procès khalifa: Les OPGI, l’AADL et les commissions

Poursuite du procès khalifa au tribunal de Blida

Les OPGI, l’AADL et les commissions

El Watan, 13 février 2007

Le procès Khalifa a repris hier avec l’audition des responsables des Offices de promotion et de gestion immobilière (OPGI), poursuivis pour corruption, trafic d’influence et perception illicite d’avantages.

Berkat Benachir, directeur de l’administration et des finances de l’OPGI de Relizane, qui a perdu 110 millions de dinars, a été le premier à passer à la barre. Il déclare que l’office avait déjà des placements à la BDL Relizane, pour un taux de 5% d’intérêt avant que des représentants d’El Khalifa Bank ne viennent proposer leurs services et surtout des taux avantageux de 10%, 25%. « Le directeur général, Bacha Saïd a négocié avec le directeur de l’agence Khalifa d’Oran Guers Hakim, avec lequel il avait signé une première convention pour un dépôt de 80 millions de dinars, effectué le 1er juillet 2002. La demande d’un chèque de banque auprès de la BDL a été signée par moi-même et le directeur général de l’Office. » La présidente lui demande si le conseil d’administration (CA) en a été informé. « Il était en fin de mandat lorsque la convention a été signée », dit-il. Il révèle qu’un autre montant de 30 millions de dinars a été placé par l’unité de l’OPGI de Relizane, le 5 novembre 2002, sur autorisation du DG, toujours sans se référer au CA du fait qu’il n’était pas encore installé. Pour ce qui est de la tutelle, il déclare que le ministère de l’Habitat et de l’Urbanisme, alors sous la coupe de Abdelmadjid Tebboune, était au courant parce qu’il recevait mensuellement des états détaillés du budget de l’office, où étaient même précisés les noms des banques de domiciliation. La juge demande à l’accusé d’expliquer l’existence du sous-compte au nom de l’OPGI à l’agence d’Oran. « Ce compte a été ouvert à notre insu. Nous ne l’avons su qu’une fois convoqués par la gendarmerie nationale », précise l’accusé. Il dément avoir demandé ou reçu d’autres avantages, en dehors des taux d’intérêt découlant du dépôt à terme (DAT). La juge : « A qui profite ce sous-compte ? » L’accusé : « Il a été créé à notre insu. » La présidente : « J’ai des écritures comptables qui prouvent qu’une somme de 300 000 DA a été retirée au profit de l’office. » L’accusé : « Jamais ! » Il explique que le déplacement de Relizane jusqu’à Oran, pour ouvrir un compte chez Khalifa, répondait au souci de l’opportunité commerciale. Au procureur général, l’accusé déclare : « Lorsque le DG m’a fait part du placement chez Khalifa, j’étais un peu inquiet pour le transfert de nos avoirs de la BDL, mais il m’a dit d’appeler les OPGI de Béjaïa et de Tizi Ouzou pour m’informer des avantages. J’ai contacté les responsables et j’ai appris que les intérêts dont ils ont bénéficié couvrent une grande partie des salaires du personnel. » Le magistrat lui fait remarquer qu’à ce moment les placements étaient déjà effectués. L’accusé : « Nous ne pouvions pas douter des personnes venues parler au nom de la banque Khalifa. » Le magistrat : « Guers Hakim, directeur d’Oran, a déclaré que le montant de 300 000 DA a été versé au profit de l’OPGI. » L’accusé : « Jamais ! » Me Meziane, avocat d’El Khalifa Bank liquidation, lui demande d’expliquer comment les intérêts couvrant le DAT ont été perçus comme des commissions. L’accusé : « Cette commission ne peut pas exister. Pour nous, c’est une écriture interne à la banque dont nous ne sommes pas responsables. Le juge m’a surpris lorsqu’il m’a parlé de cette commission. » Pourtant, estime le magistrat, le montant de 300 000 DA représente bel et bien une commission de 1% du montant de 30 millions de dinars placé à l’agence El Khalifa Bank d’Oran. « C’est une affaire interne à la banque et je ne sais pas qui a pris cette somme », insiste l’accusé, avant de relever que le montant perdu par l’office a atteint 110 millions de dinars.


Manipulation des comptes par la banque

Bensetta Ali Tayeb, comptable à l’unité de l’OPGI de Relizane, déclare au tribunal n’avoir rien négocié, puisque la convention de placement des 30 millions de dinars avec un taux d’intérêt de 10% lui a été envoyée déjà signée par le DG. Il révèle que la saisine du CA ne relève pas de ses prérogatives et qu’il n’a fait qu’exécuter la décision de son directeur général. « J’ai signé avec le directeur d’unité la demande pour un chèque de banque, introduite auprès du CPA. Une fois le chèque récupéré, je l’ai remis au chef de service portefeuille de l’agence d’Oran », dit-il. La magistrate l’interroge sur le montant de 300 000 DA, versé par la banque dans un sous-compte de l’OPGI. L’accusé : « J’ai appris cela par les gendarmes et je n’y ai pas cru. Pour nous, il n’ y avait que le compte DAT où les intérêts sont versés à l’expiration de l’échéance », explique-t-il, en précisant que la convention du placement de 30 millions de dinars, par l’unité de Relizane, a été faite par le DG. Son directeur Ouail Abdelhamid confirme ses propos et raconte que la somme de 30 millions de dinars a été placée après le dépôt de 80 millions de dinars, opéré par la direction générale. « Le DG nous avait envoyé la convention déjà signée. Elle portait sur un taux d’intérêt de 10% », déclare l’accusé. Lui aussi n’arrive pas à expliquer le montant de 300 000 DA, versé dans un sous-compte de l’OPGI et que le directeur de Khalifa Oran avait présenté comme une commission de 1% sur le montant. Bacha Saïd, directeur général de l’OPGI de Relizane, qui était avant directeur général adjoint de l’OPGI de Béjaïa, affirme pour sa part que le placement des avoirs de l’office à El Khalifa Bank a été décidé après la visite à son bureau de deux représentants de la banque privée, pour faire des offres commerciales. Il dit à propos du conseil d’administration qu’il était en fin de mandat lorsque la première convention de placement a été signée, mais qu’à la fin de l’année, après son installation, il y a eu une délibération pour approuver le dépôt d’une somme de 80 millions de dinars, représentant, selon lui, le tiers des avoirs de l’office. L’accusé précise que les représentants de Khalifa étaient venus le voir en avril 2001, et la signature de la convention a eu lieu en juin. « Pour moi, ce n’était pas une première », dit-il. La juge lui rappelle les propos de son financier, selon lesquels lorsque ce dernier s’est inquiété, il l’a dirigé vers l’OPGI de Béjaïa et de Tizi Ouzou pour s’informer des placements qu’ils ont effectués à Khalifa. « Vous connaissiez ces personnes, puisqu’elles vous ont suivi de Béjaïa à Relizane. » L’accusé : « J’étais à Béjaïa en tant que DGA, pas en tant que financier, et donc j’étais au courant comme tout le monde des dépôts. » La magistrate lui demande s’il a informé la tutelle de ces placements. L’accusé : « Elle était au courant du fait que nous lui transmettions chaque mois le détail du budget de l’office et à ce titre tout sortait, y compris les noms des banques où étaient placés les avoirs. » Bacha Saïd relève avoir signé la convention avec Guers Hakim, directeur de l’agence d’Oran, comme cela a été le cas pour une trentaine d’autres offices, sur une cinquantaine, pour un taux d’intérêt de 10%. « A aucun moment, les commissaires aux comptes ou la tutelle ne nous a fait la remarque », note t-il. A propos de la commission de 1% versé dans le sous-compte de l’OPGI, l’accusé souligne avoir été surpris d’apprendre cette nouvelle par les gendarmes. « A ce moment, je pensais que c’était une plaisanterie. Ce n’est que devant le juge que j’ai compris qu’il s’agissait d’un décaissement au profit de l’OPGI. J’ai dit pourquoi pas une opération effectuée par El Khalifa Bank à son profit ? Je peux dire que l’office a été victime d’une manipulation des comptes par la banque », déclare l’accusé.

Khirredine El Oualid fait perdre à Oran 1 milliard de dinars

Il reconnaît avoir été chef de service à l’OPGI de Tizi Ouzou en 1999 avant d’être nommé comme DGA à Béjaïa, puis DG de Relizane. « Le 1er juillet 2002, l’office de Relizane fait un DAT et le même jour, c’est l’OPGI de Béjaïa qui procède à un placement. N’est-ce pas là une drôle de coïncidence ? » L’accusé : « Posez-moi des questions sur Relizane, pas Béjaïa. » La présidente : « Pourquoi avoir demandé à votre financier de se renseigner sur Tizi Ouzou et Béjaïa ? » L’accusé : « Pour lui montrer que l’opération est tout à fait normale et que des dizaines d’offices avaient déjà placé leur argent. » Au sujet de la convention pour l’unité de Relizane, il affirme que c’est lui qui avait négocié et signé avant de la transmettre au directeur, qui était informé du taux et il a accepté. Lorsque les représentants de Khalifa sont venus le voir la seconde fois pour voir s’il reste encore de l’argent à placer, il leur avait demandé d’attendre pour voir avec les unités. A propos du CA, il déclare que son mandat avait expiré et c’était à la tutelle de l’installer. Une tutelle dit-il qu’il a informée de tous les actes liés au budget, notamment les placements à El Khalifa Bank. Le procureur général lui demande pourquoi cette précipitation à vouloir placer les fonds de l’office. « Ce n’est pas une précipitation. Il faut replacer l’opération dans le contexte de l’époque », dit-il. Appelé à la barre, le directeur financier de l’OPGI d’Oran, Boucenna Noureddine, affirme que les fonds de l’office étaient déjà placés à la BDL, CPA et CNMA depuis 1997, avant que le directeur général, Khireddine El Amine, décide de transférer le premier montant de 420 millions de dinars à El Khalifa Bank d’Oran, pour atteindre à la fin un montant de 1 milliard de dinars, pour un taux de 12% d’intérêt. Le deuxième dépôt de 600 millions de dinars a été effectué 3 mois plus tard et les conventions ont été signées avec Guers Hakim, le directeur de l’agence d’Oran. « J’étais d’accord avec le transfert parce que le taux accordé par la CNM était de 9,25%. Le CA avait adopté une résolution, en 1997, pour le placement des excédents de la trésorerie dans les banques. Le ministère de l’Habitat a de tout temps été informé, puisqu’il recevait les états détaillés du budget, y compris les noms des banques domiciliatrices », explique l’accusé. Il note que l’idée du placement est venue après la visite de Tahar Kechad, Ighil Meziane et une autre personne dont il ne se rappelle pas, représentant El Khalifa Bank. « Ighil Meziane m’a été présenté comme un cadre qui fait la promotion du groupe. » La présidente : « Est-ce qu’il est intervenu dans les négociations ? » L’accusé : « Comme tout le monde. » L’accusé révèle que le montant global placé par l’OPGI d’Oran était de 1 milliard de dinars, précisant que c’est Kechad qui a proposé le taux de 12% d’intérêt. « Les intérêts sont mis à notre disposition, mais le montant reste bloqué jusqu’à échéance. » La présidente : « Moi, j’ai des écritures comptables qui disent que la banque vous a viré plusieurs sommes dont 2,5 millions de dinars. » L’accusé : « Moi-même j’ai été surpris d’entendre cela par la bouche du juge d’instruction. Pour moi, cela n’engage que la banque. Nous avons effectué un premier placement de 420 millions de dinars, suivi d’un autre de 600 millions de dinars, puis 4,5 millions de dinars et enfin 5 millions de dinars. » Interrogé sur les avantages, il affirme n’avoir rien reçu. Le procureur général lui demande au cas où la banque décide d’augmenter le taux d’intérêts, la différence où est-elle versée ? L’accusé : « Normalement cela relève du contenu de la convention. Mais ce cas ne s’est pas posé pour nous. » Il déclare que l’OPGI d’Oran, à travers son DG, a signé cinq conventions en 2001 et cinq autres en 2002, une partie avec Guers Hakim et une autre avec son remplaçant, Benrabah Moussa. L’accusé n’arrive pas à donner une explication sur la dernière convention de juillet 2002, signée pour une année, alors que les autres sont pour trois mois seulement. Pour ce qui est de la récupération des DAT, il affirme n’avoir pas pu retirer le milliard de dinars perdu. Me Meziane l’interroge sur les montants de 5 millions de dinars, 2,5 millions de dinars et 4 millions de dinars, versés comme commission dans les sous-comptes des DAT de l’office, et l’accusé nie avoir reçu ces montants ou avoir pris connaissance de leur existence. La présidente appelle à la barre l’ancien DG de l’OPGI d’Oran, Kheireddine El Oualid, actuellement directeur général de l’Agence de l’amélioration et du développement du logement (AADL). L’accusé commence par déclarer avoir géré avant Oran, l’OPGI de Msila, Aïn Témouchent, et DG de l’OPGI de Constantine, d’où il a été promu pour prendre les rênes, en 2004, de l’AADL. Trois mois après son installation à Oran, des représentants de Khalifa sont venus lui rendre visite, comme cela a été le cas lorsqu’il était à Aïn Témouchent, mais sans que cette rencontre ne se concrétise par des placements. Ces trois personnes, dit-il, sont Ighil Meziane, Belaïd Kechad et la troisième reste pour lui inconnue. Elles se sont présentées comme cadres du groupe Khalifa, et à ce titre, elles lui ont fait des propositions commerciales, notamment des taux d’intérêts de 12% pour les DAT. Une occasion, selon lui, pour fructifier les avoirs de l’office, du fait que la CNMA lui accordait un taux de 9,50%. « Il faut revenir au contexte de 2001 pour pouvoir comprendre cette décision », ne cesse-t-il répéter. La présidente l’interroge sur la présence de Ighil Meziane. Il déclare l’avoir déjà reçu à Aïn Témouchent lorsqu’il est venu, avec Kechad, beaucoup plus en accompagnateur. Mais, précise-t-il, il ne pouvait concrétiser avec eux les placements parce qu’il était occupé par le relogement des sinistrés. A propos du CA, il déclare qu’il a approuvé la résolution portant sur le budget qui fait état de ces placements, tout comme la tutelle qui était, selon lui, informée de tous les détails de ce budget. « La première convention, je l’ai signée le 26 février 2001 et porte sur un montant de 42 millions pour une durée de trois mois. Il y a eu en tout quatre ou cinq opérations pour un montant total de 1 milliard de dinars. Nous avons retiré les intérêts mais perdu le capital de 1 milliard de dinars », explique l’accusé. Lui aussi dément avoir été mis au courant du sous-compte où étaient versées les commissions. « Pour moi, ce sont des écritures comptables internes à la banque. » La présidente l’interroge sur les dépôts qu’il a effectués à Constantine, dès son installation en mars 2002. Il déclare avoir appris de son prédécesseur, Ahmed Benchefra, que des dépôts, 1,42 milliards de dinars, étaient déjà effectués. « J’ai trouvé, en juin, un compte courant avec 200 millions de dinars qui dormaient. Je les ai placés en DAT, en juin 2002. » Sur la question du sous-compte, il déclare que ce dernier n’existait pas à Constantine, mais uniquement à Oran. L’accusé reconnaît avoir exigé en tant que DG de l’office, des avantages comme cela est de notoriété avec les autres clients de la banque, notamment pour les réductions sur les billets de Airways. Cette demande officielle a été transmise à Belaïd Kechad. Ce dernier lui a ramené quelques jours plus tard, une carte de gratuité de voyage. La présidente lui demande si d’autres cadres de l’office ont bénéficié de ce privilège. L’accusé affirme qu’ils sont plusieurs sans pour autant pouvoir citer un seul nom, en dépit de l’insistance de la magistrate. Elle lui fait remarquer que la carte lui a été délivrée à titre personnel en remerciement pour les dépôts. « Avez-vous besoin d’une carte de gratuité pour voyager lorsque vous êtes en mission et donc pris en charge par l’office ? » L’accusé : « Mon seul souci était d’économiser l’argent pour mon organisme. D’ailleurs je l’ai utilisée que trois fois pour Alger-Constantine, dans le cadre du travail. » Il reconnaît qu’il était le seul à avoir bénéficié de la gratuité, et le reste de ses cadres ont, pour leur part, eu une réduction des prix des billets de Airways Kkalifa. A une question du procureur général relative aux pertes de l’office de Constantine, il révèle : « 1,67 milliard de dinars », soit la facture de la réalisation de 1500 logements. La présidente appelle Ighil Meziane et lui demande qui était la troisième personne dans la délégation qui a rendu visite à Kheireddine El Oualid. « C’est Harma Kamel, un joueur de l’USMBlida. »

Aïn Témouchent perd 160 millions de dinars

Directeur général de l’OPGI de Aïn Témouchent, Miloudi Benyoucef affirme avoir reçu Guers Hakim dans son bureau qui lui a proposé un taux de placement de 10,5%. L’office a perdu 160 millions de dinars. Il avait un DAT de 250 millions de dinars au CPA, à un taux de 7%. Il négocie et arrive à un accord le 25 avril 2001 qui porte sur un placement à l’agence d’Oran d’un montant de 100 millions de dinars et une année après, le taux a été revu à 11%. Lui aussi affirme que la tutelle était informée par les états de budget qu’elle recevait mensuellement et qui faisaient référence aux placement à El Khalifa Bank. A propos de la commission, il nie catégoriquement avoir perçu une quelconque somme. Pour lui, il s’agit d’écritures internes à la banque. « J’ai renouvelé le DAT une seule fois. J’ai demandé le remboursement anticipé, mais je n’ai pas pu l’avoir. J’ai alors replacé le montant avec les intérêts avec un autre montant de 5 millions de dinars », dit-il avant d’être apostrophé par la présidente. « Le 1% des 5 millions de dinars représente 500 000 DA. N’est-ce pas une commission ? » L’accusé : « Jamais. » Il reconnaît avoir été avant à l’OPGI de Mostaganem, en 2000, quand trois représentants de Khalifa, dont Ighil Meziane et Kechad, sont venus lui rendre visite pour lui proposer les taux d’intérêt avantageux. Mais vers la fin 2000, il a rejoint Aïn Témouchent pour remplacer Kheireddine, sans que ce dernier ne lui fasse état des placements qu’il a effectués. La deuxième convention porte sur 50 millions de dinars, ce qui fait dire au procureur général que les 500 000 DA versés 9 jours plus tard dans le sous-compte du DAT correspondent au 1% de commission. Ce que l’accusé conteste totalement. Il affirme avoir été muté à l’OPGI de Boumerdès, qui a perdu 950 millions de dinars. « C’était avant que je n’arrive à ce poste. Je suis constitué en tant que partie civile dans ce dossier. » Le procureur général lui demande que représentent les personnes qui portent les mêmes noms que lui et qui ont été bénéficiaires de billets de voyages. L’accusé : « Ce sont des homonymes. »

Crédits ou commissions ?

La présidente appelle à la barre Ahmed Bencheffra, directeur général de l’OPGI de Constantine en 2000. L’accusé a exercé en tant que DG intérimaire avant d’être confirmé dans son poste. Il a remplacé son prédécesseur Omar Moualhi, qui avait opéré les premiers placements à l’agence de Chéraga. Le 4 février 2002, il reçoit quatre personnes représentantes de Khalifa, Belaïd Kechad, alors directeur de l’agence du St Georges, Mir Omar, directeur de l’agence Chéraga, le chef d’agence de Constantine et une quatrième qu’ il ne se rappelle pas. La délégation lui propose un renouvellement du placement à des taux avantageux. Il demande un taux de 14% et Kechad l’appelle après pour lui fixer un taux de 13,5%. La convention porte sur un montant de 1,42 milliard de dinars et a été signée le 17 février 2002. A cette occasion, le directeur général en profite pour demander aux responsables de Khalifa, si la banque octroie des crédits immobiliers pour finaliser le financement de l’acquisition d’un terrain sur plan, pour lequel il a déjà avancé 20% sur le 1 million de dinars auprès de l’AADL. Il fait une demande officielle, accompagnée d’un extrait de naissance et d’une fiche de paie. Quelques jours plus tard, Kechad l’appelle pour lui demander de venir à Alger récupérer le prêt. Il était dans l’impossibilité de se déplacer. « Le jour où il est venu pour la signature de la convention pour le placement, soit le 17 février 2002, Kechad me ramène la convention de placement autour de laquelle les discussions ont tardé au point où la personne dont je ne me rappelle pas a retardé le vol Constantine-Alger de 45 minutes. A la fin, Kechad m’a remis à signer la convention de prêt avec un carton contenant 5 millions de dinars. J’ai été tellement surpris. » La présidente : « L’avez-vous chassé de votre bureau ? » L’accusé : « Non. » Je lui ai demandé si cette opération était légale. Il a fini par me convaincre et je les ai pris en lui demandant de m’établir un échéancier de remboursement. Il m’a dit après. Il m’a fait signer une convention portant sur le montant du crédit remboursé sur 28 ans, à raison de 14 000 DA par mois. Les intérêts devaient être fixés dans l’échéancier. La présidente : « En tant que juriste, trouvez-vous normal qu’il n’y ait pas d’intérêts, que le montant vous soit ramené dans un carton à votre bureau et en plus sans garantie ? » L’accusé : « J’attendais l’échéancier de remboursement. Pour moi, c’était un prêt. Je ne m’attendais pas qu’il me ramène l’argent. » La juge appelle Kechad et ce dernier confirme la signature de la convention du prêt, mais nie avoir remis à Benchefra le montant de 5 millions de dinars. La présidente tire la convention, une feuille volante sans date, portant le montant, le nom du bénéficiaire, sans aucune adresse. « Pour un cadre qui a fait une spécialité de management bancaire à Paris, est-ce cela une convention ? » L’accusé se tait. La présidente sort de ses gonds et s’en prend à Kechad qui s’entête à nier avoir remis les 5 millions de dinars à Benchefra qui, selon elle, n’avait pas besoin de s’enfoncer en avouant avoir reçu de l’argent. Elle lui fait savoir qu’il a caché au tribunal l’information selon laquelle il possédait la société d’équipements sportifs, Le Coq Sportif, alors qu’il était président de l’équipe de football de Bouira. L’accusé : « Non, c’est la société Le Canari sportif », déclare- t-il avant de rejoindre le box des accusés, très touché. Mir Omar, pour sa part, déclare que Benchefra a demandé deux crédits et dément que la quatrième personne avait bloqué l’avion. Il affirme que le directeur de l’OPGI de Constantine n’était pas présent, parce qu’il était décédé d’un cancer. Benchefra précise qu’il ne savait pas qu’il était mort, mais que la personne venue avec Kechad lui a été présentée en tant que directeur de l’OPGI de Constantine. Il révèle que Moualhi Omar a placé 600 millions de dinars à Chéraga qui arrivaient à terme la veille de la visite des responsables d’El Khalifa Bank à son bureau. La présidente appelle Bousabain Rabah, directeur général de l’EPLF de Blida. Lui aussi affirme avoir reçu la visite d’une délégation de Khalifa, parmi laquelle se trouvait Kechad, vers la fin de 1999, pour faire des propositions de taux d’intérêt pour les placements de 10%. Après réflexion, il accepte et le 16 décembre 1999, il place un montant de 20 millions de dinars pour un taux de 10% et une échéance de 3 mois. Cette convention a été suivie par 16 opérations jusqu’en 2003 pour atteindre un montant de 118 millions de dinars. Il n’a pu récupérer que 46 millions de dinars. Il affirme avoir profité de l’occasion pour demander si la banque accordait des crédits immobiliers afin de payer un prêt qu’il avait contracté auprès du CPA. La banque accepte de lui donner un chèque de 873 000 de dinars en avril 2000. Le montant du rachat du prêt, selon lui. La présidente exhibe la convention, raturée et comportant des corrections au stylo du taux d’intérêt revu de 3 à 2% et de la durée de grâce de 2 à 3 ans. Il déclare qu’il a apporté des corrections parce qu’il ne s’est pas entendu sur le contenu et que le chèque était déjà encaissé. Il affirme que 21 membres du personnel ont bénéficié de crédits allant de 300 000 à 1,86 million de dinars. L’accusé estime avoir eu la présence d’esprit de ne retirer que 46 millions de dinars, reconnaissant néanmoins n’avoir informé le liquidateur du prêt que le 15 décembre 2005. Me Meziane lui demande s’il s’agit d’une convention de prêt ou de placement, l’accusé répond : « Prêt. » L’avocat lit la convention qui elle porte sur un placement. La présidente appelle Benahmed Abdelhamid, directeur général de la société publique TPL d’Oran. L’accusé affirme avoir déposé 294 millions de dinars qu’il a récupérés lorsqu’il a eu vent du gel des opérations extérieures. Il a reconnu avoir bénéficié de quatre billets d’avion qui, selon lui, entrent dans le cadre du programme de fidélité de Khalifa Airways. Il dément avoir perçu des commissions versées à son compte ni d’une carte de gratuité de voyages. Le procès reprend aujourd’hui avec l’audition d’autres responsables d’OPGI, de Ali Aoun, PDG de Saidal, et de Tchoulak, secrétaire général de la Fédération des P et T, dépendant de l’UGTA. Au moment où nous mettons sous presse, nous apprenons que Abdelmadjid Tebboune a été inculpé, hier, par la Cour suprême.

Salima Tlemçani