on espère se dérouler avec la présence du principal accusé, Abdelmoumène Khelifa.

Celui-ci, réfugié à Londres, fait l’objet d’un mandat d’arrêt international délivré par les autorités algériennes depuis avril 2003. En dépit des difficultés rencontrées jusque-là pour son extradition, la justice algérienne se dit «très optimiste quant à sa présence au procès».

S. H.