Affaire Khalifa: Les Français lâchent-ils le dossier ?

AFFAIRE KHALIFA

Les Français lâchent-ils le dossier ?

Le Soir d’Algérie, 17 septembre 2007

Le tribunal de Nanterre vient de décider de mettre en liberté provisoire M. Ghazi Kebbache, ex-P-dg de Khalifa Construction, après avoir procédé, il y a quelques jours, à la remise en liberté de M. Mohamed Nanouche, l’un des principaux cadres du groupe Khalifa.
La libération, même provisoire, de Ghazi Kebbache semble ainsi marquer un tournant dans la gestion par les Français du dossier Khalifa. Arrêtés le 29 mai dernier et mis en examen MM. Nanouche et Kebbache avaient, en Algérie, été condamnés chacun à 20 ans de prison ferme par coutumace lors de l’interminable procès de Blida. En France, leur arrestation s’était déroulée en même temps que celle de l’ex-épouse de Abdelmoumen Rafik Khalifa, Mme Nadia Amirouchène, elle-même condamnée à 10 ans de prison ferme par coutumace. Les trois proches de Moumen Khalifa avaient quitté l’Algérie pour s’installer en France au moment où les ennuis du groupe devenaient sérieux et où il était apparu que l’objectif des pouvoirs publics était de procéder au démantèlement total d’un groupe économique devenu extrêmement puissant. La libération de Ghazi Kebbache, qui, faut-il le signaler, est l’oncle de Abdelmoumen Rafik Khalifa, n’est pas sans lien avec la nature des révélations qu’auraient faites celui-ci au juge d’instruction du tribunal de Nanterre et dont notre confrère El Khabar s’est fait l’écho dans son édition d’hier. Selon ce quotidien, M. Kebbache n’aurait pas hésité à citer les noms de personnalités algériennes qui auraient bénéficié des largesses du golden boy en échange de facilitations et de protections. Parmi ces noms apparaît celui de M. Abdelghani Bouteflika, frère du président, avocat de profession, qui aurait bénéficié d’un logement sur l’un des plus grands boulevards de Paris. L’information n’est pas nouvelle en soi, mais elle n’avait jusque-là été évoquée que par la presse. La confirmation par M. Ghazi Kebbache de l’existence de cet appartement et du nom de son propriétaire, qui plus est devant un tribunal français, constitue une première dans la mesure où jusqu’à maintenant les relais du pouvoir ont toujours affirmé que ceci n’était qu’une forme d’intox visant à affaiblir l’entourage du président. Par ailleurs, et toujours selon notre confrère El Khabar, M. Kebbache aurait également cité le nom de M. Rachid Maârif, exchargé du protocole à la Présidence et actuel ambassadeur d’Algérie à Rome, qui aurait également bénéficié d’une habitation à Paris, à l’avenue de la Grande Armée. Le témoignage de l’oncle de Moumen Khalifa fait ressortir, par ailleurs, le nom de la fille de M. Larbi Belkheïr, actuel ambassadeur d’Algérie à Rabat. Au regard de toutes ces données les observateurs avertis sont en droit de s’interroger sur un éventuel changement de l’attitude française à l’égard du dossier Khalifa. Lourdement impliqués jusque-là, les Français ne seraient-ils pas tentés de se délester d’un dossier qu’ils considèrent complexe et encombrant. L’arrivée de Nicolas Sarkozy à la Présidence française est-elle totalement étrangère à la possible volonté du pouvoir français de se sortir d’un véritable bourbier judiciaire et financier ? Il est vrai qu’avant et depuis le déclenchement du scandale Khalifa, la France officielle a joué un rôle particulier dans ce dossier. Alors les choses ont-elles changé, et si c’était le cas pour quelles raisons ? Les autorités judiciaires algériennes étaient pourtant dans l’espoir qu’une collaboration avec la justice française aurait pu permettre de contourner les blocages britanniques en vue d’une extradition de Abdelmoumen Khalifa de Londres vers Alger. En effet, les Algériens ont toujours vu d’un bon œil l’implication française dans la demande d’extradition du golden boy sur la France, ce qui aurait pu faciliter une extradition de Khalifa dans le sens Paris-Alger. Cependant, depuis les derniers développements judiciaires qui ont consisté en la libération par la justice française des plus proches collaborateurs de A. Khalifa, sommes-nous toujours dans le même cas de figure ?
H. M.