Khalifa aurait financé des partis politiques français

La police mène l’enquête

Khalifa aurait financé des partis politiques français

Lounès Guemache; Le Quotidien d’Oran, 15 avril 2003

La dernière note connue de la Direction de la surveillance du territoire
(DST, contre-espionnage français) sur le groupe Khalifa date du 12 mars
dernier.

Elle n’apporte pas de nouvelles révélations fracassantes sur le groupe
algérien. Mais elle décrit un Abdelmoumen Khalifa fatigué, au bord de la
«dépression». Le document des services secrets français suggère également
que le président Bouteflika serait en partie derrière certains ennuis du
milliardaire algérien, qui, malgré l’insistance de son entourage, aurait
refusé d’aller s’excuser auprès du chef de l’Etat. Abdelaziz Bouteflika n’
aurait en effet pas apprécié le traitement par Khalifa TV des récents
conflits sociaux dans le pays, jugé trop défavorable à la Présidence.
Toutefois, la DST ne semble pas soutenir l’idée qui circule actuellement à
Alger et à Paris, selon laquelle Abdelmoumen Khalifa payerait son refus de
prendre ouvertement position dans la «lutte feutrée» que se livreraient
Bouteflika et Benflis dans la perspective de la présidentielle d’avril 2004.
Il n’empêche: après l’Algérie, les ennuis s’accumulent pour Abdelmoumen
Khalifa en France. Selon nos informations, la police française aurait lancé
une enquête préliminaire sur les agissements du groupe, propriétaire de
plusieurs filiales dans l’Hexagone.

Elle pourrait déboucher sur une mise en examen du milliardaire algérien,
propriétaire du groupe Khalifa, en pleine déconfiture depuis quelques
semaines. L’ouverture de l’enquête préliminaire intervient en effet à la
suite de plusieurs plaintes déposées par d’anciens salariés de Khalifa TV,
actuellement en redressement judiciaire, des fournisseurs du groupe et de
plusieurs chefs de PME françaises qui n’ont pas réussi à se faire payer
leurs dûs en Algérie du fait des difficultés de Khalifa Bank.

L’enquête de la police française aurait été également suggérée par les
Renseignements généraux: elle concernerait des opérations de transferts
illégaux de sommes d’argent entre Alger et certaines capitales européennes,
notamment Paris.

En effet, au début du mois de mars, à la suite de l’arrestation à l’aéroport
d’Alger de trois hauts responsables du groupe Khalifa en possession d’une
valise contenant au moins 2 millions d’euros, la filiale bancaire du
conglomérat algérien a été mise sous tutelle par la Banque d’Algérie, qui la
soupçonne de plusieurs malversations. Depuis sa prise de fonction, l’
administrateur provisoire, nommé par la Banque d’Algérie, aurait fait
plusieurs découvertes intéressantes: un trou inexpliqué de 300 millions de
dollars, des sommes importantes versées à des formations politiques…
française lors des présidentielles de 2002, etc.

Et, selon des sources proches du dossier, le montant des sommes déposées par
des entreprises publiques algériennes auprès de Khalifa Bank s’élèveraient à
5,5 milliards de dollars. Des montants difficilement récupérables au regard
de la situation catastrophique de la banque. En Algérie, l’enquête sur les
agissements du groupe a déjà conduit la justice à délivrer plusieurs mandats
d’amener contre des dirigeants de Khalifa.

Certains cadres recherchés par la police algérienne sont actuellement en
France. Mais en l’absence d’un mandat d’arrêt international à leur encontre,
ils continuent d’y vivre librement.