Paris embarrassé par l’affaire Khalifa

Malgré l’avantage du mandat d’arrêt européen

Paris embarrassé par l’affaire Khalifa

par L’un De Nos Correspondants A Paris: Rabah Yanis, Le Quotidien d’Oran, 9 avril 2007

L’affaire Khalifa provoque une brouille entre Paris et Alger.

Selon nos informations, l’émission, le 21 mars dernier, par une juge de Nanterre (banlieue parisienne) d’un mandat d’arrêt contre Rafik Khalifa a provoqué le mécontentement du gouvernement algérien et gêné les autorités françaises. La justice française poursuit l’ex-homme d’affaires notamment pour « banqueroute, extorsion de fonds et abus de biens sociaux ». Ouverte en 2003, l’enquête concerne les anciennes filiales françaises du groupe algérien. Mais, depuis cette date, beaucoup de choses ont évolué: l’Algérie, dont la justice vient de condamner Rafik Khalifa à la perpétuité après un procès de deux mois, a officiellement demandé aux Britanniques son extradition. Mais cette démarche pourrait désormais être gênée par la demande française. Les procédures britanniques en matière d’extradition des étrangers sont en effet particulièrement compliquées et longues. Les pays demandeurs doivent être exemplaires en matière d’indépendance de la justice et devront présenter des dossiers solides.

Or, Rafik Khalifa a basé l’essentiel de sa défense sur le manque de transparence du procès qui s’est tenu récemment à Blida. Dans plusieurs entretiens accordés à des médias occidentaux, il a dénoncé un procès politique et un règlement de compte orchestré, selon lui, par le pouvoir en place. En face, la justice française semble avoir des arguments plus solides. Paris peut aussi compter sur le mandat d’arrêt européen. Ce dispositif, en vigueur depuis 2004 dans les pays de l’Union européenne, est en effet censé faciliter et accélérer les procédures d’extradition dans des affaires liées à des crimes économiques.

Les Algériens, qui souhaitent obtenir l’extradition de Rafik Khalifa rapidement, auraient fait savoir leur mécontentement au gouvernement français. Mais ce dernier, en raison de la séparation des pouvoirs, n’a aucun moyen d’agir directement dans ce dossier. Toutefois, il pourrait faire quelques concessions aux Algériens, en appuyant par exemple une demande d’extradition des frères Keramane, condamnés par le tribunal de Blida dans l’affaire Khalifa et actuellement en fuite en France. La justice algérienne devrait demander officiellement leur extradition dès le mois de mai, après le second tour des présidentielles françaises. Arrêté le 27 mars dernier par la police britannique, Rafik Khalifa a été laissé en liberté provisoire. Initialement prévue le 10 avril, sa prochaine comparution devant les juges a été reportée au 2 mai en attendant l’examen d’une demande d’asile politique que l’ex-milliardaire algérien aurait formulée en parallèle. Quelle que soit la décision de la justice britannique, Rafik Khalifa dispose de nombreuses possibilités d’appel. La procédure promet d’être longue.