Rafik Khalifa dément être sous le coup d’un mandat d’arrêt

Rafik Khalifa dément être sous le coup d’un mandat d’arrêt

Le Monde, 2 mars 2003

Dans un communiqué publié vendredi 28 février, le groupe « dément catégoriquement » l’existence d’un mandat d’arrêt lancé contre Rafik Khalifa. Samedi 1er mars, le journal « El Watan » annonce qu’une convocation signée par un juge d’instruction a été adressée à M. Khalifa.
Au lendemain de l’annonce par Le Monde que trois des proches collaborateurs de Rafik Khalifa avaient été appréhendés lundi 24 février à l’aéroport d’Alger et que le président du groupe faisait l’objet d’un mandat d’arrêt délivré par la justice algérienne, le groupe Khalifa a contesté ces informations. Dans un communiqué publié vendredi 28 février, le groupe « dément catégoriquement » l’existence d’un mandat d’arrêt lancé contre Rafik Khalifa et ajoute « avoir décidé d’assigner le quotidien [« Le Monde »] devant le tribunal de grande instance de Paris ». Samedi 1er mars, le journal El Watan annonce qu’une convocation signée par un juge d’instruction a été adressée à M. Khalifa.

Le groupe réfute également l’information selon laquelle un agent de sécurité a été mortellement blessé, la semaine dernière, à Cheraga, un quartier d’Alger, à la suite de promesses d’embauche massives (10 000 emplois annoncés), comme l’a rapporté la presse algérienne. Des milliers de postulants ont campé jour et nuit sur une longue artère de ce quartier où le groupe a installé le siège de ses directions et filiales dans plus d’une vingtaine de villas.

Munis de couvertures, se nourrissant sur place de sandwichs, chômeurs pour la plupart, ces postulants caressaient l’espoir de faire partie des heureux gagnants, en dépit d’informations annonçant la très mauvaise santé financière du groupe. Lorsque le guichet s’est refermé, des heurts ont éclaté, faisant des blessés, dont un grièvement (un jeune vigile, habitant Cheraga, selon nos sources).

En ce qui concerne l’arrestation, lundi soir, à l’aéroport d’Alger, de deux cadres dirigeants du groupe Khalifa, porteurs de 2 millions d’euros non déclarés – davantage, selon nos informations —, le communiqué dément que figure, parmi les personnes appréhendées puis placées sous mandat de dépôt, le secrétaire général du groupe. Yves Cresson, directeur du développement de Khalifa TV, a déclaré à l’Agence France-Presse que « cette histoire n’a rien à voir avec le groupe. Les actes reprochés à nos collaborateurs ne regardent qu’eux ».

D’après les informations recueillies par Le Monde, il s’agit pourtant de deux des plus proches collaborateurs et amis du jeune milliardaire, « des intimes », selon son entourage. C’est avec eux que Rafik Khalifa a bâti sa fortune, dans l’aviation, la banque et l’audiovisuel notamment. C’est avec eux que le président tente, ces derniers temps, de sauver son empire.

L’un, Guelimi Jamel, fait office, depuis le début de la success story de son patron et ami, de responsable du secteur financier du groupe. L’autre, Sami Kassa, de secrétaire général. La troisième personne sous les verrous est un agent de sécurité attaché au goupe Khalifa à l’aéroport d’Alger.

TRANSFERTS BANCAIRES BLOQUÉS

ll paraît difficilement crédible que ces trois hommes se soient contentés de procéder à de simples opérations de change au noir, comme le laisse entendre la version officielle de Khalifa. Les transferts de la banque du groupe sont en effet bloqués depuis plusieurs semaines. Un administrateur de la Banque d’Algérie pourrait être nommé prochainement. Un certain nombre d’organismes publics algériens et d’entreprises privées qui ont placé leur argent à la banque Khalifa se heurtent à des difficultés pour récupérer la totalité de leurs fonds.

Ces transferts illicites d’argent dans des valises embarquées dans des avions de Khalifa étaient une habitude, selon nos informations. Les collaborateurs du groupe utilisaient pour cela les vols dits « techniques » de la flotte Khalifa, surnommés les « vols de trafic » par les employés de l’aéroport d’Alger qui assistaient à ces décollages – en général de nuit – à destination de Paris, alors que les vols réguliers de la compagnie Khalifa ne sont pas autorisés à se poser en région parisienne.

D’après la presse algérienne, lorsque les trois cadres de Khalifa ont été arrêtés lundi soir, ils s’apprêtaient à embarquer dans le jet privé du dirigeant du groupe.

Florence Beaugé et Jean-Pierre Tuquoi à Alger