Benyoucef Mellouk : « Abdelmoumen Khalifa est victime de la mafia politico-financière »

Benyoucef Mellouk : « Abdelmoumen Khalifa est victime de la mafia politico-financière »

El Watan, 23 juin 2015

Benyoucef Mellouk, ancien directeur au ministère de la Justice, est connu surtout pour avoir fait éclaté le scandale des « magistrats faussaires » et des « faux moudjahidines » Il estime que le verdict de l’affaire Khalifa Bank est synonyme de honte et de lâcheté parce que les vrais coupables ne se sont jamais présentés à la barre ! Entretien.

Le procès de l’affaire Khalifa Bank est terminé et le verdict vient d’être prononcé. Que diriez-vous ?

Je dirai tout simplement que le procès, en lui-même, et le verdict final ont démontré au peuple algérien, et même à l’opinion internationale, l’état de la Justice algérienne. Une Justice injuste gangrénée par les magistrats faussaires et où la loi n’est surtout pas au dessus de tous ! Pour moi, la peine prononcée contre Abdelmoumen Khalifa ne devient crédible et valable que lorsque toutes les hautes personnalités du pays, impliquées dans cette affaire, soient appelées à la barre comme de simples citoyens. Malheureusement, ce n’était pas le cas. Voilà une preuve que notre appareil judiciaire cautionne la hogra, la corruption et l’injustice et dont le seul souci et de servir le système.

Donc, selon vous, l’ex golden boy est une victime du système ?

Absolument. Abdelmoumen Khalifa a été poussé, à travers une machination bien orchestrée, à détourner de l’argent public. Ils lui ont créé toute une ambiance, voire une aubaine. Comme on dit chez nous, Abdelmoumen est comme ce mouton de l’Aïd qu’on a sacrifié. Notre pouvoir, composé de traitres, voulait salir l’image de son père qui était un grand révolutionnaire durant la guerre de Libération nationale. C’est une affaire politique opposant le système actuel au père de l’ex golden boy et non pas une manière de prouver que la Justice algérienne fonctionne comme il se doit. D’ailleurs, Abdelmoumen a déclaré, il y a quelques années à une chaîne de TV internationale, qu’il est victime du système politique algérien. Malheureusement, il n’est pas allé loin, dans ses déclarations, lors de son jugement au tribunal criminel de Blida. Peut-être qu’il avait reçu des garanties quelques part, genre relaxe ou des peines minimes…Bref, une chose est sûre, la mafia politico-financière a bien tiré profit de cette affaire alors qu’elle n’est jamais inquiétée. De hauts responsables du pays ont provoqué des crimes financiers plus graves que ceux commis par Abdelmoumen, d’autres ont été derrière des crimes humanitaires mais n’ont jamais eu affaire à la justice.

Qu’en est-il des magistrats, sont-ils complices ?

Et comment ! Du moment que l’affaire n’était pas claire, dès le début, et que de hautes personnalités ont été bien protégées par le système alors qu’elles sont impliquées dans l’affaire en question, les magistrats devaient, tout simplement, refuser de juger cette affaire tant que la loi n’est pas au dessus de tous. C’est une question de conscience avant tout. Ils devaient s’unir, à travers leur syndicat, et appeler au boycott jusqu’à ce que tous les impliqués, de près ou de loin, dans cette affaire soient face à la barre et s’assurer que tous les citoyens accusés arrivent à êtres égaux devant le tribunal. Mais comme vous le savez, nos magistrats appliquent, à la lettre, les directives du pouvoir au lieu d’être fidèle au serment qu’ils ont prononcé au début de leur carrière. Il est aussi regrettable de voir ceux qui prétendent défendre les droits de l’Homme défendre réellement le système.

Mis à part l’affaire Khalifa, l’Algérie a-t-elle connu d’autres scandales financiers de cette envergure ?

Depuis les années 1970, soit du temps de feu Boumediène, l’Algérie assiste à de graves détournements de deniers publics, mais ils ont été vite étouffés. On peut citer les scandales de l’OFLA, SONATIBA, ONCV…Je me rappelle aussi que des sommes faramineuses ont été détournées lors de la réalisation du stade olympique du 5 juillet. Il serait une centaine de dossiers, liés aux scandales financiers, qui dorment dans les tiroirs parce qu’ils sont protégés par le pouvoir actuel. Peut-être qu’ils ont été détruits pour éradiquer toute traçabilité pouvant réveiller un jour ces scandales. Maintenant, c’est au peuple de se réveiller et demander des comptes, sinon la mafia politico financière restera à jamais.

Mohamed Benzerga