Dembri: “Il faut exécuter le mandat d’amener de Khalifa”

Mohamed-Salah Dembri, ambassadeur d’Algérie à Londres, à Liberté

“Il faut exécuter le mandat d’amener de Khalifa”

Salim Tamani, Liberté, 19 juillet 2006

Suite à la visite officielle du président de la République en Grande-Bretagne, Mohamed-Salah Dembri, l’ambassadeur d’Algérie à Londres, développe l’état et les perspectives de la coopération algéro-britannique, notamment dans les domaines financier, énergétique et judiciaire.

Liberté : Quelle évaluation faites-vous de la visite du président de la République en Grande-Bretagne ?
Mohamed-Salah Dembri : Il convient d’abord de remarquer que le président Bouteflika est le premier chef d’État algérien depuis l’Indépendance à être invité à effectuer une visite officielle en Grande-Bretagne. Cela résulte incontestablement de l’appréciation nouvelle que les Britanniques portent sur les refondations effectuées en Algérie depuis la fin des années 90 au plan des politiques extérieure et intérieure.
Les évolutions internes de notre pays, avec ses avancées électorales dans un contexte de multipartisme, l’amélioration de la situation sécuritaire, les fortes avancées de la démocratie participative, le rétablissement de l’autorité de l’État, la politique de réconciliation nationale, l’assainissement des finances publiques, ont révélé une Algérie nouvelle, ambitieuse et à même de s’inscrire dans une relation sereine avec son environnement extérieur. Cette nouvelle Algérie stimule, de surcroît, les relations euroméditerranéennes et les relations croisées du monde européen, voire occidental, avec l’Afrique et le monde arabe dont elle est partie intégrante. À ce titre, le président Bouteflika est, ne l’oublions pas, un des concepteurs du Nepad et le promoteur, depuis sa présidence du Sommet de la Ligue arabe, d’une démarche unitaire arabe rationnelle et pragmatique pour faire face aux mutations géopolitiques et géostratégiques qui imprègnent désormais les relations internationales. Ces situations nouvelles ont réintroduit, par touches, l’idée de l’incontournabilité de l’Algérie au regard du monde extérieur.
Si vous ajoutez à cela les différentes consultations et les rencontres multiples déjà engagées entre le président Bouteflika et le Premier Ministre Tony Blair, en maintes occasions multilatérales (la dernière en date à l’occasion du Sommet du G8 à Gleneagles), vous comprendrez sur quels fondements s’est inscrite cette visite officielle du Président, les 11 et 12 juillet 2006.
Par-delà le dialogue politique, cette visite souligne aussi la nouvelle dynamique induite par le redressement économique de notre pays, notamment en matière financière et le champ ainsi ouvert aux relations économiques et d’affaires. Plusieurs entreprises britanniques ont décidé d’investir dans les secteurs hors hydrocarbures, dans l’industrie pharmaceutique (Glaxosmithkline), dans l’industrie chimique (Unilever), dans l’environnement (Biwater).
La coopération est appelée aussi à se développer dans le secteur des finances avec l’installation de HSBC, l’une des premières banques mondiales, et de l’UIB (United Insurance Brokers) dans le domaine des assurances.
Cette diversification de la coopération au-delà de la sphère énergétique est en elle-même prometteuse dans le développement d’un nouveau type de partenariat. L’établissement d’un cadre conventionnel par la signature de plusieurs accords de coopération et la création d’un comité chargé d’impulser les relations bilatérales entre les deux pays sont des indicateurs concrets de la volonté des deux États d’inscrire ces relations de coopération dans la durée et dans le respect des intérêts réciproques des deux pays.
Les relations algéro-britanniques se sont ainsi élargies à la coopération judiciaire. La signature prochaine d’accords et de conventions dans le domaine des investissements, de la non-double imposition et dans le domaine de la coopération culturelle constituera ainsi le socle d’une relation rénovée dont les dimensions politique, économique, humaine et culturelle sont associées dans une perspective à long terme.

Maintenant que les accords d’extradition sont signés, quels sont les cas urgents sur lesquels insistera l’Algérie ?
Il n’y a pas de demande spécifique de l’Algérie en matière d’extradition. En effet, dans le prolongement des dispositions de la loi sur la concorde civile approuvée par le peuple algérien en septembre 1999, une cinquantaine de ressortissants algériens, poursuivis ou condamnés par la justice algérienne pour des faits en relation avec le terrorisme, se sont rendus aux autorités algériennes et ont bénéficié des dispositions de cette loi. L’approbation de la Charte pour la paix et la réconciliation nationale a permis également à une vingtaine d’Algériens de se rapprocher des autorités diplomatiques et consulaires algériennes en vue de régulariser leur situation.
17 ressortissants algériens ont été arrêtés au Royaume-Uni en 2002 et 2003 pour des présomptions d’activité pouvant constituer des menaces pour la sécurité nationale. Sur ces 17 personnes une seule avait fait l’objet d’un mandat d’arrêt international émis par la justice en Algérie. Parmi ce groupe, 7 sont depuis retournées volontairement en Algérie et les autres ont préféré demeurer, une fois libérées, au Royaume-Uni.

La procédure d’extradition de Abdelmoumen Khalifa sera-t-elle longue ?
M. Khalifa fait l’objet d’un mandat d’arrêt international pour des délits criminels. Il ne s’agit pas à proprement parler d’une demande d’extradition, mais de l’exécution d’un mandat d’amener. Les deux ministères de la Justice sont en contact pour trouver le meilleur “modus operandi”.

Sur le plan économique, quel sera l’apport de la HSBC dans la réforme du système financier algérien ?
HSBC est l’une des premières banques mondiales : son apport à la réforme du système financier sera important, car il permettra la mise en place d’un schéma d’ensemble des relations interbancaires et des flux d’échange, de mécanismes et de techniques modernes pour les opérations de paiement et de financement.
La problématique de l’efficacité constitue, par ailleurs, un aspect majeur dans la modernisation et la réforme du système bancaire et de façon plus large du système financier. C’est essentiellement dans la rationalisation des techniques d’intervention bancaire, les méthodes de gestion des portefeuilles et l’intervention dans le domaine du financement des investissements ou des activités commerciales que son expérience sera utile pour la consolidation du système financier.

L’Algérie augmentera-t-elle son approvisionnement en gaz pour la Grande-Bretagne ?
Selon les projections des experts des milieux énergétiques, la demande en gaz du Royaume-Uni devrait augmenter d’au moins 15% dans les dix prochaines années, et le Royaume-Uni devrait importer 50% de ces approvisionnements à l’horizon 2010.
À cette date, l’Algérie devrait fournir 12% de ces approvisionnements. En ce sens, Sonatrach, en partenariat avec British Petroleum, a signé un contrat d’une durée de 20 ans pour un montant de 16 milliards de US pour accroître les capacités de réception et de stockage du terminal de l’île de Grain ; ce terminal a été inauguré en 2005. Sa capacité va être développée pour permettre la livraison de 7,2 millions de tonnes de GNL à partir de 2008.
Actuellement, les installations de stockage peuvent recevoir 3,3 millions de tonnes de GNL par an. L’expansion du terminal pourrait permettre la livraison de 10,5 millions de tonnes de GNL à plus long terme.
Aussi est-il prévu la construction de trois nouveaux réservoirs de stockage de GNL d’une capacité totale de 770 000 mètres cubes.

S. T.