Le notaire s’explique sur les circonstances de la naissance d’El Khalifa Bank

Le premier inculpé auditionné hier

Le notaire s’explique sur les circonstances de la naissance d’El Khalifa Bank

Par Faouzia Ababsa, LaTribune, 9 Décembre 2006

Contrairement à toutes les supputations, le procès de la caisse principale d’El Khalifa Bank n’a pas été reporté. Au contraire, tout est fait pour qu’aucun prétexte ne soit avancé, par la défense des prévenus, pour l’ajournement. Qu’il s’agisse de la commission des avocats d’office pour les inculpés qui n’en ont pas, de la convocation des personnes et/ou personnalités non citées dans l’ordonnance du juge ou dans l’arrêt de renvoi, dont le témoignage s’avère capital pour la manifestation de la vérité, de la souplesse dans le déroulement du procès, la présidente de l’audience, Mme Brahimi, réputée pour être une excellente pénaliste, a quelque part accédé à toutes les demandes. Tout ce qu’elle voulait, c’était que le procès se déroule dans la sérénité absolue. Mieux encore. Pour éviter que le traitement de l’affaire de la caisse principale ne se fasse sous la pression, elle a informé le ministère public et les avocats de la défense que le travail se fera selon les heures de bureau. En plus clair, les audiences débuteront à 9h30 avec une pause à 13h30. Elles reprendront à 14h30 pour se terminer à 17h30. Avec, bien entendu, une marge de manœuvre lorsqu’il s’agit d’auditions en cours ou de plaidoiries qui ne pourront être suspendues. Sur le plan médiatique, il faut signaler que les responsables de la cour, notamment le procureur général adjoint, n’a pas tari de déclarations devant les caméras de télévision et des agences de presse, y compris étrangères. La matinée d’hier a été consacrée à l’appel des prévenus détenus qui ont été placés dans le box des accusés, libres de tout lien comme le prévoit le code de procédure pénale, mais aussi des inculpés comparaissant librement, les témoins et les parties civiles.
Parmi les inculpés en liberté provisoire, beaucoup n’ont pas répondu à l’appel, dont trois membres de la famille Keramane, en l’occurrence Abdelouahab (ex-gouverneur de la Banque d’Algérie), son frère Abdenour (ex-DG de Sonelgaz et ancien ministre de l’Industrie), ainsi que sa fille, Yasmine. Les frères Keramane risquent d’ailleurs de voir délivrer contre eux un mandat d’arrêt national (ou international s’ils se trouvent réellement à l’étranger comme ils l’affirment), en ce sens qu’ils ont décidé de ne pas se présenter, estimant, dans une lettre transmise aux rédactions, qu’il s’agit d’une parodie de justice. La présidente de l’audience a d’ailleurs déclaré qu’ils avaient «toute la journée d’aujourd’hui [d’hier, ndlr] pour se présenter». Partant du principe que tout prévenu se devait d’être constamment à la disposition du tribunal à partir de l’ouverture du procès. D’ailleurs, d’autres prévenus qui ont répondu à l’appel n’ont pas jugé utile de demeurer à disposition puisque, dès la suspension de l’audience, ils se sont «évaporés». Alors qu’ils pouvaient à n’importe quel moment de la reprise être appelés à la barre. Des absents figuraient hier parmi les témoins. Il s’agit, entre autres, de l’ancien ministre des Finances, Mohamed Terbeche, Bouguerra Soltani, ex-ministre du Travail. Au sujet de ce dernier, la présidente a été particulièrement ferme. Elle se retourne vers le parquet en lançant : «Le tribunal exige sa convocation et sa mise à la disposition de la justice.» Le secrétaire général de l’UGTA était également absent à l’appel. Mme Brahimi dira : «Il viendra lui aussi.» Abdelmadjid Sidi Saïd que nous avons contacté hier nous a indiqué qu’il n’était nullement dans son intention de ne pas répondre à la justice, ne serait-ce qu’en raison du respect qu’il lui voue. Toutefois, il explique son absence par les engagements qu’il avait pris auparavant. «Je me présenterai et je me mettrai à la disposition du tribunal, ce d’autant que je n’ai absolument rien à me reprocher.»
Lorsque la présidente de l’audience avait commencé à appeler les noms des personnes concernées par le procès, notamment les P-DG d’entreprises publiques (patron de Saïdal, de l’AADL, etc.), des responsables d’offices de promotion et de gestion immobilière, des caisses de sécurité sociale (ex-DG de la CNAS, des mutuelles, d’institutions de recherches, de clubs sportifs, les citoyens présents dans la salle ont eu cette remarque : «Mais c’est toute l’Algérie qui est citée !? Moumene a réussi à se mettre tout le monde dans la poche !» A la reprise de l’audience en début d’après-midi, la présidente a procédé à la constitution du tribunal criminel. S’ensuivit la lecture d’une partie de l’arrêt de renvoi et enfin l’audition du premier prévenu. En l’occurrence le notaire Rahal Omar (détenu) qui a élaboré les documents donnant naissance à El Khalifa Bank en 1998. La présidente le questionnera sur l’identité des personnes qui l’ont sollicité pour l’établissement de l’acte de fondation et autres documents. Ce à quoi il répondra que ce sont Abdeloumene Khalifa et Klimi Djamel, notaire puis P-DG d’une entreprise d’importation de médicaments, Isiir Mourad, directeur de l’agence BDL de Staouéli. Le procès semble bien parti, même si certains, dont des avocats estiment que tout cela relevait «d’un cirque» ou d’un simulacre de procès et que les dés sont d’ores et déjà jetés, surtout que «les bonnes personnes» ne sont pas inquiétées ni contraintes à comparaître. «Il est établi clairement que ce procès est politique sinon comment expliquer la rapidité avec laquelle la Cour suprême a rejeté l’ensemble des recours avant même que la totalité des mémoires ne soient déposés par les avocats alors que le délai n’avait pas expiré», nous dira un défenseur non sans nous préciser que l’ensemble du collectif est revenu sur le boycott estimant que cela ne servait pas les inculpés, ce d’autant que le procès pourrait être reporté en leur absence sans avoir la possibilité de demander la mainlevée pour les inculpés détenus contre lesquels une prise de corps a été opérée. Cela étant, nous ne «manquerons pas de saisir le premier magistrat du pays pour lui faire part des irrégularités qui ont entaché la procédure au niveau de la Cour suprême». Le procès se poursuit aujourd’hui et risque de durer plusieurs jours ou semaines, compte tenu du nombre de prévenus, témoins et membres de la partie civile.

F. A.