Khalifa Airwaya-France: Quelques heures avant la liquidation judiciaire

KHALIFA AIRWAYS-FRANCE

Quelques heures avant la liquidation judiciaire

Lounès Guemache, Le Quotidien d’Oran, 9 juillet 2003

Pour éviter la liquidation judiciaire de leur société, les dirigeants de Khalifa Airways-France ont jusqu’à jeudi midi pour réunir la somme de cinq millions d’euros. Les 170 salariés de la compagnie demeurent sceptiques. La filiale française de Khalifa Airways sera-t-elle liquidée?

Hier, les dirigeants de la compagnie en France se sont offerts un ultime sursis. Ils ont promis au président du Tribunal de commerce de Nanterre, où l’affaire a été examinée, d’apporter un chèque de cinq millions d’euros sous 48 heures.

Cette somme sera consacrée à la régularisation de la situation de la filiale française de Khalifa Airways, qui fait face à une situation financière critique depuis maintenant plusieurs mois: retard dans le payement des salaires des 170 employés et versement des différentes cotisations sociales. Le président du Tribunal, qui s’est dit soucieux de ne pas liquider une entreprise dont les dirigeants ont promis de régulariser la situation, s’est toutefois montré ferme face aux dirigeants de la compagnie: si jeudi à midi, la somme exigée n’est pas disponible, il ordonnera la liquidation judiciaire de la compagnie aérienne.

Hier, en apprenant la décision du juge, la trentaine de salariés de la compagnie, qui s’étaient regroupés devant le tribunal de Nanterre, se sont montrés sceptiques sur les capacités de la direction à réunir la somme exigée en si peu de temps. «C’est du bluff. Comment peuvent-ils faire pour réunir cinq millions d’euros en 48 heures, alors que les comptes bancaires du groupe Khalifa sont bloqués en Algérie, en France et en Grande-Bretagne ? Et puis, s’ils avaient la possibilité d’avoir une somme pareille, pourquoi nous maintiennent-ils dans cette situation inacceptable ?», s’interroge une salariée de Khalifa Airways.

Pour la majorité des employés, cette démarche de la direction est incompréhensible. En effet, devant le juge, le directeur pour la France de Khalifa Airways, Amine Chachoua, a plaidé pour le maintien de l’activité de la compagnie. Selon lui, la mise en place d’un plan social dans les prochains jours, avec la suppression de 140 emplois, devrait permettre aux avions de Khalifa Airways de revoler dans… une semaine. «Comment peut-on dire ça ? poursuit la salariée. En Algérie, Khalifa Airways n’existe presque plus. Tous les pilotes ont déjà trouvé du travail ailleurs et la majorité des salariés a reçu une lettre de licenciement. Et depuis la fermeture de Khalifa Bank par les autorités, le groupe n’a plus les moyens de financer ses autres filiales». Dans ce contexte, les salariés de la filiale française soupçonnent Abdelmoumen Khalifa d’être à l’origine de cette nouvelle manoeuvre. Selon eux, il chercherait ainsi à gagner du temps. A plusieurs reprises, en effet, le patron de Khalifa avait laissé entendre, dans des messages aux salariés de la filiale française de Khalifa Airways, que les difficultés auxquelles fait face son groupe sont dues à un différend entre lui et le président Bouteflika. Et qu’il suffirait de patienter jusqu’à la prochaine présidentielle de 2004 et l’échec de Bouteflika pour que «les choses rentrent dans l’ordre !». Un discours qui n’a pas convaincu les 170 salariés de Khalifa Airways-France. Sans salaire depuis plus deux mois, ils semblent décidés à se battre jusqu’au bout.