Abdenour Keramane arrêté puis relâché par la justice française

L’Affaire Khalifa revient sur le devant de la scène

Abdenour Keramane arrêté puis relâché par la justice française

El Watan, 26 mai 2007

L’affaire Khalifa se poursuit-elle en France ? Abdenour Keramane, ex-ministre de l’Industrie, a été interpellé mercredi par la justice française. Il a été relâché le lendemain (jeudi) du centre de rétention administrative de Vincennes à Paris, après y avoir passé la nuit.

Selon des informations diffusées sur le site internet Afrik.com, Abdenour Keramane aurait été déféré au tribunal administratif de Paris pour avoir fait une demande d’asile. Il a ainsi introduit un recours en référé non suspensif. A l’étranger, déjà bien avant l’ouverture du procès de la caisse principale d’El Khalifa Bank dans lequel il a été condamné par contumace à dix ans de réclusion, Abdenour Keramane a atterri en France avec un visa Schengen délivré par l’Italie pour déposer une demande d’asile. Mais juridiquement cela n’est, dit-on, pas possible. La raison ? Le règlement de Dublin II, mis en place pour la gestion des frontières des pays de l’Union européenne (UE), établit une règle selon laquelle le pays membre de l’UE responsable de la présence sur le sol communautaire d’un étranger voulant demander l’asile doit alors prendre en charge cette demande. Autrement dit, un Algérien qui passe par l’Italie pour entrer en Europe et qui vient en France pour y déposer une demande d’asile ne le pourra pas. Si lors de la procédure de demande en France, la préfecture ou l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) se rend compte que cette personne est passée par un autre pays, la France demandera à ce pays de reprendre le demandeur et de se charger de sa demande d’asile. Cela s’applique au cas Abdenour Keramane qui ne pourra de ce fait demander l’asile politique qu’auprès des autorités italiennes, le pays qui lui a délivré son visa Schengen. Suivant la réglementation, Abdenour Keramane devait être donc reconduit en Italie. Cela n’a pas été fait. Il a plutôt été libéré. Pourquoi ? A-t-il bénéficié d’un traitement « exceptionnel » du fait qu’il soit un ex-ministre ? Les raisons demeurent jusque-là inconnues. Son frère, Abdelwahab, gouverneur de la Banque centrale d’Algérie jusqu’en mai 2001 et qui a écopé de vingt ans de prison ferme, a déposé, lui aussi, une demande d’asile en France. Cette demande est actuellement prise en charge par l’OFPRA. Les deux frères Keramane se déclaraient « en clandestinité » depuis le début du procès d’El Khalifa Bank, le 8 janvier 2007 à Blida (40 km au sud d’Alger). Dans une lettre adressée à la presse le jour de l’ouverture du procès, ils se sont déclarés « être victimes » d’une machination politicienne et d’un complot qui les visaient. La raison : ils n’auraient pas fait allégeance au pouvoir politique. Les frères Keramane ont également expliqué leur refus de comparaître dans un procès où « les coupables sont désignés d’avance » ou encore de jouer « le rôle de boucs émissaires ». Après le verdict, le 21 mars dernier, les deux frères exilés en Europe ont réagi épistolairement et dénoncé leur condamnation, la considérant comme « un acte monstrueux ». Elle n’est fondée, selon la lettre de Abdelwahab à la presse, sur rien sinon sur une machination grossière, un montage préétabli et sans consistance. Elle est, pour eux, « un acte discrétionnaire mis en œuvre par une utilisation arbitraire et illégale de l’appareil judiciaire à des fins autres que l’application de la loi ». Un acte qui vise, toujours d’après eux, « à constituer un nuage de fumée pour dissimuler les véritables responsables ainsi que les véritables bénéficiaires de l’affaire Khalifa ». La fille de Abdenour Keramane, Yasmine, responsable de l’antenne italienne de Khalifa Airways, a été comme son père condamnée à dix ans de prison ferme. Outre les Keramane, le principal inculpé, Abdelmoumen Khalifa, exilé lui aussi en Grande-Bretagne, a été condamné par contumace à perpétuité. L’Algérie et la France œuvrent depuis des mois pour son extradition. D’autres procès liés aux différentes filiales du défunt groupe Khalifa devraient se tenir prochainement. Il s’agit notamment du procès de Khalifa Airways et de KTV.

M. A. O.