Rafik Khalifa: Recherché par interpol

RAFIK ABDELMOUMEN KHALIFA

Recherché par interpol

El Watan, 17 août 2003

Cheveux touffus, yeux hagards et barbe en collier. C’est une photo mal dégrafée qu’a choisie Interpol pour illustrer l’avis de recherche estampillé 2003/13596 concernant le milliardaire algérien qui vient d’entrer dans le cercle très fermé (il n’en comportait que dix avant son arrivée) des Algériens recherchés par l’organisme international de police.

Outre son état civil, la fiche signalétique attribuée à Rafik Khalifa indique qu’il est recherché pour «blanchiment d’argent» par le tribunal de Sidi M’hamed d’Alger. Il y est précisé que Abdelmoumen Khalifa entre dans la catégorie de personnes «pouvant être dangereuses» au même titre que le terroriste Mokhtar Benmokhtar qui figure lui aussi sur cette liste. Cet avis de recherche vient quelques semaines après le gel des avoirs de Khalifa en Grande-Bretagne et l’enquête diligentée par Scotland Yard à son encontre. Une enquête similaire à celle effectuée par la Direction de la Surveillance du Territoire (DST) française qui avait cloué au pilori dès octobre 2002 les pratiques du milliardaire devenu persona non grata dans l’Hexagone. L’étau se resserre donc sur Rafik Khalifa ainsi que sur les dirigeants du groupe du même nom qui ont laissé une ardoise de plus d’un milliard de dollars à l’Etat algérien dévoilant la plus grosse opération de fuite de capitaux qu’ait connue le pays. Khalifa est vite devenu le synonyme des quatorze mille employés au chômage, deux millions de clients d’El Khalifa Bank lésés et un énorme scandale politique impliquant des clans du pouvoir. Pourtant, il y a juste un an, l’homme recherché par toutes les polices du monde signait des contrats aux montants faramineux avec Boeing et dansait allègrement avec des stars hollywoodiennes au bord de la piscine de sa villa de St Tropez (sud de la France). Il aura fallu que la Banque d’Algérie s’intéresse le 27 novembre 2002 aux modes de gestion du plus grand groupe privé pour que tout bascule. Gel des avoirs et installation d’un administrateur pour El Khalifa Bank, colonne vertébrale du groupe, pour «transfert suspect de près de 200 millions de dollars US vers un compte privé à l’étranger» avait annoncé un communiqué de la Banque d’Algérie, ajoutant que la décision d’installer un administrateur a été confirmée au plus haut niveau de l’Etat. En fait, il devenait clair qu’Abdelmoumen Khalifa avait transformé sa banque en une gigantesque blanchisserie qui lui aurait permis de changer l’argent des épargnants en devises et de l’envoyer à l’étranger. Trois des cadres du groupe Khalifa ont été arrêtés à l’aéroport d’Alger avec trois valises remplies d’euros : deux millions en petites coupures et 88000 en chèques encaissables. Le retrait de l’agrément d’El Khalifa Bank, le 26 mai dernier, signera l’arrêt de mort du groupe, qui perdait de fait les ailes de sa compagnie aérienne et ses deux chaînes de télévision, Khalifa TV et Knews.

Par Akram Kharief.