La filière sportive de Abdelmoumen Khalifa

22e jour du procès Khalifa au tribunal criminel de Blida

La filière sportive de Abdelmoumen Khalifa

El Watan, 6 février 2007

C’est en fin de journée que Meziane Ighil est appelé à la barre. Les chefs d’inculpation sont entre autres association de malfaiteurs, vol qualifié, abus de confiance et corruption.

Ancien entraîneur de l’équipe nationale, poste qu’il a quitté fin 1999 après les échecs répétés, il rejoint le Nahd en début 2000 en tant que dirigeant. Entre les deux postes, il ouvre un magasin de vente d’équipements sportifs à Blida et donne un coup de main au président de l’USMB dans la gestion de l’équipe. « L’équipe était dans une situation financière délicate. J’ai alors écrit à de nombreuses sociétés pour solliciter leur aide en matière de sponsoring. Personne ne nous a répondu. Je suis allé avec Kheddis Mohamed, ancien joueur, voir Abdelmoumen. Il nous a reçus alors qu’il était avec trois ou quatre autres responsables. Aloui, Krim Smaïl, Bouabdellah Salim. Nous avons parlé de tout et surtout de sponsoring. J’ai appris qu’il avait joué dans une équipe du Nahd et qu’il était un fan du club. Il m’a demandé de lui présenter un projet sur le budget, l’organisation… d’un club », explique Meziane Ighil. La présidente lui demande ce qu’il a gagné de cette rencontre. L’accusé : « La première fois, c’était une prise de contact. C’est quand il a vu le projet qu’il a donné son accord. Il m’a demandé de préparer une liste d’équipes qui peuvent représenter le football et qui méritent d’être sponsorisées ainsi qu’une autre liste de joueurs et de sportifs qui pourraient servir à promouvoir l’image du groupe. » L’accusé explique qu’il ne s’agit pas de sponsoring proprement dit, mais plutôt d’un parrainage, du fait que Khalifa prenait en charge totalement les clubs. Selon lui, le sponsoring prenait en charge une activité donnée, alors qu’avec le Nahd, Khalifa finançait l’ensemble des activités du club qui était une association avec plusieurs disciplines sportives, même si le football prenait le plus gros des montants, qui étaient situés entre 60 et 70 millions de dinars par an. La présidente fait remarquer à Ighil que ces propos sont nouveaux, du fait qu’il n’a jamais parlé au juge d’instruction ni à la gendarmerie des autres activités du Nahd. Elle l’interroge sur le compte où étaient versés les montants du sponsoring. L’accusé : « Après avoir remis le projet à Moumen, ce dernier m’a demandé de me rapprocher de M.Aloui, qui m’a orienté vers l’agence la plus proche du club, qui était à l’époque les Abattoirs, pour ouvrir un compte au nom du Nahd. » Il révèle que le club a également comme sponsor la société maritime Gema, mais Khalifa occupe les quatre cinquièmes de la prise en charge. Sur la question des salaires des joueurs, Ighil Meziane affirme qu’ils étaient situés entre 5000 et 20 000 DA, alors que les primes de matchs gagnés sont comprises entre 15 000 et 20 000 DA. Selon lui, la prime d’engagement ou de signature que touche un joueur quand il est recruté varie entre 500 000 DA et 3 millions de dinars. Il raconte que le Nahd avait comme sponsor historique Air Algérie, entre 1969 et 1974, avant que le contrat ne soit annulé. Puis ce fut le tour de la Cnan, et ce, jusqu’en 1987, date de la restructuration de la compagnie. Depuis, l’équipe a été prise en charge par Gema, jusqu’à l’arrivée de Khalifa. Il révèle que le Nahd et l’USMB ont été les premiers clubs à avoir été sponsorisés par Khalifa. Il note qu’à cette époque, vers la mi-2000, Moumen a proposé à Ighil de prendre la présidence du Nahd. Il a hésité au début, mais il a fini par accepter. Il est élu président. « Comment avez-vous été élu ? », lui demande ironiquement la présidente. L’accusé : « Grâce à mes compétences. » La juge : « C’est vrai que je n’ai pas de connaissances en football, mais je sais ce qui se passe lors des élections. » La magistrate l’interroge sur son poste de consultant. Ighil Meziane explique qu’après avoir remis le projet de sponsoring et les rapports sur la situation des clubs à Moumen, ce dernier lui a proposé d’être un consultant au groupe. Il accepte. Quelques jours plus tard, il reçoit sa carte professionnelle. « Pour moi, l’essentiel est que notre club bénéficie du sponsoring, autre chose est secondaire. A cette époque, je ne savais même pas que j’allais avoir un salaire, puisque je ne l’ai pas négocié. Le salaire de 100 000 DA, je commençais à le recevoir 6 ou 7 mois plus tard après avoir ouvert un compte à Chéraga », ajoute-t-il. A propos du dossier administratif, l’accusé affirme avoir remis des documents à Aloui, mais reconnaît n’avoir rien signé et n’avoir jamais eu de fiche de paie. La présidente : « Vous percevez un salaire de 100 000 DA comme consultant et, en même temps, vous aviez ouvert un commerce à Blida pour vendre des articles de sport au Nahd. Expliquez-nous cela. » L’accusé : « Ces équipements n’ont jamais été payés. Lorsque j’ai été élu président, l’équipe était dans une situation difficile, à la veille de la saison sportive, sans les équipements. J’ai alors pris la décision de ramener ce qu’il y avait dans les magasins en stock. J’ai eu le feu vert pour vendre à l’équipe. » La juge : « Vous êtes à cette époque président du club. » L’accusé : « J’ai compris à travers les propos de Moumen qu’il n’était prêt à sponsoriser que si j’étais président. Il y avait urgence. Il fallait équiper le club. » La magistrate : « Et les magasins qu’il y a à Alger ? » L’accusé : « Il y en a, mais qui accepterait d’attendre le paiement des factures ? » La juge : « Alors El Khalifa Bank vous accorde un crédit pour acheter l’équipement que vous vendez à l’équipe et les factures sont présentées à Khalifa pour être honorées. Expliquez-nous cette technique. » L’accusé : « En tant que commerçant, El Khalifa Bank m’a accordé une ligne de crédit de 12 millions de dinars. J’ai fait la demande au directeur de l’agence de Blida, il me l’a accordée. » La juge : « Votre compte était à découvert d’une somme de 1,5 million de dinars. » Elle se retourne vers le directeur de l’agence, M. Kechad, et lui demande ce qu’il avait à dire. Kechad : « Je ne lui ai rien accordé. C’est le PDG qui lui a accordé. » Meziane Ighil : « Ce n’est pas vrai. J’ai été le voir lui en tant que directeur de l’agence et c’est lui qui me l’a accordé. Il m’a même signé un échéancier de remboursement. J’ai payé 10,640 millions de dinars après auprès du liquidateur. » La présidente interroge l’accusé sur ses déplacements avec le directeur de l’agence de Blida à l’intérieur du pays pour les placements des OPGI. La juge : « Est-ce qu’en réalité votre salaire est versé en récompense à vos efforts dans les placements à El Khalifa Bank ? » L’accusé : « Le salaire était versé à partir de fin 2001 et début 2002, alors que ces déplacements ont été effectués bien avant, entre mars, avril et mai 2001. C’était avant mon élection à la tête du Nahd. » Il nie une bonne partie de ses propos devant le juge et déclare : « Là où mon équipe jouait, je partais, et il se trouve que parfois je rencontre le directeur de l’agence de Blida qui me demande de l’accompagner. Lors des réunions, les discussions portent uniquement sur le foot. Je suis reçu en tant que sportif, pas en tant que financier. » Sur le nombre de fois qu’il a eu à accompagner le directeur de Blida, il affirme 5 ou 6 fois pour voir les patrons des OPGI et aussi le responsable de Gema dans le cadre du renouvellement de la convention de sponsoring du Nahd. Il nie avoir été avec Kechad ailleurs, mais reconnaît avoir été également avec Chaâchouâ Abdelhafid qu’il ne connaissait pas au début. La magistrate rappelle les villes où il a eu à accompagner le directeur de Blida, plusieurs à l’est du pays et à Oran. Meziane Ighil : « J’ai été en tant qu’image. Mais c’est en fonction de celui qui me regarde en face. Ce dernier peut se demander pourquoi je suis avec le directeur de l’agence de Blida, comme il peut être mis en confiance. Ma présence entre dans le cadre de la promotion de la boîte. C’est une obligation contenue dans la convention de sponsoring. Je ne choisis pas les OPGI, mais par exemple, lorsque je suis de passage dans une ville où se joue un match de mon équipe, je rencontre Kechad, je vais avec lui. » Il affirme que la direction du sport créée par la suite était dirigée par Maâmar Djebour qu’il aidait quelquefois dans sa mission. Au sujet du chèque de banque de 4 millions de dinars, retiré alors que son compte était à découvert, l’accusé avoue avoir acheté une villa. Pour lui, à cette époque, son compte n’était pas à découvert. Il avait un solde positif. Il note que la direction du sponsoring a été gérée par la suite par Mokadem, directeur de l’agence de Chéraga, et Maâmar Djebour. La présidente demande à Ighil de revenir sur le sujet de l’élection du président de la FAF. « J’ai été candidat dans la liste de Makhloufi qui en comptait 12 autres. En face, le concurrent était Raouraoua. Le projet de Makhloufi m’avait plu. Il était à l’avant-garde pour le foot algérien. Etant membre de l’assemblée générale, j’avais le droit de présenter ma candidature. Beaucoup d’amis m’encourageaient à aider la liste de Makhloufi. Ce que j’ai fait. Mais lorsque j’ai vu des choses qui ne m’ont pas plu, je me suis retiré. » La présidente appelle Guellimi pour confronter les propos de Ighil. « Moumen m’a dit que le groupe allait aider Ighil, mais le lendemain, il y a eu un changement. Il m’a dit qu’il était obligé de soutenir Raouraoua, parce que c’est lui qui allait gagner et présider la Faf. » Ighil : « J’ai compris qu’il y avait des alliances et des jeux. J’ai été vers la presse et j’ai annoncé mon retrait. Raouraoua est quelqu’un que je respecte, mais il y a des comportements dont je suis seul comptable. » A propos de son salaire, il souligne qu’après avoir parlé avec Guellimi sur le sponsoring et sur son statut de conseiller, celui-ci lui a demandé s’il était payé. Il a dit qu’il ne percevait rien, ce qui a poussé Guellimi à parler avec Moumen. Quelques jours après, il a été contacté pour ouvrir un compte et recevoir son salaire. Ce que Guellimi confirme devant le tribunal.

Salima Tlemçani