Extradition de A. Khalifa: « Londres devra trancher dans un délai de deux mois »

Extradition de A. Khalifa vers l’Algérie

« Londres devra trancher dans un délai de deux mois »

El Watan, 30 juin 2009

Le ministère de l’Intérieur britannique devra délivrer sa décision concernant l’extradition vers L’Algérie de Abdelmoumène Khalifa dans un délai de deux mois.

C’est ce qu’a affirmé le directeur des affaires pénales et des grâces au ministère de la Justice, Mokhtar Lakhdari. Dans une déclaration faite hier à l’Agence presse service (APS), ce responsable explique dans le détail la procédure d’extradition de l’ex-golden boy algérien. Il révèle aussi toutes les déclarations faites par le juge, Timothy Workman, qui a donné, jeudi dernier, son accord pour le renvoi vers l’Algérie du patron du groupe Khalifa. Après avoir gagné une première bataille, l’Algérie devra maintenant suivre avec attention les développements de la prochaine phase. Celle-ci, indique M. Lakhdari, a déjà commencé par la transmission du dossier Khalifa au ministère de l’Intérieur britannique, qui doit prendre la décision d’extradition. Ce dernier « dispose d’un délai de deux mois pour prendre sa décision. Une fois celle-ci est prise, elle sera notifiée aux parties concernées. Si la décision d’extradition est confirmée, Khalifa pourra introduire son recours devant la Cour suprême dans un délai de 14 jours », souligne-t-il.

La procédure risque d’être longue. Puisque, selon lui, la durée du procès devant la Cour suprême anglaise « dépend des moyens et des éléments invoqués par le demandeur et des arguments que lui opposera la partie adverse ». « En principe, la Cour suprême statue sur des points de droit, mais le débat pourra s’étendre à des questions de fond s’il s’agit de faits nouveaux qui n’ont pas été discutés devant le premier juge et qui sont de nature à remettre en cause la décision d’extradition », note-t-il. C’est la dernière chance dont dispose l’ancien magnat algérien. Car, ajoute-il, même s’il y a une possibilité d’un deuxième recours devant la Chambre des lords, celui-ci a de faible chance d’aboutir. « Il y a aussi la possibilité d’introduire un recours devant la Chambre des lords, mais celle-ci n’accepte les recours que s’ils portent sur des questions d’intérêt national », ajoute le responsable du ministère de la Justice. Revenant sur la dernière décision du tribunal de Westminster à Londres, M. Lakhdari soutien que le juge a statué sur l’extradition de Abdelmoumène Khalifa « sur la base strictement criminelle et de fraude ».

« S’il est extradé, Khalifa sera jugé dans un délai raisonnable »

« En examinant le dossier fourni par la partie requérante (l’Algérie), le juge a considéré que Khalifa n’a pas été poursuivi et condamné pour ses opinions politiques, mais pour des faits criminels et frauduleux », fait-il savoir. Alors que Khalifa tentait de faire croire que la demande de son extradition avait des motivations politiques, le juge chargé de l’affaire n’a pas été influencé. « Le juge britannique a expliqué que même si Khalifa conteste les preuves fournies par l’Etat requérant, c’est devant le juge algérien qu’il devra invoquer ses griefs », déclare-t-il. Selon M. Lakhdari, le juge a dit encore : « En mettant en balance les informations qui m’ont été communiquées d’un côté par la défense de Khalifa et de l’autre par l’Etat requérant et les assurances diplomatiques présentées par l’Algérie, je privilégie le côté algérien. » Précisant que devant le juge britannique, « la défense de Khalifa n’a fourni aucune preuve sur la violation par l’Algérie des droits de l’homme », le même responsable rassure qu’un nouveau procès de l’ex-golden boy « sera équitable ».

« S’il est extradé, Khalifa sera jugé dans un délai raisonnable, conformément à la loi et dans le strict respect de nos obligations découlant de l’accord d’extradition avec le Royaume-Uni et des assurances diplomatiques présentées aux autorités britanniques », assure-il. Se référant au procès de Blida (en mars 2007), Mokhtar Lakhdari affirme encore qu’un éventuel nouveau procès sera public. « Ce ne sera pas un procès à huis clos. Il y aura la presse, des avocats et Khalifa pourra interroger ses témoins », promet-il. En outre, le procès ne sera pas politique, comme le prétend l’accusé, et il ne sortira pas du cadre des faits qui lui sont reprochés. « Khalifa a été jugé pour des faits précis. Nous n’avons pas le droit de le juger pour des faits autres que ceux pour lesquels son extradition a été demandée », conclut-il.

Par Madjid Makedhi