Procès Khalifa: 900 agents de sécurité pour de la figuration

AFFAIRE KHALIFA

900 agents de sécurité pour de la figuration

Le Quotidien d’Oran, 18 janvier 2007

Au cours de la 9e journée du procès de Khalifa Bank, c’est un autre cadre du groupe qui a été appelé à la barre dès la matinée.

Il s’agit de M. Chachoua Abdelhafid dont le nom revenait dans les témoignages et interrogatoires.

M.Chachoua était le directeur général chargé de la protection et de la sécurité, laquelle direction n’a obéi à aucun critère ni à aucune loi régissant cette activité, et en particulier le feu vert du ministère de l’Intérieur qui devait délivrer son agrément avant que la DG de la sécurité et de la protection ne soit opérationnelle. Chachoua était à la tête d’une structure chargée de la sécurité, et avait sous sa coupe pas moins de 900 agents de sécurité, répartis essentiellement sur les différentes agences d’El Khalifa Bank. Avant d’intégrer le groupe Khalifa, Chachoua était inspecteur de police et connaissait Abdelmoumène bien avant, puisque leurs deux pères se connaissaient déjà.

Bien entendu, les premières questions concerneront les transports de fonds pour Khalifa. Chachoua déclara qu’il n’a transporté qu’une seule fois les fonds que prenaient le P-DG, soit 2,5 milliards de centimes. «Et les autres fois ?», demanda la présidente ? «Quand Khalifa m’appelait, j’en avisais Akli Youcef et j’envoyais Dellal ramener les sacs d’argent», répondit-il. La matinée fut ainsi mise à profit pour refaire l’historique du passage de Chachoua à Khalifa Bank et à la description des tâches qui lui incombaient. Le transfert de fonds, la protection de Abdelmoumène et des VIP, la surveillance des agences ont été ainsi décortiqués.

L’après-midi, la séance fut ouverte par l’appel de la soeur de Chachoua qui était absente ainsi que Belloumi Lakhdar, absent lui aussi. Chachoua revient à la barre et la présidente continue son interrogatoire. «Revenons aux 11 EES, qu’en dites-vous ?», lance-t-elle. Le prévenu hésite puis entreprend une longue explication: «J’étais à la DG quand Aiouaz, la secrétaire, est venue m’informer qu’il y avait des clients mécontents au niveau de toutes les agences qui rouspétaient et qui voulaient retirer leur avoir, ceci après qu’ils eurent appris par les journaux que les transferts vers l’étranger étaient bloqués». La présidente l’interrompit pour lui demander depuis combien de temps il était au courant de l’arrêt des transferts décidé par la BA ? Il affirma «depuis peut-être un mois et demi». Et de continuer: «Je me suis présenté dans le bureau de M. Krim Ismaïl où se trouvaient, outre Krim, Baichi, Nekkache et Akli. Je les ai informés de la situation dans les agences et j’ai demandé à Akli d’envoyer des fonds pour faire face aux demandes des clients». «Et pour les 11 EES, qu’avez-vous décidé ?» lui demande la présidente. «Je ne sais rien de cela, je les ai entendus parler vaguement de régulariser, de EES, mais je ne comprenais rien !» La présidente pique une grande colère et rétorque: «M. Chachoua, c’était une réunion très, très secrète, très, très spéciale, les personnes qui s’y trouvaient étaient plus que triées sur le volet et vous me dites que vous en avez entendu parler vaguement. Non, ce n’était pas ainsi. Vous avez un but précis et net. Khalifa Abdelmoumène vous a téléphoné pour vous donner ses ordres à transmettre aux autres: régulariser de quelque manière que ce soit ces fameux 11 EES». La présidente appela alors Akli, et lui demanda: «Qui vous a demandé de venir dans le bureau du DG ?» Sa réponse fut nette: «C’est Chachoua, ici présent !» «De quoi avez-vous parlé ?». «Krim m’a dit que le PDG a appelé et nous a ordonné de régulariser la caisse principale en débitant le compte 08 (comptabilité générale), mais je lui ai fait remarquer qu’il n’y avait aucun justificatif et il me dit que Baichi les ramènera plus tard de chez le patron», a-t-il précisé. Il retourna à sa place et l’interrogatoire de Chachoua continua. Il lui fut demandé entre autres s’il connaissait M. Aziz Djamel, et il affirma que oui et qu’il était directeur de l’agence d’El Harrach d’où il a pris de l’argent avec Khalifa sans document. Pour sa soeur Hind, il informa la cour que c’est bien lui qui est intervenu pour qu’elle soit recrutée au sein de Khalifa Bank, alors que pour les 600 millions de centimes, c’est son frère qui lui a donné la somme qui a servi à acheter la villa de Chéraga, alors que celle de Ben Aknoun, il l’a revendue quelque temps après pour 700 millions alors qu’il l’avait payée 500 millions et dépensé la même somme «rien que pour le marbre», précisa le PG.

Le procureur général demanda ensuite à l’accusé de lui parler de son mariage. Il déclara que la cérémonie lui a été offerte par Khalifa Abdelmoumène à l’hôtel Aurassi. Pour le prix payé pour cette soirée de mariage, il se fera hésitant avant de lâcher: «Je sais que c’était aux environs de 100 millions de centimes !»

Pour la villa de Chéraga, il affirma l’avoir achetée pour 1 milliard 100 millions de centimes. Il nia avoir jamais bénéficié de Master-Cards, mais ne put cacher être propriétaire de la BMW. Interrogé sur un document trouvé dans sa voiture et relatif à la dépense de 385.000 dollars US pour les frais d’un film, il déclara tout ignorer de cela et que c’est probablement Abdelmoumène qui l’a laissé là.

Le PG lui a demandé alors à quand remonte la dernière conversation téléphonique avec Moumène et il répondit: «Durant cet Aïd». «Et d’où vous a-t-il appelé, avant l’Aïd?». «Je ne me souviens pas».

Le PG continua en lui demandant s’il connaissait Belaïd Salah Hamdane ? Il affirma que oui, mais quand il était policier. La présidente lui demanda alors de dire à la cour quelles étaient ses fonctions concernant le sponsoring. Il affirma: «Je n’ai aucune relation avec le sponsoring, je m’occupe uniquement de sécurité. Et la seule fois où j’ai eu à intervenir, c’était pour permettre à l’équipe de l’USM Blida de se rendre à Tlemcen par avion, à bord d’un vol de Khalifa Airways. La présidente fit alors appel, en qualité de témoin, à M. Med Saïd Zaïm, l’ex-président de l’USM Blida. Il déclara, après avoir prêté serment, qu’il était président de l’USMB d’août 1996 à juin 2003.

Concernant Chachoua, Zaïm déclara qu’»il lui fut présenté par Belaïd Kechad qui le connaissait avant. J’avais vu que Khalifa Bank sponsorisait les clubs de football et jamais demandé à Kechad de me présenter quelqu’un de Khalifa Bank. C’est Chachoua qui vint et nous avons discuté, en présence de Belaïd, des conditions de sponsoring». La présidente lui demande alors qui était le patron. Il affirma que Chachoua était le patron de Kechad qui n’était que le directeur de l’agence de Blida. Et d’ajouter, cependant, que les contrats étaient signés avec Tahar Mekadam, qui avait officiellement la charge du sponsoring à El Khalifa Bank. «Chachoua négociait et Mekadam signait», a déclaré le témoin. Parmi les termes du contrat, l’USMB devait porter le logo de Khalifa Bank et de ses succursales sur les maillots, les panneaux du stade, les cabas des joueurs et partout. En outre, KTV disposait de la primauté pour tout match qu’elle jugerait utile. En contrepartie, Khalifa Bank prenait en charge tous les frais de fonctionnement de l’équipe (salaire, nourriture, habillement,…). Le club reçut entre 3 et 4 milliards de centimes durant les 2 années, puis les relations devinrent tendues entre les deux parties après que Chachoua eut voulu «s’immiscer dans les affaires intérieures du club et le contrat fut rompu.» La présidente a ensuite demandé des précisions sur la manière dont ont été virés les fonds et il l’informa que «le club avait ouvert un compte à Khalifa Bank qui était crédité par étape». Un avocat de la partie civile a voulu demander à M. Zaïm s’il avait bénéficié d’un prêt mais la présidente déclara la question irrecevable dans sa forme. S’ensuivit une bataille juridique, et la robe noire posa sa question d’une autre manière «Est-ce que Chachoua est intervenu pour que vous bénéficierez d’un prêt ?» «Jamais je n’ai reçu de prêt en ma qualité de président de l’USMB».

Pour sa part, l’avocat de Ighil Meziane, ancien entraîneur de l’équipe nationale et «conseiller sportif» à El Khalifa Bank, accusé dans cette affaire, a protesté, contre le fait que le nom de son client soit cité par des témoins avant sa comparution. La juge a rejeté cette remarque, estimant qu’elle avait, «selon la loi, le pouvoir de gérer le procès» comme elle l’entend.

La présidente a rappelé à l’assistance qu’elle s’était engagée à ce que celui qui était convoqué en qualité de témoin ressortira en cette qualité et fit remarquer à l’avocat de la partie civile que s’il avait quelque preuve contre quelqu’un, il n’avait qu’à déposer une plainte auprès de la gendarmerie.

T. Mansour Et H. Barti